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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00627

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00627

mardi 10 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00627
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E C a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2106498 du 9 décembre 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2022, Mme C, représentée par Me Cabaret, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier de sa situation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle sont repris à l'appui des conclusions à fin d'annulation de cette décision ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- les moyens tirés de l'incompétence du signataire, de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier de sa situation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle sont repris à l'appui des conclusions à fin d'annulation de cette décision ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et de la décision par laquelle l'autorité préfectorale lui aurait refusé l'attribution d'un délai de départ volontaire ;

- les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont repris à l'appui des conclusions à fin d'annulation de cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme E C, ressortissante béninoise née le 27 février 1980 à Dakar (Sénégal), est entrée en France, le 11 juillet 2017, selon ses déclarations, accompagnée de ses deux enfants mineurs, de nationalité béninoise, nés le 22 avril 2010 et le 22 novembre 2011. Elle a présenté, le 18 septembre 2017, une demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 29 mai 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 27 mai 2019. Les demandes d'asile présentées par elle pour le compte de ses deux enfants mineurs ont également été rejetées par des décisions du 29 mai 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 27 mai 2019. Mme C a sollicité, le 25 septembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade, la jeune D, née le 22 novembre 2011. Par un avis du 2 mars 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de la jeune D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un arrêté du 11 mai 2021, le préfet du Nord, au vu notamment de cet avis, a refusé de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité par celle-ci, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme C relève appel du jugement du 9 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à certaines des décisions contenues dans l'arrêté contesté :

3. En premier lieu, Mme C fait valoir, dans sa requête, que l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente. Toutefois, par un arrêté du 24 mars 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, des décisions en matière de police des étrangers au nombre desquelles figurent les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, en date du 11 mai 2021, manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que cet arrêté, qui vise ou cite diverses dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont notamment les articles L. 425-9 et L. 425-10 de ce code, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou encore les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, relève, notamment, que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 2 mars 2021, que si l'état de santé de la fille de Mme C nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays. L'arrêté contesté relève également que, compte tenu de cet avis et au vu des certificats médicaux produits par Mme C, aucun élément ne permet de conclure que l'état de santé de la jeune D " nécessite une prise en charge médicale en France dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ". Par ailleurs, l'arrêté contesté mentionne que les demandes d'asile de Mme C et de ses enfants ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par Cour nationale du droit d'asile, et relève, après avoir mentionné des éléments de fait permettant de caractériser la situation privée et familiale de l'intéressée, qu'il n'apparaît pas que le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus et qu'il n'est pas davantage établi que le refus de titre de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants. De même, l'arrêté contesté, en ce qu'il fait obligation à Mme C de quitter le territoire français, mentionne, notamment, les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que celle-ci ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut, en application de ces dispositions, faire l'objet d'une mesure d'éloignement et que rien ne fait obstacle à l'édiction d'une telle mesure envers l'intéressée. Enfin, en ce que cet arrêté fixe le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, il vise les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève, notamment, que l'intéressée ne justifie pas que sa sécurité ou celle de ses enfants serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine et qu'elle n'établit pas que sa fille D serait soumise à un risque d'excision de sorte qu'il n'est pas établi qu'un retour dans son pays d'origine porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. En conséquence, l'arrêté contesté, en ce qu'il refuse la délivrance à Mme C d'un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi, comporte l'ensemble des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour, lui faire obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de renvoi, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme C doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

7. Il ressort des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L. 425-9 du même code, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme C, âgée de neuf ans à la date de l'arrêté contesté, est atteinte de troubles en lien avec un stress post-traumatique à raison desquels elle bénéficie d'un suivi pédopsychiatrique et a été reconnue comme étant une élève handicapée. Par un avis du 2 mars 2021, le collège de médecins de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme C produit plusieurs certificats médicaux de psychologues, pédopsychiatres et orthophonistes ainsi que des comptes rendus de l'équipe pédagogique de l'établissement au sein duquel sa fille est scolarisée, établissant que l'état de santé de celle-ci nécessite une prise en charge médicale. Toutefois, il ne ressort pas de ces éléments que les conséquences d'un défaut de prise en charge médicale seraient d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auquel renvoie l'article L. 425-10 du même code. Par ailleurs, si Mme C soutient que sa fille ne pourrait bénéficier de soins appropriés à son état de stress post-traumatique dans la mesure où elle aurait vécu les évènements fondateurs de ses troubles dans son pays d'origine ou en en Guinée, il ne ressort pas des pièces du dossier, pour autant, que le défaut de prise en charge de l'état de santé de celle-ci entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le préfet du Nord, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C, a pu considérer, au vu notamment de cet avis et des certificats médicaux produits par l'intéressée, qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues aux articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Mme C soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 7 du jugement attaqué.

12. En troisième lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Mme C soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants et méconnaît ainsi les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que l'arrêté contesté, n'a pas vocation à séparer la requérante de ses deux enfants, qu'il existerait un obstacle au maintien de la cellule familiale, composée de la requérante et de ses deux enfants, dans le pays d'origine de l'intéressée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que le défaut de prise en charge de l'état de santé de la jeune D entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni même qu'elle ne pourrait accéder effectivement à une prise en charge appropriée à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine. La requérante ne produit pas davantage d'éléments permettant d'établir que la jeune D, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, serait soumise à un risque d'excision en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, il n'est pas davantage établi que les deux enfants de A C ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, l'arrêté contesté ne peut être regardé comme ayant porté atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants de A C. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, en conséquence, être écarté.

14. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9, 11 et 13, que le préfet du Nord, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 14 que Mme C, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

16. En second lieu, si Mme C soutient, sans apporter aucune précision spécifique à l'appui de ces moyens, que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ces moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit, respectivement, aux points 3 à 14 et aux points 15 et 16 que Mme C, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ou de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

18. En deuxième lieu, si Mme C soutient, sans apporter aucune précision spécifique à l'appui de ces moyens, que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ces moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

20. Mme C soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il désigne son pays d'origine au nombre des pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que le défaut de prise en charge de l'état de santé de la jeune D entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni même qu'elle ne pourrait accéder effectivement à une prise en charge appropriée à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, la requérante, dont la demande d'asile ainsi que les demandes d'asile présentées pour le compte de ses deux enfants mineurs ont d'ailleurs été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, ne fait valoir aucun élément probant ni convaincant susceptible d'établir le bien-fondé des craintes pour la sécurité de ses enfants ou sa propre sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

22. Il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour faire interdiction à Mme C de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a relevé que, alors même que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'elle n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, l'intéressée est entrée en France en juillet 2017, soit très récemment, ne fait état d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français, à l'exception de ses deux enfants, et n'établit pas être isolée dans son pays d'origine. Par suite, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, tant dans son principe que dans sa durée, doit être écarté.

23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 et aux points 15 et 16 que Mme C, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, dès lors que le préfet du Nord a accordé à l'intéressée un délai de trente jours pour exécuter volontairement la mesure d'éloignement, Mme C n'est pas en situation de pouvoir invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la décision par laquelle l'autorité préfectorale lui aurait refusé l'attribution d'un délai de départ volontaire, faute d'une telle décision.

24. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour faire interdiction à Mme C de retour sur le territoire français, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme C doit être écarté.

25. En quatrième lieu, si Mme C soutient, sans apporter aucune précision spécifique à l'appui de ces moyens, que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

26. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord, en prononçant à l'encontre de Mme C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'a, compte tenu de la durée du séjour sur le territoire français de l'intéressée qui n'établit pas y disposer de liens personnels réels, entaché cette décision ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

27. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet du Nord, en faisant interdiction à Mme C de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

28. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, au ministre de l'intérieur et à Me Cabaret.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai le 10 mai 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA00627

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