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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00569

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00569

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00569
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement dans l'attente du réexamen de sa situation et, ce, sous astreinte journalière de 100 euros.

Par un jugement n° 2103370 du 7 février 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022, M. B, représenté par Me Solenn Leprince, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au profit de Me Leprince, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination sont insuffisamment motivées ;

- les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il convient d'exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de fait car il justifie d'un domicile stable et de moyens de subsistance suffisants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement duquel il était nécessairement saisi, à savoir son pouvoir de régularisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 14 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A B, ressortissant algérien né le 10 novembre 1984, est entré en France en 2015 et a vécu depuis lors dans un hébergement d'accueil au sein d'une communauté Emmaüs où il travaille aussi en tant que travailleur solidaire. Il a sollicité, le 9 décembre 2019, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté en date du 9 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 7 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

3. Les décisions de refus de titre de séjour, faisant obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit mentionnent avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre le refus du titre de séjour :

4. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen de la situation personnelle de M. B.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut de l'erreur de fait notamment quant à l'appréciation des ressources et la stabilité du logement de M. B doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui, selon ses déclarations est entrée en France à l'âge de trente et un ans, est célibataire et sans charge de famille. Si l'intéressé se prévaut de son statut de " compagnon " dans une communauté Emmaüs et de l'activité rémunérée qui y est liée, cette rémunération, qui équivaut à 40 % du SMIC, ne constitue qu'une allocation communautaire et non un salaire et ne saurait être regardée comme suffisante pour permettre une insertion véritable sur le territoire. En outre, M. B n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et ne justifie d'aucune insertion sociale particulière sur le territoire français en dehors de la communauté Emmaüs. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime, en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence, n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

8. L'arrêté en cause refuse à M. B la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " en rappelant son statut de travailleur communautaire au sein d'une communauté Emmaüs. Il lui oppose l'absence d'un visa de long séjour. Il ajoute que M. B ne justifie d'aucune perspective d'insertion professionnelle autre qu'au sein de la communauté, qu'il déclare un domicile au sein de cette même communauté et qu'en ne percevant qu'une allocation communautaire à hauteur de 40 % du SMIC, l'intéressé ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins. Enfin, l'arrêté conclut qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie son admission au séjour à titre dérogatoire. Il ressort ainsi de cet arrêté et des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime ne s'est pas estimé lié par l'absence de visa de long séjour mais a bien envisagé l'ensemble de la situation de M. B et l'éventualité de la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation. Le moyen tiré d'une erreur de droit, et à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment, que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B peut être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

11. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment, que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 11 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit, par suite, être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Solenn Leprince.

Fait à Douai, le 2 novembre 2022.

La présidente de la 2ème chambre

Signé : Anne Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°22DA00569

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