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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02659

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02659

jeudi 12 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02659
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP CARON-AMOUEL-PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Elle a également demandé d'enjoindre à l'autorité préfectorale, de renouveler son titre de séjour, ou à titre subsidiaire de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Par un jugement n° 2102607 du 28 octobre 2021 le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2021, Mme B, représentée par Me Emmanuelle Pereira, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er juillet 2021 de la préfète de l'Oise ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de renouveler son titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît aussi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par courrier du 6 janvier 2022, la préfète de l'Oise a été mise en demeure de produire et n'a pas répondu dans le délai de vingt-et-un jours qui lui était imparti.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2022 à 12 heures par ordonnance du 3 février 2022.

La caducité de la demande d'aide juridictionnelle de la requérante a été constatée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Mme B, ressortissante de la République du Congo, est entrée en France en janvier 2017, selon ses déclarations. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français, valable du 24 octobre 2019 au 23 octobre 2020. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre qui lui a été refusé par arrêté de la préfète de l'Oise du 1er juillet 2021, portant également obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination. Mme B relève appel du jugement du 28 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses demandes tendant à ce que cet arrêté soit annulé et à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise de renouveler son titre ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 " et aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". L'article 316 du code civil dispose que : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. / La reconnaissance n'établit la filiation qu'à l'égard de son auteur. / Elle est faite dans l'acte de naissance, par acte reçu par l'officier de l'état civil ou par tout autre acte authentique ".

4. En l'espèce, Mme B est mère d'un enfant français né le 22 mai 2018 en France, et a été reconnu par son père de nationalité française, conformément aux dispositions de l'article 316 du code civil. Pour établir que le père de son fils contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ce dernier en application des dispositions citées au point 2, l'appelante produit une attestation sur l'honneur du père, postérieure à la décision contestée, qui indique que compte tenu de son affectation comme militaire de la Légion étrangère, il ne peut voir son fils régulièrement mais s'en occupe lorsqu'il se rend à Beauvais et contribue financièrement à son entretien. L'appelante joint également des factures au nom du père mais qui ne démontrent pas des achats faits au profit de son fils. Elle produit également des mandats émanant du père de l'enfant et qui lui sont destinées mais en nombre limité : un de 187 euros de janvier 2021, un de 190 euros d'avril 2021, un de 130 euros de mai 2021 et le dernier, postérieurement à la décision, d'août 2021 de 200 euros. Ces éléments succincts ne suffisent pas à établir que le père de l'enfant contribue régulièrement à son entretien depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, alors que militaire, il ne justifie pas être dépourvu de ressources. Par ailleurs, l'appelante vit avec un compatriote, disposant d'un titre de séjour valable jusqu'au 23 juin 2024. Elle bénéficie depuis le 20 avril 2021, d'un contrat de travail à durée déterminée à plein temps jusqu'au 31 décembre 2021 dont postérieurement à la décision, la transformation en contrat à durée indéterminée lui a été proposée. Toutefois, elle est arrivée en France depuis janvier 2017 selon ses déclarations et n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays où résident ses parents et sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Enfin rien n'établit que son fils, âgé de trois ans à la date de la décision et qui n'est scolarisé que postérieurement à celle-ci, ne pourrait pas se réinsérer dans le pays d'origine de l'appelante. Ces éléments ne suffisent donc pas à établir l'intensité de l'insertion de Mme B sur le territoire français.

5. Lorsqu'il se prononce sur une demande de titre, le préfet prend en compte les éléments existants à la date de la décision. La circonstance que les éléments de faits pris en compte par l'autorité préfectorale dans sa décision de refus du 1er janvier 2021 aient peu changé par rapport à la date où Mme B s'est vu délivrer un titre en tant que mère d'enfant français ne saurait donc justifier un renouvellement de ce titre, comme l'allègue l'appelante.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 427-7 et L. 427-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à Mme B un titre en tant que mère d'un enfant français. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

7. Il n'est pas démontré, ainsi qu'il a été dit que le père du fils de A B contribue à l'entretien de ce dernier, ni même qu'il ait noué des liens forts avec celui-ci. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il était affecté depuis janvier 2021 en Guyane et y sera à nouveau en poste pour une durée de deux ans à compter de 2022. Les liens entre le compagnon de Mme B et son fils ne sont pas non plus établis. Enfin ce dernier n'est scolarisé que postérieurement à la décision contestée et seulement en petite section de maternelle. Par suite, cette décision n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant. Le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses conclusions d'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2021. Par suite, sa requête est manifestement dépourvue de fondement et doit donc être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Pereira et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise pour information à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai, le 12 mai 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Chloé Huls-Carlier

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