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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01095

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01095

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01095
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTAINMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet de l'Aisne portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2200717 du 19 mai 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, M. B, représenté par Me Gwenaëlle Tainmont, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet de l'Aisne ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", ou, à défaut, portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et, ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde uniquement sur l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de main d'œuvre étrangère ne lui a pas été notifié et l'a ainsi privé d'un recours effectif ;

- le préfet s'est estimé, à tort, lié par cet avis ;

-la décision portant refus de titre de séjour méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire fondée sur les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A B, ressortissant tunisien, né le 25 septembre 1975, est entré en France le 16 juillet 2017 sous couvert d'un visa C de court séjour valable du 30 mai au 25 novembre 2017. Le 6 novembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Par un arrêté du 14 janvier 2022, le préfet de l'Aisne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a obligé à se présenter au commissariat de Château-Thierry deux fois par semaine pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ, l'a obligé à remettre aux services de police l'original de son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. L'intéressé relève appel du jugement du 19 mai 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet de l'Aisne en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la légalité de la décision portant refus d'admission au séjour :

3. Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008, stipule, à son point 2.3.3, que : " Le titre de séjour portant la mention ''salarié'', prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ".

4. En premier lieu, le requérant soutient que le préfet de l'Aisne a commis une erreur de droit en indiquant que seul l'accord franco-tunisien était applicable à sa situation. Toutefois, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aisne, après avoir précisé que l'accord franco-tunisien régissait de manière exclusive la situation des ressortissants tunisiens qui souhaitent bénéficier d'un titre de séjour " salarié ", a examiné la possibilité pour le requérant d'obtenir un titre de séjour dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que l'avis émis par la plateforme interrégionale de main d'œuvre étrangère doit être notifié à l'étranger. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aisne a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " au motif notamment que le contrat de travail à durée indéterminée n'avait pas été préalablement visé par le service de main d'œuvre étrangère. Les termes de la décision attaquée ne font pas ressortir que le préfet se serait cru en situation de compétence liée par l'avis défavorable émis par la plateforme interrégionale de main d'œuvre étrangère le 2 décembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, pour contester la décision lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour, M. B ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets, à travers la circulaire du 28 novembre 2012, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, en l'absence de caractère impératif de ces orientations. Le moyen tiré de la méconnaissance de cette circulaire est donc inopérant.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B fait valoir qu'il réside en France avec son frère, que l'exercice d'une activité professionnelle en France lui permet d'apporter un soutien financier à son épouse et son enfant restés en Tunisie, que son épouse enseigne la langue française en Tunisie et qu'il justifie d'une insertion particulière en France en raison de la détention d'un contrat à durée indéterminée et de l'acquittement de ses impôts. Il ressort toutefois de la notice de renseignements en date du 27 juillet 2021 remplie par M. B, qu'à l'exception d'un frère, la totalité de sa famille comprenant ses parents, sa femme, son enfant et ses frères et sœurs, résident en Tunisie. L'intéressé n'allègue, ni ne justifie avoir d'autres attaches que celles qu'il entretient avec son frère en France. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Un tel moyen, au demeurant dénué de toute précision, est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour, qui est distincte de la décision fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour, qui fonde la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents " et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

13. Il résulte de ces dispositions que la décision faisant obligation de quitter le territoire français à M. B n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision du 14 janvier 2022 portant refus de titre de séjour, laquelle comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En troisième lieu, le requérant soutient qu'il réunit les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévues par les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-4 du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens qui souhaitent bénéficier d'un titre de séjour " salarié ", leur situation étant régie de manière exclusive par l'accord franco-tunisien. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Douai le 23 novembre 2022.

La présidente de la 2ème chambre

Signé : A. Seulin La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°22DA01095

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