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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00730

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00730

jeudi 30 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00730
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Rouen, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er mars 2022 A lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'autre part, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros A jour de retard.

A un jugement n° 2200865, 2200893 du 9 mars 2022, la magistrate désignée A le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

A une requête, enregistrée le 30 mars 2022, M. B, représenté A Me Kaddouri, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 A lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 200 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'illégalité, faute d'examen particulier de sa situation et, notamment, d'examen préalable de sa demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée pour caducité A une décision du 6 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), A ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C B, ressortissant tunisien né le 22 juillet 1982 à Ben Gardane (Tunisie), est entré en France le 17 décembre 2007, sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa " vie privée et familiale ", valable du 16 novembre 2017 au 16 novembre 2018. L'intéressé, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son visa, a été interpellé, le 1er janvier 2020, pour des faits de conduite sans permis de conduire et en état d'ivresse. A un arrêté du 1er janvier 2020, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le préfet d'Indre-et-Loire l'a également assigné à résidence pour une durée de 45 jours, cette assignation à résidence ayant été renouvelée A un arrêté du 5 février 2020. M. B n'a toutefois pas respecté son obligation de se présenter au commissariat de police. A la suite de la visite domiciliaire ordonnée A le juge des libertés et de la détention, M. B a été placé en rétention administrative. Le 21 février 2020, il a refusé d'embarquer dans un vol à destination de la Tunisie, en exécution de l'arrêté du 1er janvier 2020 lui faisant obligation de quitter le territoire français. A la suite, M. B a été convoqué, le 1er mars 2022, dans le cadre d'une enquête pénale pour conduite sans permis de conduire et a été placé en garde à vue. A un arrêté du 1er mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 9 mars 2022 A lequel la magistrate désignée A le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que cet arrêté, après avoir visé ou mentionné, notamment, les dispositions des articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3 1°, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état d'éléments propres à la situation personnelle ou familiale de M. B. Cet arrêté est donc suffisamment motivé, tant en droit qu'en fait. A suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté, en ce qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des motifs même de l'arrêté contesté que le préfet de Maine-et-Loire, avant de faire obligation à M. B de quitter le territoire français, a procédé à un examen particulier de sa situation. A suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doit être écarté. A ailleurs, si le requérant soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale, faute d'examen de sa demande de titre de séjour, ce moyen doit être écarté A les mêmes motifs que ceux énoncés A le premier juge, au point 11 du jugement attaqué.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; / () ".

6. M. B soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen A adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit A le premier juge au point 7 du jugement attaqué.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen A adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit A le premier juge au point 14 du jugement attaqué.

9. En quatrième lieu, M. B soutient que le préfet de Maine-et-Loire, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, ce moyen doit, compte tenu de ce qui a été dit au point 8 qui renvoie au point 14 du jugement attaqué, être écarté.

Sur la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

10. Il résulte de ce qui a dit aux points 3 à 9 que M. B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, n'est pas fondé à invoquer, A la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui a dit aux points 3 à 9 que M. B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondé à invoquer, A la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a dit aux points 3 à 9 que M. B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'est pas fondé à invoquer, A la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B, s'il est présent en France depuis le mois de décembre 2017, a fait l'objet, le 1er janvier 2020, d'un arrêté du préfet d'Indre-et-Loire lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et qu'il s'est opposé à l'exécution de cette mesure d'éloignement en refusant d'embarquer pour le vol du 21 février 2020, à destination de la Tunisie. Si le requérant se prévaut de ce qu'il s'est marié, le 20 mai 2017, avec une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, A des motifs suffisamment circonstanciés qu'il convient de s'approprier, au point 7 du jugement attaqué, qu'il ne justifie pas de la réalité de la communauté de vie avec son épouse, ni même de la réalité de liens affectifs avec cette dernière. Enfin, M. B n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident sa mère et son frère. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que cette décision méconnaît les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de Maine-et-Loire, en faisant interdiction à M. B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'a pas davantage méconnu le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.

15. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet de Maine-et-Loire, en faisant interdiction à M. B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, A suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte ainsi, en tout état de cause, que celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, A application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Douai le 30 juin 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA00730

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