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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00747

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00747

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00747
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCELLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2104346 du 11 février 2022, le tribunal administratif de Rouen a, d'une part, annulé l'arrêté du 21 octobre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet de l'Eure a fait interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, M. A, représenté par Me Scelles, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant que, par ce jugement, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le surplus des conclusions de sa demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-3 5° et L. 612-2 1° du code du séjour et de l'entrée des étrangers et du droit d'asile, dès lors, respectivement, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour au titre du travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des responsabilités lui incombant en qualité de gérant d'une épicerie et de la nécessité de disposer d'un délai à l'effet d'organiser son départ du territoire français.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B A, de nationalité marocaine, né le 2 août 1990 à Agadir (Maroc), est entré en France au cours de l'année 2014, selon ses déclarations. Il s'est vu délivrer, en tant que parent d'enfant français, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 17 mai 2018 au 16 mai 2019, puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 17 mai 2019 au 16 mai 2021. M. A a fait l'objet, le 18 mai 2020, d'une condamnation à un an d'emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, par le tribunal correctionnel d'Evreux, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par un arrêté du 26 avril 2021, le préfet de l'Eure a procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 13 août 2021, le tribunal administratif de Rouen a, d'une part, annulé les décisions, contenues dans cet arrêté, faisant obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi au motif que l'administration n'avait pas mis l'intéressé en mesure de présenter des observations sur la mesure d'éloignement, d'autre part, enjoint au préfet de l'Eure de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de ce jugement. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le préfet de l'Eure a fait obligation à M. A de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement du 11 février 2022, le tribunal administratif de Rouen a, d'une part, annulé l'arrêté du 21 octobre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet de l'Eure a fait interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, rejeté le surplus des conclusions de sa demande tendant à l'annulation des autres décisions contenues dans cet arrêté. M. A relève appel du jugement du 11 février 2022 en tant que, par ce jugement, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que, pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, le préfet de l'Eure a mentionné dans cet arrêté les motifs de droit et les éléments de fait permettant de caractériser la situation de l'intéressé au regard de ses conditions de séjour en France et de sa situation personnelle ou familiale. En particulier, cet arrêté, après avoir visé ou cité, notamment, les dispositions des articles L. 611-1 3° et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relève que si l'intéressé, entré en France en août 2014, a eu un enfant, né le 5 mars 2017, de la relation qu'il a entretenue avec une ressortissante française, la présence sur le territoire français de M. A, qui s'est vu retirer son titre de séjour par une décision devenue définitive, doit être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public dès lors que celui-ci a commis envers sa compagne des faits de violence à raison desquels il a été condamné à un an d'emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire. En outre, l'arrêté contesté relève que M. A ne justifie pas " d'une insertion réussie sur le territoire français " et ne justifie pas davantage participer à l'entretien ou à l'éducation de l'enfant qui est né de la relation qu'il a entretenue avec une ressortissante française dont il est désormais séparé. En conséquence, cet arrêté, alors même qu'il ne mentionne pas que l'intéressé a exercé régulièrement une activité professionnelle et qu'il est désormais gérant d'une épicerie, est suffisamment motivé, tant en droit qu'en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté, en ce qu'il fait obligation à M. A de quitter le territoire français et refuse de lui accorder un délai de départ volontaire, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des motifs même de l'arrêté contesté que le préfet de l'Eure, pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, a procédé à un examen particulier et attentif de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. A réitère devant la cour les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et refuse de lui accorder un délai de départ volontaire, méconnaît les dispositions des articles L. 611-3 5° et L. 612-2 1° du code du séjour et de l'entrée des étrangers et du droit d'asile, dès lors, respectivement, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus, à bon droit, par les premiers juges, aux points 5 et 11 du jugement attaqué.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. M. A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que les premiers juges l'ont indiqué par des motifs suffisamment circonstanciés au point 5 du jugement attaqué, qu'il convient de s'approprier dans cette mesure également sur ce point, que M. A contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ".

9. M. A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour au titre du travail, sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que l'activité exercée par M. A en qualité de gérant d'une épicerie lui procurerait des moyens d'existence suffisants. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 qui renvoie aux points 5 et 11 du jugement attaqué, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Eure, en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

11. En septième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même que M. A exerce depuis mai 2021 l'activité de gérant d'une épicerie employant un salarié et accueillant un stagiaire, que le préfet de l'Eure, en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et, en tout état de cause, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sur le fondement des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Scelles.

Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.

Fait à Douai, le 7 juillet 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

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