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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00003

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00003

jeudi 14 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00003
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGIDE LOYRETTE NOUEL A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Enedis a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler la délibération n° 2017-12-07-28 du 7 décembre 2017 par laquelle le conseil municipal de Loos a décidé de résilier ou de " constater l'expiration " des conventions de concession conclues les 8 février et 1er août 1913 avec la société lilloise d'éclairage et la société électricité et gaz du Nord, de demander à la société Enedis de lui remettre les ouvrages constituant le réseau de distribution d'électricité en HTA (moyenne tension) et d'autoriser le maire à négocier l'indemnisation de cette dernière en contrepartie de la remise des biens et d'annuler la décision du 5 avril 2018 portant rejet de son recours gracieux.

Par un jugement n° 1805025 du 15 juin 2021, le tribunal administratif de Lille a déclaré nulle et non avenue la délibération n° 2017-12-07-28 du 7 décembre 2017 ainsi que la décision du 5 avril 2018 portant rejet du recours gracieux et a condamné la commune de Loos à verser à la société Enedis la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2021 sous le n° 21DA01956, la commune de Loos, représentée par la SCP Sur-Mauvenu et Associés, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 juin 2021 ;

2°) de constater l'inexistence de la concession d'Enedis pour l'exploitation du réseau ou d'une partie du réseau HTA de la commune de Loos ;

3°) d'enjoindre à Enedis de communiquer l'état du patrimoine appartenant à la commune, le nombre de départs HTA alimentant la commune de Loos et en transit à Loos, la longueur des réseaux HTA sur Loos, l'historique des sinistres et avaries, la liste des points des services HTA sur Loos et les informations relatives aux opérations d'investissement et de maintenance du réseau HTA exploité de fait par Enedis ;

4°) à titre subsidiaire, de résilier le prétendu contrat tacite entre la commune de Loos et Enedis ;

5°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2022 sous le n°22DA00003, la commune de Loos demande à la cour :

1°) d'ordonner le sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Lille du 15 juin 2021 sur le fondement des articles R. 811-15 et R. 811-17 du code de justice administrative ;

2°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le tribunal s'est cru saisi d'un recours pour excès de pouvoir pour rejeter ses conclusions reconventionnelles tendant à obtenir la communication d'un certain nombre de documents et à faire constater l'inexistence de la concession d'Enedis pour l'exploitation du réseau ou d'une partie du réseau HTA de la commune alors que par son objet contractuel, il s'agit d'un litige de plein contentieux ;

- le tribunal a statué ultra petita en jugeant qu'il existait un contrat tacite alors que la société Enedis s'est bornée à invoquer une exploitation de fait, à laquelle la commune veut précisément mettre fin en sa qualité d'autorité organisatrice de la distribution d'électricité sur son territoire ;

- les premiers juges ont commis une erreur de droit en jugeant qu'il y avait eu une prolongation tacite des contrats de concession alors qu'une telle prolongation tacite est contraire à la loi n° 46-628 du 8 avril 1946, au code de l'énergie et au code de la commande publique qui dispose que la durée du contrat de concession est limitée ;

- les premiers juges ont commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation en considérant que les deux conventions de concession conclues en 1913 portaient, à la date de la loi du 8 avril 1946, sur l'exploitation du réseau de distribution d'électricité en HTA (moyenne tension) de la commune et qu'en vertu de l'article 8 du cahier des charges annexé à l'autorisation préfectorale du 4 juin 1923, l'exploitation en régie par la commune de Loos était limitée à la distribution d'électricité en BT (basse tension) ;

- les premiers juges ont commis une erreur de droit en jugeant que la métropole européenne de Lille (MEL) s'était substituée de plein droit à la commune, en vertu des articles L. 5217-2 et L. 5217-5 du code général des collectivités territoriales alors que la MEL a, par une délibération du 15 juin 2018, expressément modifié sa délibération du 18 décembre 2015 pour préciser qu'étaient exclus de la fusion des contrats de concession, les réseaux basse tension et HTA de la régie de Loos ;

- les cahiers des charges des concessions conclues en 1913 n'étant plus en vigueur à la date du 8 avril 1946, aucun transfert des droits et obligations n'a pu avoir lieu au profit d'EDF et, par la suite, au profit de la MEL ;

- les premiers juges ont commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en jugeant que le conseil municipal était intervenu dans une matière réservée au pouvoir législatif et judiciaire en prononçant la résiliation d'un contrat auquel la commune n'était pas partie, alors qu'il s'agit d'une décision communale sur l'application locale d'une législation nationale et que le but poursuivi est de retrouver la cohérence du réseau de distribution électrique sur le territoire communal, conformément à la législation actuellement applicable ;

- l'exécution du jugement, telle qu'interprétée par la société Enedis, va très au-delà du jugement, qui ne vise que les réseaux HTA exploités par la société Enedis et n'autorise pas la société Enedis à s'emparer des câbles de distribution HTA/BT actuellement exploités par la régie municipale ;

- l'exécution du jugement entraînerait des conséquences difficilement réparables en entraînant, d'une part, la cession au profit d'Enedis des ouvrages composant le réseau HTA (câble HTA reliant 12 postes HTA/BT) et la communication de tous les documents et informations permettant à Enedis d'exploiter le réseau actuellement exploité par la régie municipale, alors que certains documents sont légalement protégés par le secret en matière industrielle et commerciale et, d'autre part, en portant atteinte à la cohérence du réseau de distribution d'électricité publique à Loos.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " 7°) () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel, () ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. Aux termes de l'article R. 811-15 du code de justice administrative : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant apparaissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". L'article R. 811-17 du même code dispose : " Dans les autres cas, le sursis peut être ordonné à la demande du requérant si l'exécution de la décision de première instance attaquée risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables et si les moyens énoncés dans la requête paraissent sérieux en l'état de l'instruction ".

3. Dans le jugement attaqué, le tribunal n'a pas prononcé l'annulation de la délibération n° 2017-12-07- 28 du 7 décembre 2018 mais, compte tenu de la gravité des vices qui l'affectaient et après en avoir informé les parties par un moyen d'ordre public, l'a regardée comme inexistante et de nul effet et l'a déclarée, avec la décision portant rejet du recours gracieux, nulle et non avenue dans le dispositif de sa décision. Ce jugement n'étant pas un jugement d'annulation, l'une des conditions requises par l'article R. 811-15 n'est pas remplie. Au surplus, aucun des moyens invoqués ci-dessus tirés de la méprise par les premiers juges de la nature des conclusions dont ils étaient saisis, de l'ultra-petita, de l'erreur de fait, des différentes erreurs de droit et des différentes erreurs manifeste d'appréciation n'est, en l'état de l'instruction, de nature à justifier le rejet des conclusions à fin d'annulation. Il n'est pas non plus établi que l'exécution du jugement attaqué entraînerait des conséquences difficilement réparables. Dès lors, la requête tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement attaqué sur le fondement des articles R. 811-15 et R. 811-17 du code de justice administrative doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de commune de Loos est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Loos.

Fait à Douai, le 14 avril 2022.

La présidente de la 2ème chambre,

Signé : A. Seulin

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière

Signé : Anne-Sophie Villette

N°22DA00003

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