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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01121

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01121

mardi 23 août 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01121
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A N'Guessan a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination et d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Par un jugement n° 2108218 du 4 janvier 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, Mme N'Guessan, représentée par Me Navy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à défaut de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les rédacteurs de l'avis médical ne sont pas identifiables ;

- l'avis transmis par l'Office français de l'immigration et de l'intégration diffère de celui transmis par le préfet ;

- les signataires ne sont pas compétents ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Mme N'Guessan a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Mme N'Guessan, ressortissante ivoirienne née le 3 octobre 1962, déclare être entrée en France le 22 mai 2016. Elle relève appel du jugement du 4 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles R. 425-11 et suivants de ce code et de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. L'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 29 avril 2021, versé par le préfet au dossier de première instance, comme sa version versée au dossier par l'appelant et provenant de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, indique que ce collège était composé de trois médecins nommément désignés. L'avis mentionne qu'il a été émis après qu'il en a été délibéré par le collège. La mention ainsi portée sur cet avis, qui comporte la signature des trois médecins ayant composé ce collège, fait foi jusqu'à preuve du contraire. Le fait que la version de l'avis communiquée à l'appelant par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mise à jour quant à la référence des textes applicables, à la suite de l'entrée en vigueur d'une nouvelle codification du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par rapport à celui produit par le préfet devant le tribunal, est sans influence sur la régularité de la procédure. Cet avis est signé par les trois médecins, dûment identifiés, qui ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 janvier 2021 portant désignation au collège des médecins à compétence nationale, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Par ailleurs, cet avis comportait l'ensemble des indications prévues par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Les moyens tirés d'une incompétence des auteurs de cet avis ou de son irrégularité doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, Mme N'Guessan met en avant sa présence en France depuis 2016 chez sa fille de nationalité française qui l'héberge et la présence d'autres membres de sa famille. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, alors que Mme N'Guessan a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-quatre ans dans son pays d'origine où elle ne saurait être dépourvue d'attaches, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'appelante. Dès lors, ces moyens doivent également être écartés.

7.Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme N'Guessan est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme N'Guessan est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A N'Guessan, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Navy.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai le 23 août 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Huls-Carlier

1

N°22DA01121

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