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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02875

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02875

jeudi 5 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02875
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantISMI-NEDJADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, enfin, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement du système d'information Schengen et du fichier des personnes recherchées.

Par un jugement n° 2103791, 2103794 du 15 novembre 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2021, M. B, représenté par Me Ismi-Nedjadi, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement du système d'information Schengen et du fichier des personnes recherchées ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations, en méconnaissance du droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter préalablement ses observations ;

- elle est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A B, ressortissant togolais né le 14 février 1991 à Lomé (Togo), est entré en France le 1er septembre 2017 sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa, délivré le 12 juillet 2017 par les autorités consulaires françaises à Lomé, valable du 31 août 2017 au 31 août 2018, portant la mention " étudiant ". Il a été mis en possession d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 1er septembre 2018 au 31 octobre 2019. M. B a sollicité, le 25 novembre 2019, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er avril 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation du jugement du 15 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne également invoqué par M. B.

4. Il appartient à l'autorité préfectorale comme à toute administration de faire application du droit de l'Union européenne et d'en appliquer les principes généraux, dont celui du droit à une bonne administration. Parmi ces principes, figure celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit implique seulement qu'informé de ce qu'une décision est susceptible d'être prise à son encontre, l'intéressé soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

5. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Ainsi, à l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, y compris sur l'obligation de quitter le territoire français et sur les décisions fixant le délai de départ ou encore le pays de renvoi qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus d'admission au séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pu, à l'occasion de cette demande, préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait son admission au séjour et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dès lors, M. B, qui au demeurant a pu exposer à l'administration sa situation familiale, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant l'adoption d'une mesure défavorable. Par ailleurs, la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ayant été transposée dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cette directive à l'appui des conclusions dirigées contre l'arrêté contesté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que, pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement du 6° de l'article L .313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord a mentionné, dans cet arrêté, les motifs de droit et les éléments de fait permettant de caractériser la situation de l'intéressé au regard du droit au séjour. En particulier, cette décision, après avoir visé ou cité, notamment, les dispositions des articles L. 313-3, L. 313-10 et L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relève que l'intéressé, entré en France en septembre 2017, a entretenu avec une ressortissante française une relation de laquelle est né un enfant, le 14 octobre 2019, mais que la présence de l'intéressé sur le territoire français - alors que celui-ci a reconnu avoir commis des actes de violence envers son fils et est placé sous contrôle judiciaire, dans l'attente d'un jugement, après avoir été incarcéré pour " violences habituelles " envers sa compagne et son fils - comporte une menace pour l'ordre public et que celui-ci ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance ou au moins deux ans. L'arrêté contesté relève également que l'intéressé est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel au sein d'une entreprise de restauration. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale ou professionnelle de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressé au regard du droit au séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour, applicable à la date de l'arrêté contesté : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; / () ".

10. Il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité par celui-ci sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que l'intéressé ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.

11. D'une part, M. B fait valoir qu'il est le père d'un enfant français né le 14 octobre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, à la suite des mesures de protection prises à l'égard de sa compagne et de leur enfant, ne vit plus avec l'enfant qui a été placé en famille d'accueil, ni même avec la mère de cet enfant. Les photographies produites à l'instance sur lesquelles M. B apparaît en compagnie de son fils ne sont pas de nature à établir qu'il contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, en ce qu'elle est fondée sur l'absence de justification par l'intéressé de ce qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, est entachée d'illégalité.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France sous couvert d'un titre de séjour étudiant qui ne lui donnait pas vocation à s'installer en France, est père d'un enfant français, né le 14 octobre 2019 de sa relation avec une ressortissante française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en garde à vue le 27 janvier 2020 pour des faits de " violences sur descendant " et de " violences conjugales ", puis en détention provisoire, du 29 janvier 2020 au 30 mars 2020, pour des faits de " violences habituelles " à l'égard de son ex-compagne et de son nourrisson de trois mois, auquel les services médicaux ont diagnostiqué une fracture du crâne due à un acte violent le 25 janvier 2020. M. B ne vit donc plus avec l'enfant qui était placé en famille d'accueil à la date de la décision contestée, ni même avec la mère de celui-ci et est placé sous contrôle judiciaire depuis le 30 mars 2020 dans l'attente de son jugement. Compte tenu de la nature et de la particulière gravité des faits susmentionnés, la présence de M. B sur le territoire français doit être regardée comme comportant une menace pour l'ordre public, au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, la double circonstance, à la supposer établie, que M. B ne se serait montré violent à l'égard de son enfant qu'à une seule reprise et qu'il n'ait pas exercé de violences habituelles à l'égard de son ex-compagne ne permet pas de caractériser l'absence de menace à l'ordre public. La circonstance que M. B ait été autorisé, par une ordonnance de modification de contrôle judiciaire en date du 11 janvier 2021, à rencontrer son fils en présence de tiers, dans le cabinet du juge des enfants ou en un lieu médiatisé, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet du Nord tienne compte des faits à l'origine des poursuites diligentées à son encontre dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Ni le fait que l'intéressé ait exercé une activité professionnelle, ni le fait qu'il dispose d'un logement, ne sont de nature à remettre en cause l'appréciation portée sur ce point par le préfet du Nord. Dans ces conditions, eu égard à la nature, au caractère récent et à la particulière gravité des faits de violences commis par M. B envers son enfant, le préfet du Nord, en considérant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précités de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, aurait méconnu les dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. M. B, qui est entré en France en septembre 2017, fait valoir que son ex-compagne et son enfant, tous deux de nationalité française, résident en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu des agissements et de la situation personnelle et familiale de M. B qui n'entretient plus de liens avec sa concubine et son enfant, placé dans une famille d'accueil en raison des violences d'une particulière gravité commises à son encontre, si ce n'est dans le cadre défini par l'ordonnance de modification de contrôle judiciaire en date du 11 janvier 2021, que le préfet du Nord, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

15. En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 312-2 du même code : " Le préfet () saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres mentionnés aux articles L. 313-8, quatrième alinéa, L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance. ".

16. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 313-11, L. 314-11, L. 314-12 et L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, dans leur rédaction alors en vigueur, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, M. B, qui ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans et dont la présence sur le territoire français constitue, ainsi qu'il a été dit précédemment, une menace pour l'ordre public, ne justifie pas satisfaire aux dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le préfet du Nord, avant de se prononcer sur sa demande de titre de séjour, n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure à raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé par le préfet du Nord qui, en vertu des dispositions de l'article R. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est l'autorité administrative compétente pour édicter, dans le département du Nord, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.

18. En deuxième lieu, M. B soutient que le préfet du Nord, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a méconnu le principe général du droit d'être entendu avant l'édiction d'une mesure défavorable. Toutefois, ce moyen doit, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 6, être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ". Or, ainsi qu'il a été dit au point 7, l'arrêté contesté, en ce qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. B, est suffisamment motivé. La décision par laquelle le préfet du Nord a fait obligation à M. B de quitter le territoire français, en application des dispositions du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être écarté.

20. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 16 que M. B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

21. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, les moyens tirés de ce que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

22. En premier lieu, il ressort du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

23. Pour prononcer la décision faisant interdiction à M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet du Nord a retenu, d'une part, que l'intéressé, entré récemment sur le territoire français, ne fait état d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français autre que son ex-compagne et son fils alors qu'il est poursuivi pour des faits de " violence habituelles " à leur égard et, d'autre part, que son comportement, du fait de ces actes, constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, tant dans son principe que dans sa durée, doit être écarté.

24. En deuxième lieu, M. B doit être regardé comme soutenant que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'enfant, de nationalité française, dont M. B est père, a été placé dans une famille d'accueil en raison du comportement violent du requérant. Celui-ci ne vit plus avec son ex-compagne et ne justifie d'aucune insertion réelle sur le territoire français, nonobstant la production d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel au sein d'une entreprise de restauration. En outre, son comportement constitue une menace à l'ordre public. Par suite, en l'absence de toute circonstance humanitaire, le préfet du Nord, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

25. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, en faisant interdiction à M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, aurait entaché cette décision d'un détournement de pouvoir.

26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et à Me Ismi-Nedjadi.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 5 mai 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nathalie Roméro

N°21DA02875

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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997

Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

01/06/2026

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Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.

01/06/2026

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Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

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Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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