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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02989

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02989

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02989
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3e chambre - formation à 3
Avocat requérantDELABY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A G a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler l'arrêté du 5 avril 2019 par lequel la maire de Lille a prononcé à son encontre la sanction de la révocation, d'autre part, d'enjoindre sous astreinte à l'autorité investie du pouvoir de nomination de prononcer sa réintégration et de procéder à la reconstitution de sa carrière, enfin, de mettre à la charge de la commune de Lille une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 1904798 du 2 novembre 2021, le tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté contesté, a enjoint à la commune de Lille de procéder, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, à la réintégration et à la reconstitution de la carrière ainsi que des droits sociaux de M. G à compter de la date de son éviction et a mis à la charge de la commune de Lille la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2021, la commune de Lille, représentée par Me Isabelle Béguin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. G en première instance ;

3°) de mettre à la charge de M. G une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que, pour annuler l'arrêté contesté, le tribunal administratif de Lille s'est fondé sur ce qu'eu égard au rôle joué par un adjoint au maire lors de la procédure disciplinaire qui avait antérieurement conduit au prononcé à l'encontre de M. G de la sanction de la révocation, objet d'une annulation contentieuse pour vice de procédure, la participation de ce même adjoint au maire à la séance conseil de discipline du 7 mars 2019, au cours de laquelle un avis a été émis préalablement à l'arrêté contesté du 5 avril 2019, reprenant à l'encontre de l'intéressé la sanction de la révocation, a constitué un manquement au principe d'impartialité ;

- les autres moyens soulevés par M. G en première instance ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 28 juin 2022, M. G, représenté par Me Lucie Delaby, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par la commune de Lille ne sont pas fondés ;

- l'engagement de la procédure disciplinaire était prématuré ;

- il n'a obtenu qu'une communication incomplète de son dossier disciplinaire ;

- le conseil de discipline, comprenant deux représentants de l'administration qui avaient siégé lors de la procédure antérieurement conduite à son encontre, était irrégulièrement composé ;

- les débats devant le conseil de discipline, au cours desquels l'examen des faits qui lui étaient reprochés a été éludé, ont été irréguliers ;

- la sanction de la révocation ne pouvait être reprise à son encontre avant l'exécution complète de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai prononçant l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2014 prononçant, une première fois, la même sanction ;

- les faits retenus à son encontre sont entachés d'inexactitude matérielle ;

- ces faits ont été inexactement qualifiés ;

- la sanction prononcée est disproportionnée par rapport aux faits commis :

- cette sanction est entachée de détournement de pouvoir.

Par une ordonnance du 28 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

M. G a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le traité instituant l'Union européenne ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dominique Bureau, première conseillère,

- les conclusions de M. Nil Carpentier-Daubresse, rapporteur public,

- et les observations de Me Delaby, représentant M. C, et de Me Béguin, représentant la commune de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, entré dans les services de la commune de Lille en qualité d'agent technique territorial stagiaire de 2ème classe en avril 2007 et titularisé le 1er juillet 2008, exerçait les fonctions d'agent de surveillance du stationnement payant (ASVP) au sein de l'unité de surveillance du stationnement payant de la commune de Lille, unité dépendant du service du stationnement, lui-même rattaché à la direction de la police municipale et de la réglementation de la commune. Le 1er mars 2010, il a été nommé coordinateur de zone. Par un arrêté du 8 janvier 2014, la maire de la commune de Lille lui a infligé la sanction de la révocation. Cet arrêté a été annulé par un arrêt du 4 juin 2018 de la cour, au motif qu'il avait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière. Postérieurement à cet arrêt, une seconde procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de M. G, pour les mêmes faits que ceux qui avaient conduit l'administration à engager la procédure disciplinaire précédente. Le 5 avril 2019, la maire de la commune de Lille a pris un nouvel arrêté prononçant, à l'encontre de l'intéressé, la même sanction de la révocation. La commune de Lille relève appel du jugement du 2 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Lille a annulé ce dernier arrêté pour vice de procédure et lui a enjoint de procéder à la réintégration de M. G dans les services de la commune, ainsi qu'à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux.

Sur le moyen d'annulation retenu par le tribunal administratif de Lille :

2. Aux termes de l'avant-dernier alinéa de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité territoriale après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline () ".

3. Pour annuler l'arrêté du 8 janvier 2014, par lequel la maire de Lille avait une première fois prononcé la sanction de la révocation à l'encontre de M. G, la cour a relevé, dans son arrêt du 4 juin 2018, que M. E, adjoint au maire alors délégué aux ressources humaines et signataire de la lettre informant l'intéressé de l'engagement à son encontre d'une procédure disciplinaire, ainsi que du rapport de saisine du conseil de discipline, devait être regardé comme l'autorité investie du pouvoir disciplinaire. La cour en a déduit, par un motif revêtu de l'autorité absolue de la chose jugée, que la participation de M. E au conseil de discipline réuni préalablement à l'édiction de cet arrêté avait méconnu les dispositions de l'article 3 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux aux termes duquel " l'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne peut siéger ". Toutefois, la commune de Lille fait valoir, sans être contredite, que M. E ne disposait plus d'aucune délégation en matière disciplinaire lorsqu'il a participé à la séance du 7 mars 2019, au cours de laquelle, à la suite de l'annulation contentieuse de l'arrêté du 8 janvier 2014, le conseil de discipline a été appelé à se prononcer sur les mêmes faits que ceux qui étaient reprochés à M. G en 2014. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. E avait manifesté une animosité personnelle à l'encontre de l'intéressé. En particulier, en admettant même la présence d'erreurs factuelles défavorables à M. G dans le rapport soumis au conseil de discipline en 2014 par M. E, il ne ressort pas des termes de ce rapport que celui-ci nourrissait un parti pris à l'encontre de l'intéressé. En outre, M. G ne saurait utilement faire valoir, pour démontrer que la présence de M. E au conseil de discipline du 7 mars 2019 contrevenait au principe d'impartialité, que le nouveau rapport disciplinaire, signé par le directeur général des services en vertu d'une délégation de signature consentie par la maire de Lille, n'était en réalité que la reprise du rapport soumis au conseil de discipline rédigé en 2014, dont les erreurs n'avaient pas été corrigées et qui avait été insuffisamment complété. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, comme le soutient M. G, M. E ait eu un intérêt particulier à ce qu'une sanction sévère lui soit infligée, afin notamment de détourner l'attention des dysfonctionnements ayant favorisé la commission des faits qui lui étaient reprochés. Il s'ensuit que c'est à tort que, pour annuler l'arrêté contesté du 5 avril 2019, le tribunal administratif de Lille a retenu, dans les circonstances particulières de l'espèce, le moyen tiré de ce que la participation de M. E au conseil de discipline le 7 mars 2019 avait constitué un manquement au principe d'impartialité.

4. Toutefois, il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, de statuer sur l'ensemble des moyens présentés par M. G.

Sur les autres moyens soulevés par M. G :

En ce qui concerne la légalité externe de la sanction :

S'agissant de la compétence du signataire de l'arrêté contesté :

5. En premier lieu, par un arrêté du 12 juin 2018 la maire de la commune de Lille a accordé à M. D F, directeur général des services de la commune, une délégation de signature dont l'étendue est définie aux articles 1er et 2 de cet arrêté. Par l'article 1er de cet arrêté, la maire de Lille donne à M. F délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de l'élu, du directeur général adjoint des services de la ville et du responsable de service communal compétents, disposant d'une délégation de fonction ou de signature, tous les actes relevant des attributions de la maire de Lille, " à l'exception de la réquisition du comptable de la commune et du pouvoir disciplinaire à l'égard du personnel communal ". Par l'article 2 du même arrêté, la maire de Lille donne à M. F une délégation, qui n'est subordonnée à aucun cas d'absence ou d'empêchement, lui permettant de signer tous les actes relatifs à la discipline du personnel communal. Ainsi, les articles 1er et 2 de l'arrêté du 12 juin 2018 subordonnent à des conditions définies de manière distincte l'exercice par M. F de la délégation de signature qui lui est consentie. Dès lors, la circonstance que l'article 1er exclut expressément de son champ d'application les actes pris en matière de pouvoir disciplinaire sur les agents de la commune ne s'oppose pas à ce que ces mêmes actes fassent l'objet de la délégation de signature donnée par l'article 2 du même arrêté. Le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté du 5 avril 2019 était incompétent à cet effet, en raison de contradictions entachant la délégation de signature qui lui avait été consentie par la maire de Lille doit, par suite, être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. / () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes ".

7. Les dispositions de l'article L. 2122-29 du code général des collectivités territoriales qui prévoient, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la publication des arrêtés municipaux à caractère réglementaire dans un recueil des actes administratifs, n'ont pas dérogé au principe, énoncé à l'article L. 2131-1 du même code, selon lequel la formalité de publicité qui conditionne l'entrée en vigueur des actes réglementaires du maire peut être soit la publication, soit l'affichage. Il ressort du document présenté par la commune de Lille comme un extrait du recueil des actes de la commune, que la maire de la commune de Lille a certifié, conformément aux dispositions de ce même article, d'une part, l'affichage à l'hôtel de ville, le 12 juin 2018, de l'arrêté du même jour portant délégation de signature à M. F et, d'autre part, la réception par les services de la préfecture, le même jour, de cet arrêté, un tel certificat faisant foi jusqu'à preuve contraire. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté ne serait pas exécutoire manque en fait.

S'agissant du moyen tiré du caractère prématuré de l'engagement d'une procédure disciplinaire :

8. M. G soutient qu'en engageant une procédure disciplinaire avant de procéder à l'exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel du 4 juin 2018 la commune de Lille a commis un excès de pouvoir. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le courrier, en date du 24 juillet 2018, informant M. G de l'engagement à son encontre d'une nouvelle procédure disciplinaire lui a été notifié, et n'a donc produit ses effets que le 24 août 2018, postérieurement au 1er août 2018, date à laquelle l'intéressé a été réintégré dans les services de la commune en exécution de l'arrêt du 4 juin 2018. D'autre part, l'engagement de cette nouvelle procédure disciplinaire ne faisait pas, par elle-même, obstacle à l'exécution de l'arrêt de la cour. Au demeurant, la commune de Lille produit différents éléments tendant à démontrer qu'outre la réintégration de M. G dans ses services le 1er août 2018, la commune de Lille a procédé à la reconstitution de la carrière et des droits sociaux de M. G. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

S'agissant du moyen tiré du caractère incomplet de la communication à M. G de son dossier individuel :

9. Aux termes du troisième alinéa de l'article 19, alors applicable, de la loi du 13 juillet 1983 : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". Aux termes de l'article 4, alors applicable, du décret du 18 septembre 1989 : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés ". Enfin, aux termes de l'article 5 de ce même décret : " Lorsqu'il y a lieu de saisir le conseil de discipline, le fonctionnaire poursuivi est invité à prendre connaissance, dans les mêmes conditions, du rapport mentionné au septième alinéa de l'article 90 de la loi du 26 janvier 1984 précitée et des pièces annexées à ce rapport ".

10. Lorsqu'une enquête administrative a été diligentée sur le comportement d'un agent public ou porte sur des faits qui, s'ils sont établis, sont susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire ou de justifier que soit prise une mesure en considération de la personne d'un tel agent, le rapport établi à l'issue de cette enquête, y compris lorsqu'elle a été confiée à des corps d'inspection, ainsi que, lorsqu'ils existent, les procès-verbaux des auditions des personnes entendues sur le comportement de l'agent faisant l'objet de l'enquête font partie des pièces dont ce dernier doit recevoir communication en application de l'article19 de la loi du 13 juillet 1983, sauf si la communication de ces procès-verbaux serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoigné.

11. Si M. G fait, d'abord, valoir que les procès-verbaux recueillant des témoignages sur son comportement qui figuraient dans son dossier disciplinaire lui ont été communiqués sous une forme incomplète, certains passages ayant été occultés, il ressort tant des précisions apportées par la commune de Lille que des indications de ces procès-verbaux demeurées lisibles, et n'est pas sérieusement contesté par le requérant que ces témoignages concernaient plusieurs agents et que les passages auxquels il n'a pu avoir accès ne le concernaient pas, de sorte que ceux-ci ne pouvaient être regardés comme faisant partie de son dossier individuel au sens des dispositions de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983. Si M. G fait ensuite valoir que le dossier qui lui a été communiqué ne comportait aucune pièce à l'appui de certains éléments relevés à son encontre dans le rapport visé à l'article 5 du décret du 18 septembre 1989, en particulier en ce qui concerne certains propos défavorables tenus à son encontre par le chef de la police municipale, il ressort des explications données par la commune de Lille, non contredites par les pièces du dossier, que ces propos ont été directement recueillis par l'auteur du rapport et que les pièces dont l'absence est alléguée n'existaient pas. Par suite, le moyen tiré par M. G du caractère incomplet du dossier dont il a obtenu communication doit être écarté.

S'agissant des moyens tirés de l'irrégularité de la composition du conseil de discipline :

12. En premier lieu les dispositions de l'article 6-1 de la convention européenne des droits de l'homme ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre des avis émis par un conseil de discipline sur une procédure engagée à l'encontre d'un agent public.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, comme le soutient M. G, M. B, adjoint au maire délégué en 2014 à la police de la circulation et du stationnement et à la police municipale, devenu, en juin 2017, délégué pour les dossiers relatifs au commerce, qui siégeait au conseil de discipline en tant que représentant de l'administration ait eu un intérêt particulier à ce qu'une sanction sévère lui soit infligée, afin notamment de détourner l'attention des dysfonctionnements ayant favorisé la commission des faits qui lui étaient reprochés.

14. En troisième lieu, aux termes de l'avant-dernier alinéa de l'article 89, alors applicable, de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité territoriale après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline () ". Aux termes de l'article 3, alors applicable, du décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne peut siéger ".

15. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de délégation du pouvoir disciplinaire, l'autorité délégataire ne peut siéger au conseil de discipline alors même qu'elle s'abstiendrait, ensuite, de prononcer la sanction. S'il est constant que M. E, adjoint au maire, a été délégataire du pouvoir disciplinaire et a engagé en 2014 la précédente procédure disciplinaire conduite à l'encontre de M. G, la commune de Lille fait valoir, sans être contredite, ainsi qu'il a été dit au point 3, que M. E ne disposait plus d'aucune délégation en matière disciplinaire lorsqu'il a participé à la séance du conseil de discipline du 7 mars 2019. En outre, il ressort des pièces du dossier que les courriers du 24 juillet 2018 portant engagement de la procédure disciplinaire et du 26 septembre 2018 informant M. G de la saisine du conseil de discipline ont été signés par M. F. Dans ces conditions, alors même que le rapport de saisine du conseil de discipline, également signé par M. F, reprend l'intégralité du rapport rédigé en 2013 et signé par M. E, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la présence de ce dernier, lors de la réunion du conseil de discipline le 7 mars 2019, qui, en 2018, n'était plus délégataire du pouvoir disciplinaire et n'a pas engagé la procédure menée à son encontre, a méconnu les dispositions précitées.

S'agissant du moyen tiré de l'irrégularité des débats devant le conseil de discipline :

16. M. G soutient qu'aucun débat n'a eu lieu devant le conseil de discipline, réuni le 7 mars 2019, sur les faits qui lui étaient reprochés, alors qu'à la suite de l'annulation de la sanction prononcée en 2014 pour un motif tiré de la composition irrégulière de cette instance, celle-ci devait être à nouveau être réunie et exercer la plénitude de ses attributions. Il fait, en particulier, valoir que le président du conseil de discipline avait indiqué en début de séance qu'il n'était pas nécessaire de revenir sur l'affaire, de sorte que les débats n'ont duré que trente minutes, et produit à l'appui de ces affirmations un compte-rendu de séance rédigé par la déléguée syndicale qui l'assistait, ainsi qu'une attestation émanant de l'un des représentants du personnel. Toutefois, il ressort du procès-verbal de la séance du 7 mars 2019 qu'après lecture, en début de séance, du rapport de saisine, la parole a été donnée à l'avocat de M. G, que des questions ont été posées par les membres du conseil de discipline et que la parole a été donnée en dernier lieu à l'intéressé et à son conseil. Le compte-rendu syndical et l'attestation produits par M. G ne comportent, quant à eux, aucun élément faisant apparaître qu'au cours de ces différentes étapes, la possibilité pour les membres du conseil de discipline de s'enquérir des éléments de faits du dossier et celle pour l'intéressé et son conseil de s'exprimer librement sur ceux-ci aient été entravés. Le moyen tiré de l'irrégularité des débats devant le conseil de discipline doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la sanction :

S'agissant de l'exactitude matérielle des faits, de la qualification juridique des faits et de la proportionnalité de la sanction :

17. Aux termes de l'article 29, alors en vigueur, de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89, alors en vigueur, de la loi du 26 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Quatrième groupe : la mise à la retraite d'office ; la révocation. / () Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité territoriale après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline ".

18. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire ne sont pas entachés d'inexactitude matérielle, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

19. Pour prononcer, par l'arrêté contesté du 5 avril 2019, la révocation de M. G, la maire de Lille s'est fondée sur la circonstance, reconnue par l'intéressé, que celui-ci avait communiqué son numéro de matricule à huit personnes étrangères au service, parmi lesquelles des employés de commerce, afin de les faire bénéficier d'une pratique, alors en usage parmi les agents de surveillance du stationnement payant de la commune, consistant à s'abstenir de verbaliser les véhicules en infraction à la réglementation du stationnement payant lorsque ces véhicules arboraient un ticket d'horodateur revêtu du matricule de l'un d'entre eux. La maire de Lille a déduit de ces faits que les agissements de M. G constituaient un manquement fautif aux obligations professionnelles résultant des missions qui lui étaient dévolues en tant qu'agent de surveillance du stationnement payant et qu'il avait juré de bien et fidèlement accomplir par un serment prêté le 8 décembre 2006. La maire de Lille a, en outre, relevé que ces faits revêtaient le caractère d'un manquement aux obligations de secret et de discrétion professionnels de cet agent, qu'ils étaient contraires à l'honneur, et que, relayés dans les médias locaux, ils étaient de nature à porter atteinte à l'image de la commune et à faire douter de l'impartialité et de l'intégrité des agents communaux.

20. En premier lieu, il résulte des pièces du dossier, en particulier du compte-rendu de l'audition de M. G, le 2 octobre 2013, par le directeur de la police municipale et de la réglementation de la commune de Lille, que l'intéressé a reconnu la matérialité des faits sur lesquels l'autorité disciplinaire s'est fondée pour lui infliger la sanction contestée. M. G ne conteste pas davantage la matérialité de ces faits devant le juge de l'excès de pouvoir. S'il soutient que la sanction qui lui a été infligée est, néanmoins entachée d'erreur de fait, la circonstance, invoquée à cet égard, que d'autres éléments factuels sur lesquels a porté l'enquête administrative et qui ont été repris dans le rapport soumis au conseil de discipline n'étaient pas établis, en particulier s'agissant de la communication par l'intéressé de son numéro de matricule à un plus grand nombre de personnes, y compris à des employés ou aux gérants de commerces riverains de rues soumises au stationnement payant, et de l'existence de contreparties qu'il en aurait retirées est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 5 avril 2019 dès lors que ces éléments ne sont pas au nombre des griefs retenus pour justifier la sanction contestée.

21. En deuxième lieu, la maire de la commune de Lille a estimé que les faits retenus pour justifier la sanction infligée à M. G avaient revêtu le caractère d'un manquement fautif aux obligations professionnelles résultant des missions qui lui avaient été confiées, ainsi qu'aux obligations de secret et de discrétion professionnels qui lui incombaient dans l'exercice de ces missions, qu'ils étaient contraires à l'honneur, de nature à porter atteinte à l'image de la commune et à faire douter de l'impartialité des agents chargés du contrôle du stationnement. Par les éléments qu'il invoque, relatifs notamment à l'absence de contrepartie retirée de ces agissements et au rôle, non établi, joué par la commune dans la médiatisation de l'affaire. M. G ne conteste pas sérieusement la qualification de faute disciplinaire donnée par la maire de Lille à ces faits.

22. En troisième lieu, M. G fait valoir que la pratique consistant à s'abstenir de verbaliser les véhicules en infraction à la réglementation du stationnement payant, lorsque ceux-ci arboraient un ticket d'horodateur revêtu du matricule de l'un d'entre eux, était en usage depuis plusieurs années au sein de l'unité du stationnement payant. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des différents procès-verbaux dressés par l'inspection générale de la police nationale, que cette pratique, initialement admise en 1997 par les autorités hiérarchiques, en marge des règles relatives au stationnement payant en vigueur sur le territoire de la commune, au profit des agents utilisant leur véhicule personnel pour se rendre sur leur lieu de travail, était cependant détournée depuis plusieurs années par certains d'entre eux au bénéfice de tiers, auxquels ils communiquaient à cet effet leur numéro de matricule, que l'ensemble des agents du service en avait connaissance et que cette pratique s'était accentuée depuis l'extension des horaires du stationnement payant dans plusieurs rues commerçantes de la ville au cours de l'année 2010. Toutefois, malgré ces circonstances, les faits reprochés à M. G ont consisté à user à titre personnel des prérogatives qu'il tenait de ses fonctions d'agent assermenté, agréé par le procureur de la République en vertu de l'article L. 130-4 du code de la route, en communiquant à des tiers au service son numéro de matricule, dans le but de leur permettre de se soustraire à la réglementation dont il lui incombait d'assurer l'application, en contradiction avec l'objet même du service ainsi que des missions qui lui étaient dévolues. Compte tenu, en outre, des obligations de probité, de secret et de discrétion professionnels auxquelles le requérant était astreint au regard des fonctions exercées, ainsi que du retentissement médiatique auquel l'affaire a donné lieu, la faute commise par M. G a jeté le discrédit sur la loyauté et l'intégrité des fonctionnaires municipaux, a été de nature à perturber le fonctionnement des services de la commune de Lille et a nui à son image, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que la commune ait elle-même contribué à cette diffusion médiatique.

23. Ni la circonstance, à la supposer avérée, que d'autres agents de l'unité du stationnement payant ayant commis des faits au moins aussi graves n'ont pas fait l'objet de poursuites disciplinaires ou d'une sanction ou n'ont pas été sanctionnés avec la même sévérité, ni la circonstance que le procureur de la République a prononcé le l8 octobre 2013 un non-lieu au motif qu'une procédure de sanction d'une autre nature était en cours à l'encontre de M. G ne sont de nature à minorer la gravité de ces faits.

24. Dans ces conditions, la faute reprochée à M. G justifie que lui soit infligée une sanction disciplinaire du quatrième groupe. Dès lors, en prononçant la sanction de révocation, la maire de Lille n'a pas pris à son encontre une sanction disproportionnée au regard de la gravité de la faute commise.

S'agissant des moyens tirés de l'existence d'un détournement de pouvoir et de la méconnaissance des principes d'égalité et d'équité :

25. En premier lieu, la circonstance que le courrier informant M. G de l'engagement à son encontre d'une nouvelle procédure disciplinaire a été signé le 24 juillet 2018, avant même sa réintégration dans les services de la commune, intervenue le 1er août 2018 en exécution de l'arrêt prononçant pour irrégularité l'annulation de la précédente sanction, puis a été notifié postérieurement à cette date, traduit seulement la volonté persistante de la commune de Lille de prononcer à son encontre une sanction après avoir repris une nouvelle procédure. Ainsi qu'il a était dit au point 8, cette circonstance n'a pas fait obstacle à l'exécution de l'arrêt du 4 juin 2018 annulée par cet arrêté à l'issue d'une nouvelle procédure. Par ailleurs, la double circonstance que des agents qui se sont livrés à des agissements au moins comparables à ceux qui lui sont reprochés n'ont pas fait l'objet de poursuites disciplinaires ou d'une sanction ou n'ont pas été sanctionnés avec la même sévérité et que l'origine du patronyme de certains d'entre eux différait de celle de M. G ne permet pas de démontrer que l'arrêté contesté du 5 avril 2019 serait inspiré par d'autres motifs que celui de sanctionner la faute commise. Dans ces conditions, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

26. En second lieu M. G ne peut utilement soutenir que les agents mentionnés au point précédent ont subi un traitement plus favorable que le sien, en méconnaissance du principe d'égalité, principe général du droit interne, également rappelé à l'article 3 du traité instituant l'Union Européenne, du principe de non-discrimination, énoncé à l'article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, et du principe d'équité, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la sanction contestée qui ne revêt pas un caractère disproportionné. Un tel moyen ne peut, par suite, qu'être écarté comme inopérant.

27. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la commune de Lille est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté 5 avril 2019 infligeant à M. G la sanction de la révocation, lui a enjoint de procéder, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, à la réintégration et à la reconstitution de la carrière ainsi que des droits sociaux de M. G à compter de la date de son éviction et a mis à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par M. G devant la cour au titre de ces dispositions doivent être écartées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de ce dernier, sur le même fondement, les frais exposés par la commune de Lille et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Lille n° 1904798 du 2 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. G en première instance et le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Lille, et à M. A G.

Délibéré après l'audience publique du 8 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Ghislaine Borot, présidente de chambre,

- M. Marc Lavail Dellaporta, président-assesseur,

- Mme Dominique Bureau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé : D. Bureau

La présidente de chambre,

Signé : G. Borot

La greffière,

Signé : C. Huls-Carlier

La République mande et ordonne au préfet du Nord ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. Huls-Carlier

No 21DA02989

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