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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00263

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00263

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00263
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le préfet de Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un mois.

Par un jugement n° 2103521 du 6 janvier 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. A B, représenté par Me Djehanne Elatrassi-Diome, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2021 du préfet de la Seine-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en violation du droit d'être entendu tiré de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle notamment en raison de l'atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale, par voie de conséquence, en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. D A B, ressortissant marocain né le 4 avril 1966, est entré en France le 2 février 2016 sous couvert d'un visa court séjour à l'issu duquel il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par un arrêté du 2 mars 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmé par un jugement n° 2001677 du tribunal administratif de Rouen rendu le 22 septembre 2020. L'intéressé a de nouveau sollicité un titre de séjour le 22 décembre 2020. Il relève appel du jugement du 6 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un mois.

Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, si M. A B soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée, ce moyen, qui n'est assorti d'aucune précision nouvelle en appel, a été écarté à bon droit par le tribunal au point 4 du jugement attaqué, dont il y a lieu d'adopter les motifs sur ce point.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. M. A B est entré sur le territoire en 2016 dans les conditions rappelées au point 1. S'il se prévaut de la présence régulière sur le territoire de ses parents, et notamment de l'assistance qu'apporterait sa femme à son beau-père, il ressort toutefois des pièces du dossier que ceux-ci sont décédés, le 7 avril 2018 s'agissant de la mère de M. A B, et le 3 mars 2021 s'agissant de son père. S'il se prévaut également de la présence régulière de ses enfants sur le territoire, il ne conteste pas que ceux-ci sont majeurs et n'allègue par ailleurs pas qu'il serait à leur charge. Si M. A B justifie d'une demande d'autorisation de travail d'une société de peinture antérieure à la décision le concernant, il ne conteste pas le motif de refus de la carte de séjour mention " salarié " pour défaut de justification d'un visa de long séjour dont ne sont pas dispensés les ressortissants marocains. Il n'est de plus pas contesté que M. A B a vécu jusqu'à ses 49 ans au Maroc et il ne justifie pas qu'il serait dans l'impossibilité de rejoindre ce pays. Dès lors, eu égard aux conditions d'entrée et de maintien sur le territoire de l'intéressé, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. En outre, la situation de M. A B ne présente pas un caractère humanitaire ou exceptionnel. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission instituée dans chaque département que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité. Eu égard à ce qui précède, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de soumettre le cas de M. A B à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, par un arrêté n° 21-055 du 1er juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° spécial 76-2021-116 du 2 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. E C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des décisions relevant de sa direction, au nombre desquelles figurent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En deuxième lieu, M. A B, qui a sollicité son admission au séjour, a été mis à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté en litige, tout élément d'information ou argument de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 8 et 9 du jugement attaqué.

9. En troisième lieu, pour les motifs énoncés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Enfin, si le requérant invoque une atteinte disproportionnée à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement, qui est une décision distincte de celle fixant le pays de destination.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment, que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Si M. A B soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L.721-4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen, qui n'est assorti d'aucune précision nouvelle en appel, a été écarté à bon droit par le tribunal au point 12 du jugement attaqué, dont il y a lieu d'adopter les motifs sur ce point.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7. Ensuite, la décisions d'interdiction de retour sur le territoire a été prise sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne peut donc utilement soutenir que cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du même code.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B et à Me Djehanne Elatrassi-Diome.

Fait à Douai, le 9 juin 2022.

La présidente de la 2ème chambre

Signé : A. Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°22DA00263

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