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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00465

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00465

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00465
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL MARY & INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2103490 du 20 janvier 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, M. A, représenté par Me Inquimbert, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour valable un an dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

4°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal a insuffisamment motivé le jugement en tant qu'il écarte l'atteinte à la vie familiale en renvoyant aux motifs " mentionnés ci-dessus ", il n'a pas statué sur l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dirigé contre le refus de séjour, il a mal apprécié les pièces, l'atteinte à la vie privée et l'insertion professionnelle ;

- la commission du titre de séjour devait être saisie ;

- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachés d'erreur de droit, méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination seront annulées du fait de l'illégalité des décisions qui les fondent ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît le droit à être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les articles L. 612-8 et 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas respecté l'injonction de réexamen que lui a faite le tribunal administratif par jugement du 24 novembre 2020 et n'a pas fait l'objet de trois décisions d'éloignement ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier dont celle versée le 12 mai 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A ressortissant égyptien, né le 28 mars 1988, déclare être entré en France en mars 2010. Il relève appel du jugement du 20 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la régularité du jugement :

3. Le point 13 du jugement examine le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français qui est écarté en renvoyant aux motifs " mentionnés ci-dessus ". Alors qu'une simple lecture des points précédant permettait aisément de comprendre que le renvoi concernait le point 5 du jugement consacré à l'examen de ce même moyen dirigé contre la décision de refus de séjour, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté. Par ailleurs, contrairement à ce qu'allègue l'appelant, le tribunal administratif, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments, a bien statué, pour l'écarter au point 9 du jugement, sur le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation dirigé contre la décision portant refus de séjour. Enfin, les moyens tirés de ce que le tribunal aurait mal apprécié les pièces, l'atteinte à la vie privée et l'insertion professionnelle ne relèvent pas de la régularité formelle du jugement mais relèvent de l'office du juge statuant dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel.

Sur les décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, M. A a fait l'objet de décisions d'éloignement des 23 mai 2016 et 29 juin 2018. Il a également fait d'objet d'une décision de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français du 18 novembre 2020, prise par le préfet de Seine Saint Denis au regard d'une domiciliation alléguée à Pantin. Il a donc bien fait l'objet de trois décisions d'éloignement. Si un jugement du 19 novembre 2020 du tribunal administratif de Rouen rendu sous le n° 1803558 a annulé une décision implicite de refus de séjour du 2 février 2018, il a seulement enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Prenant acte de cette injonction, par un courrier du 24 novembre 2020 dont la légalité n'est pas l'objet de la présente requête et qui en tout état de cause n'est pas la base légale de l'arrêté en cause, le préfet de la Seine-Maritime lui a indiqué qu'était déjà intervenu postérieurement à la décision implicite annulée, une nouvelle décision le concernant, consistant en une nouvelle obligation de quitter le territoire français du 29 juin 2018. A le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doit en tout état de cause être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient avoir sa résidence habituelle en France depuis mars 2010, l'arrêté en cause le conteste. Les éléments versés au dossier consistant pour les années 2010, 2011, 2013, 2014, 2015 et 2016 en des cartes d'aide médicale d'état et de droit à la solidarité transport, la détention d'un compte-courant où l'existence de mouvements n'est que très ponctuellement établie et de rares actes médicaux aux mêmes périodes ainsi que quelques factures d'un abonnement numérique ne suffisent pas à établir qu'il ait durant ces années eu effectivement sa résidence habituelle en France chez un ami qui l'hébergeait. L'appelant se prévaut d'un contrat de travail avec une société de peinture depuis mai 2019 et de bulletins de salaire. Il est célibataire et sans enfant à charge, si son père et décédé en 2021, cinq de ses frères et sœurs résident dans son pays d'origine. Dans ces conditions, d'une part, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de se prononcer, de façon distincte, sur les effets de la décision de refus de séjour sur la vie privée ou familiale de M. A dès lors que ces deux notions sont étroitement liées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, s'agissant ses décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions. Les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'appelant doivent être écartés. La situation de M. A ne répond pas plus à des considérations humanitaires ni à des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de cet article. Dès lors, le moyen tiré de sa méconnaissance doit également être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles cités par le 1° et le 2° de cet article L. 423-13 et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Pour les motifs précédemment indiqués, M. A ne remplissait pas les conditions prévues par ces dispositions. Par ailleurs, à la date de l'arrêté dont le préfet affirme sans être contesté qu'il a été pris le 12 août 2021 et notifié par voie postale le 13 août 2021, il ne justifiait pas " résider habituellement en France depuis plus de dix ans " au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet n'était pas tenu de soumettre sa demande de titre de séjour à la commission du titre de séjour avant de la rejeter. Le moyen tiré du vice de procédure ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :

8. Aux termes de L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. Pour faire interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet a pris en compte les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé, ses liens en France et le fait qu'il se soit soustrait volontairement à trois mesures d'éloignement. En l'espèce, le préfet qui n'a pas estimé que figurait au nombre des motifs qui justifiait sa décision une menace pour l'ordre public, n'était pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. L'arrêté vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est ainsi suffisamment motivé, en fait comme en droit, et ce moyen doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En l'espèce, l'appelant qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour a donc été mis à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté en cause comprenant l'interdiction de retour sur le territoire français tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des mesures contestées y compris sur celle d'interdiction de retour sur le territoire français susceptible d'intervenir. Le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit donc être écarté.

11. Eu égard à ce qui a été dit au point 4 de la situation de M. A, en prononçant à son encontre une telle interdiction d'une durée de deux ans, le préfet n'a pas méconnu les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation de sa situation. Les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français doivent donc être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai le 9 juin 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Huls-Carlier

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