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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA00749

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA00749

mardi 12 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA00749
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEXPERTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, d'enjoindre à la préfète de la Somme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2104201 du 3 mars 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a rejeté les conclusions de sa demande dirigées contre l'arrêté du 3 décembre 2021 en tant que, par cet arrêté, la préfète de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2104201 du 17 mars 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté les conclusions de sa demande dirigées contre l'arrêté du 3 décembre 2021 en tant que, par cet arrêté, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête, enregistrée le 2 avril 2022, sous le n° 22DA00749, M. B, représenté par Me Experton, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 3 mars 2022 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Amiens ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Somme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :

- ce jugement est entaché d'une erreur de droit au visa de l'article R. 776-18 du code de justice administrative et d'une erreur de motivation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

II. Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, un mémoire, enregistré le 25 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 22 juin 2022, sous le n° 22DA01083, M. B, représenté par Me Experton, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 17 mars 2022 du tribunal administratif d'Amiens;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Somme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :

- ce jugement est entaché d'une erreur de droit au visa de l'article R. 776-18 du code de justice administrative et d'une erreur de motivation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision méconnaît le droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents () des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A B, ressortissant albanais né le 13 septembre 1990 à Kukes (Albanie), est entré irrégulièrement en France le 12 juillet 2013, selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile le 2 décembre 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 juin 2014 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 18 mars 2015. Par un arrêté du 13 avril 2015, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. La demande de M. B tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement du 16 octobre 2015 du tribunal administratif d'Amiens, devenu définitif. La demande de M. B tendant au réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 28 octobre 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 7 février 2017. M. B a sollicité, le 17 juin 2021, la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 décembre 2021, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

3. M. B relève appel, sous la requête n° 22DA00749, du jugement du 3 mars 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a rejeté les conclusions de sa demande dirigées contre l'arrêté du 3 décembre 2021 en tant que, par cet arrêté, la préfète de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B relève appel, sous la requête n° 22DA01083, du jugement du 17 mars 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté les conclusions de sa demande dirigées contre l'arrêté du 3 décembre 2021 en tant que, par cet arrêté, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

4. Les requêtes enregistrées sous le n°22DA00749 et sous le n°22DA01083, présentées par M. B présentent à juger des questions communes et sont dirigées contre les jugements du 3 mars 2022 et du 17 mars 2022 rejetant les conclusions de sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.

Sur la régularité des jugements attaqués :

5. D'une part, et à supposer même que M. B doive être regardé comme soutenant que les jugements attaqués sont entachés d'insuffisance de motivation, il ressort des motifs mêmes de ces jugement que les premiers juges, qui n'avaient pas à se prononcer sur l'ensemble des arguments invoqués par le requérant à l'appui de ses moyens, ont répondu, dans des termes suffisamment détaillés, aux moyens énoncés par l'intéressé à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi,. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des jugements attaqués doit être écarté.

6. D'autre part, si M. B soutient que les premiers juges, en faisant une lecture erronée des pièces du dossier, ont entaché les jugements d'irrégularité, ce moyen, par l'argumentaire venant à son soutien, ne relève pas de la régularité des jugements attaqués, mais de leur bien-fondé, dès lors qu'il ne porte pas sur l'objet ou l'étendue des conclusions présentées devant les premiers juges. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. Enfin, si le requérant soutient que les jugements attaqués sont entachés d'une " erreur de droit au visa de l'article R. 776-18 du code de justice administrative ", ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors que les premiers juges, pour rejeter les conclusions de la demande de M. B, ne se sont pas fondés sur ces dispositions qui, d'ailleurs, se bornent à indiquer que la requête est présentée en un seul exemplaire et que l'auteur de la requête, lorsqu'elle est présentée par le moyen de l'application Télérecours, signale son urgence en sélectionnant le type de procédure correspondante.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de la Somme a donné à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale et signataire de l'arrêté contesté, délégation à l'effet, notamment, de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour aurait été prise par une autorité incompétente manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que ceux-ci, qui ne se limitent pas à reprendre des formules préétablies, énoncent de manière détaillée les motifs de droit et les considérations de fait tenant à la situation personnelle et familiale de M. B, sur lesquels la préfète de la Somme s'est fondée pour rejeter la demande de l'intéressé tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, et alors que la préfète de la Somme n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale ou professionnelle de l'intéressé, le moyen tiré de ce que la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. B est insuffisamment motivée doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète de la Somme, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour, a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé au regard du droit au séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les principales attaches familiales dont dispose M. B en France sont constituées de son épouse, qui, de même nationalité, est en situation irrégulière au regard du droit au séjour, et de ses enfants, nés en Albanie le 6 mars 2012 et en France les 4 juin 2014 et 18 décembre 2017. Or, rien ne fait obstacle à ce que ceux-ci l'accompagnent en Albanie où la cellule familiale pourra se reconstituer. Par ailleurs, M. B, s'il fait état de la présence en France de plusieurs membres de sa famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Dans ces conditions, et compte tenu des conditions de séjour en France de M. B qui a précédemment fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, la préfète de la Somme, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision de refus de titre de séjour n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

12. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquée à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. M. B soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors qu'il n'est pas contesté que l'épouse du requérant, de nationalité albanaise, est également en situation irrégulière sur le territoire français, que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Albanie, ni davantage que les trois enfants mineurs de M. B ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

14. En sixième lieu, le moyen tiré par M. B de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant dès lors que cette décision n'a pas pour objet ou pour effet de fixer le pays de renvoi.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, en ce qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français, doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

16. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. M. B soutient que ce droit a été méconnu avant que la préfète de la Somme n'édicte à son encontre la décision, contenue dans l'arrêté du 3 décembre 2021, lui faisant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, ce moyen, qui est énoncé par M. B à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté par les mêmes motifs que ceux retenus, à bon droit, par le premier juge, au point 16 du jugement du 3 mars 2022.

17. En troisième lieu, en vertu des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Par suite, la décision de refus de séjour étant, ainsi qu'il a été dit au point 9, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, qui mentionne qu'elle a pour fondement les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

18. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a dit aux points 8 à 14 que M. B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

19. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il est soulevé par M. B à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

20. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il est soulevé par M. B à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, doit, en tout état de cause, être écarté par les mêmes motifs que ceux retenus par les premiers juges, au point 19 du jugement du 3 mars 2022.

Sur la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, a pu, à l'occasion de cette demande, préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait son admission au séjour et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni même qu'il aurait été empêché de faire valoir tout nouvel élément, avant que ne soit édicté la décision fixant le pays de destination, qui est une décision subséquente. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe général du droit d'être entendu avant l'édiction d'une mesure défavorable, principe général de l'Union européenne, en ce qu'il est invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

22. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que ceux-ci mentionnent, sous le visa des dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la nationalité de M. B, indiquent que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ainsi que sa demande de réexamen de sa demande d'asile, et précisent que la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces motifs, qui n'avaient pas à détailler les raisons précises ayant conduit la préfète de la Somme à cette conclusion, doivent être regardés comme comportant l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être reconduit d'office. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

23. En troisième et dernier lieu, M. B réitère devant la cour le moyen, déjà soulevé en première instance, tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne produit en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le premier juge sur ce moyen. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à bon droit, au point 19 du jugement attaqué. La branche du même moyen tiré de la violation des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, pour les mêmes motifs, être écartée.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes susvisées de M. B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, par suite, de rejeter les requêtes de M. B en toutes leurs conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes susvisées de M. B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de la Somme.

Fait à Douai le 12 juillet 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

22DA00749, 22DA010831

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CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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