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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00637

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00637

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00637
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure, lui a fait obligation de se présenter au commissariat de police de Soissons deux fois par semaine et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ".

Par un jugement n° 2104048 du 23 février 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, Mme B, représentée par Me Cheron, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'erreur de fait quant à sa situation, il n'a pas pris en compte les bulletins de salaire et les difficultés de recrutement de son employeur ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire sera annulée du fait de l'illégalité du refus de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Mme A B, ressortissante marocaine née le 10 février 1981, est entrée sur le territoire français le 21 mai 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle relève appel du jugement du 23 février 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination, lui a fait obligation de se présenter au commissariat de police de Soissons deux fois par semaine et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. L'arrêté du 10 novembre 2021 indique que Mme B, qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2020, a demandé le 6 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée en tant qu'assistante administrative.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". L'article 9 de cet accord stipule par ailleurs : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". En application de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi applicable aux ressortissants marocains : " () la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Il est constant que Mme B ne disposait pas d'un visa de long séjour, ce que le préfet de l'Aisne a pu légalement lui opposer.

4. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la délivrance d'un titre pour des motifs exceptionnels est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par cet accord. Toutefois, les stipulations de ce dernier n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. Mme B se prévaut d'un contrat de travail souscrit initialement le 2 janvier 2019 pour une durée indéterminée pour un emploi d'assistante administrative à temps partiel, puis d'un nouveau contrat de travail à durée indéterminée du 8 juin 2020, avec la même société, pour un horaire mensuel de 75 heures porté à 35 heures hebdomadaires le 1er mars 2021. L'appelante met en avant son ancienneté dans ces fonctions dans l'entreprise de bâtiment tous corps d'état qui l'emploie, qui a besoin, selon elle, d'un collaborateur arabophone eu égard à la main d'œuvre employée. Une annonce pour cet emploi détaillait les compétences requises en mentionnant " langue souhaitée arabe " et a donné lieu à dix-sept candidatures jugées insatisfaisantes. Mais alors que l'appelante, célibataire et sans enfant à charge, a de la famille dans son pays d'origine, dans les circonstances de l'espèce, le préfet, qui a bien pris en compte sa situation personnelle et son expérience professionnelle, n'a commis aucune erreur de fait, ni aucune erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une mesure de régularisation au motif que l'emploi en cause ne nécessitait pas un savoir-faire rare et stratégique et que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ni à des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour.

6. En troisième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l'Aisne.

Fait à Douai le 9 juin 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Huls-Carlier

1

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