mardi 17 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-21DA02552 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | NAUDIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. F A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2105688 du 26 juillet 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2021, M. A, représenté par Me Marielle Naudin, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne que ses cinq frères et sa sœur vivent dans son pays d'origine alors qu'il n'a plus d'attaches en Guinée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite un traitement médicamenteux dont il ne pourrait bénéficier en Guinée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque de fuite en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2021.
Par une décision du 1er décembre 2021 la présidente de la cour a désigné Mme B C pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. F A, ressortissant guinéen né le 24 décembre 1982, relève appel du jugement du 26 juillet 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur le moyen commun à toutes les décisions contestées :
3. Par un arrêté du 22 décembre 2020, publié le même jour au recueil spécial n° 333 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. M. A se borne à reprendre, sans critique utile du jugement et dans des termes similaires, ses moyens de première instance tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur de fait. Il n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ces moyens auxquels la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption de ces motifs.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, qui a notamment rappelé les mesures d'éloignement dont M. A a fait l'objet à plusieurs reprises et précisé dans son arrêté que l'intéressé s'était déclaré en concubinage avec une compatriote et avoir eu un fils de cette personne, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Le moyen tiré d'un défaut d'examen doit être écarté.
6. Si M. A soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que son état de santé nécessite un traitement médicamenteux dont il ne pourrait bénéficier en Guinée, il ne justifie pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité en l'absence de traitement, alors en outre, que par un avis du 23 janvier 2018, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avait estimé que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de telles conséquences. Il ne produit en appel aucune pièce tendant à faire regarder la décision contestée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
7. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 mars 2008, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile et qu'il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 1er avril 2010. Sa demande de réexamen a également été rejetée le 1er octobre 2010 et une nouvelle mesure d'éloignement a été prise à son encontre le 21 novembre 2011. Par un arrêté du 28 novembre 2013 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lille du 12 juin 2014, le préfet du Nord a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Mais, en raison de son état de santé, M. A a bénéficié de cartes de séjour temporaires valable du 3 septembre 2015 au 29 novembre 2017 dont le renouvellement a été refusé par un arrêté du 17 septembre 2018 assorti d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Si le requérant soutient qu'il réside ainsi en France depuis plus de dix années et a occupé divers emplois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'y est en majorité maintenu irrégulièrement malgré plusieurs mesures d'éloignement prises à son encontre, auxquelles il n'a pas déféré. S'il se prévaut d'une relation avec une compatriote dont il a eu un fils à l'éducation et l'entretien duquel il contribue, il ne conteste pas que sa compagne est en situation irrégulière. Il ne justifie par ailleurs d'aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Devant la cour, M. A ne fournit aucun élément de droit ou de fait nouveau permettant d'infirmer la solution retenue par la première juge qui a à bon droit estimé que les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'il réitère en appel, devaient être écartés.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire fixant le pays de destination :
8. M. A reprend en appel, sans apporter d'élément de droit ou de fait nouveau, les moyens invoqués en première instance tirés de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen, et méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et auxquels la première juge a répondu pertinemment. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption de ces motifs.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. M. A reprend également le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne se prévaut d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
11. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans prise à l'encontre de M. A a été prise en tenant compte des conditions de l'entrée et de son séjour en France, de sa situation familiale, de la circonstance qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement précédentes et du fait qu'il est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de violence sans incapacité sur une personne étant ou ayant été son conjoint, concubin ou partenaire commis le 11 août 2018 et placé en garde à vue pour des faits de détention de faux documents administratifs. Contrairement à ce qu'il soutient, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire propre à faire obstacle à une interdiction de retour. S'il réside en France depuis plusieurs années, il résulte de ce qui a été exposé au point 7 que sa compagne est également en situation irrégulière et qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement. Ainsi, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée familiale, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, les moyens déjà invoqués en première instance tirés de l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A et à Me Marielle Naudin.
Fait à Douai, le 17 mai 202La présidente-assesseure de la 2ème chambre
Signé : A. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°21DA0255
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026