mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA00845 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | INGWER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal des pensions militaires d'invalidité de Lille d'annuler la décision du 26 février 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision d'une pension militaire d'invalidité pour aggravation et infirmité nouvelle.
Par une ordonnance du 29 octobre 2019, le président du tribunal des pensions militaires d'invalidité de Lille a, en application de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 et de son décret d'application n° 2018-1291 du 28 décembre 2018, transmis sa requête au tribunal administratif de Lille.
Par un jugement n° 1909478 du 8 mars 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril et 18 octobre 2022, M. B, représenté par Me Evelyne Ingwer, demande à la cour :
1°) de réformer ce jugement ;
2°) d'ordonner une nouvelle expertise ;
3°) à titre subsidiaire, de faire droit à sa demande de révision de pension militaire d'invalidité pour aggravation et infirmité nouvelle.
Il soutient que :
- la documentation médicale qu'il produit démontre que son état de santé s'est aggravé et que le taux d'invalidité de l'infirmité nouvelle correspondant au syndrome fémoro-patellaire gauche est supérieur à 5 % ;
- il sollicite une expertise judiciaire afin de déterminer l'existence d'une aggravation de ses infirmités ainsi que le taux afférent à sa nouvelle infimité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 et 28 octobre 2022, le ministre des armées demande à la cour de rejeter la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2022.
Par ordonnance du 7 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sylvie Stefanczyk, première conseillère,
- et les conclusions de M. Guillaume Toutias, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 14 mai 1969, a été victime d'un accident de trajet le 8 juillet 1989 alors qu'il effectuait son service national dans l'armée de terre. Il a été réformé définitivement par une décision de la commission de réforme du service national du 28 septembre 1989 et rayé des contrôles du corps le 29 septembre 1989. Une pension militaire d'invalidité lui a été concédée par un arrêté du 10 avril 2017 au taux global de 75 % à compter du 24 novembre 2006 pour, en premier lieu, des séquelles de traumatisme cervical avec fracture corporéale de C5 traitée par libération du canal rachidien et ostéosynthèse C4 à C6, douleurs scapulaires avec phénomènes cloniques spastiques du membre supérieur gauche, inversion totale de la courbure cervicale avec trous de conjugaison C2 C3 rétrécis au taux de 50 %, en deuxième lieu, des séquelles de luxation de la tête du péroné gauche opérée au taux de 10 % (+5 acquis), en troisième lieu, un syndrome post-commotionnel avec céphalées, sensations vertigineuses, troubles mnésiques, irritabilité, au taux de 10 % (+ 10 acquis) et, en quatrième lieu, des séquelles de fracture fermée du cotyle gauche, coxarthrose gauche débutante au taux de 10 % (+ 15 acquis). M. B a sollicité le 3 février 2017 la révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation des infirmités " séquelles de fracture du cotyle gauche " et " séquelles de luxation de la tête du péroné gauche opérée " et pour une infirmité nouvelle liée à un " syndrome fémoro-patellaire gauche ". Cette demande a été rejetée par décision de la ministre des armées du 26 février 2019 au motif, d'une part, qu'aucune aggravation n'était constatée et, d'autre part, que le syndrome fémoro-patellaire gauche entraînait un degré d'invalidité inférieur à 10 %, taux minimum requis pour l'ouverture du droit à pension. L'intéressé a contesté cette décision auprès du tribunal des pensions militaires de Lille qui a transmis le dossier à la juridiction administrative, désormais compétente en vertu du décret du 28 décembre 2018 portant transfert de compétences entre juridictions de l'ordre administratif. M. B relève appel du jugement n° 1909478 du 8 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision ministérielle du 26 février 2019.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ". Aux termes de l'article L. 154-1 de ce code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque le titulaire d'une pension militaire d'invalidité pour infirmité sollicite sa révision du fait de l'aggravation de ses infirmités, l'évolution du degré d'invalidité s'apprécie à la date du dépôt de la demande de révision de la pension, comparativement à l'état de cette invalidité à la date de la dernière décision de concession en fixant le taux.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3 ". L'article L. 121-5 précise que : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; / 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : - a) 30 % en cas d'infirmité unique ; - b) 40 % en cas d'infirmités multiples. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 % ".
5. Il résulte de l'instruction que le docteur C, expert médical diligenté pour l'instruction de la demande de pension de M. B, a estimé dans son rapport du 10 octobre 2018 qu'il n'y avait aucune aggravation des infirmités " séquelles de fracture du cotyle gauche " et " séquelles de luxation de la tête du péroné gauche opérée " et que le taux d'invalidité de 10 % devait être maintenu pour ces deux infirmités. Il a également relevé que la souffrance fémoro-patellaire présentée par l'intéressé apparaissait en relation directe et déterminante avec l'importante amyotrophie du membre inférieur gauche et que, compte tenu de l'examen clinique et de la symptomatologie et en fonction du guide-barème des invalidités applicable au titre des pensions militaires, le taux d'invalidité de cette infirmité pouvait être évalué à 5 %. Le certificat médical du 25 janvier 2017 versé à l'instance par l'intéressé, émanant d'un médecin généraliste remplaçant qui mentionne que l'intéressé présente un syndrome fémoro-patellaire aggravant une séquelle de fracture du cotyle gauche et une séquelle de luxation de la tête du péroné gauche opéré et les deux comptes rendus versés par l'intéressé d'un médecin d'un centre spécialisé de rééducation et réadaptation fonctionnelle des 5 juillet 2017 et 22 avril 2022, dont l'un est d'ailleurs postérieur à sa demande de révision de pension, faisant état d'un syndrome fémoro-patellaire gauche suivi en rhumatologie avec poursuite d'une prise en charge en kinésithérapie libérale axée sur le renforcement des membres inférieurs en rapport avec une amyotrophie de la cuisse gauche et faisant état d'une prise en charge pour une hémiparésie gauche spastique, des cervicalgies, des lombalgies et un syndrome rotulien gauche, ne permettent pas de remettre sérieusement en cause les conclusions de l'expert, confirmées le 9 novembre 2018 par le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité de la sous-direction des pensions du ministère des armées, le 27 novembre 2019 par la commission consultative médicale et le 19 février 2019 par la commission de réforme des pensions militaires d'invalidité. M. B ne peut davantage se prévaloir du compte-rendu de sortie d'hôpital du 27 mai 2016 mentionnant qu'il a été hospitalisé dans le cadre d'un syndrome tétrapyramidal post-traumatique responsable d'une lésion médullaire cervicale survenue en 1989 dès lors que ce document médical est relatif aux séquelles du traumatisme cervical qui constituent une infirmité pensionnée au taux de 50 % et dont l'aggravation n'a jamais été mentionnée par l'intéressé à l'appui de sa demande de révision de pension. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la ministre de la défense a rejeté la demande de révision de pension présentée par M. B.
6. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale, que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à la révision de sa pension militaire d'invalidité.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, au ministre des armées et à Me Evelyne Ingwer.
Délibéré après l'audience publique du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Anne Seulin, présidente de chambre,
- M. Marc Baronnet, président-assesseur,
- Mme Sylvie Stefanczyk, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé : S. StefanczykLa présidente de chambre,
Signé : A. Seulin
La greffière,
Signé : A-S. Villette
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière
Anne-Sophie Villette
N°22DA00845
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026