jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA01188 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL PAREYDT-GOHON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Le centre hospitalier de Douai, représenté par Me Pareydt, a demandé au tribunal administratif de Lille de condamner la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) à lui verser, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 5 209 510,52 euros augmentée des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la demande et de la capitalisation des intérêts, à valoir sur les sommes qui lui sont dues en réparation des préjudices subis et de mettre à la charge de la SMABTP la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance n° 2200010 du 25 mai 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a condamné la SMABTP à verser au centre hospitalier de Douai une provision de 1 093 098,98 euros TTC, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 3 janvier 2022 ainsi que la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles et a rejeté le surplus des conclusions de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin et 27 juillet 2022, le centre hospitalier de Douai, représenté par Me Charles Pareydt, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de rejeter la demande d'annulation de l'ordonnance formulée par la SMABTP et sa demande, subséquente, de rejet de ses prétentions initiales ;
2°) statuant en référé, de réformer l'ordonnance et, par l'effet dévolutif de l'appel, d'ordonner à la SMABTP de lui verser une provision de 5 168 482,86 euros TTC sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ainsi que les intérêts au taux légal et leur capitalisation à compter du 11 janvier 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la SMABTP la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- au vu des conclusions du rapport d'expertise judiciaire, le juge des référés a commis une erreur sur la fraction du montant des travaux de réparation lui paraissant revêtir un caractère de certitude suffisant, ce qui l'a amené à commettre une erreur sur la fraction du montant de la mission de maîtrise d'œuvre et des autres prestations intellectuelles nécessaires au suivi des travaux de réparation, alors que le montant de la rémunération du maître d'œuvre est fixé indépendamment du montant des travaux, dont la réalisation entraîne nécessairement l'intervention du bureau Véritas et du contrôleur technique ;
- le juge des référés a commis une erreur en rejetant les autres postes de préjudices au motif, ou bien qu'ils avaient été exposés à l'occasion des opérations d'expertise judiciaire, ou bien qu'ils ne pouvaient être rattachés avec un degré de certitude suffisant aux travaux de réparation, alors que la mission de diagnostic pour la mise en conformité des joints de dilatation, demandée par l'expert, est nécessaire aux travaux de réparation, tout comme la mission de contrôle technique intervenue après le diagnostic, les missions de contrôle technique et de coordinateur de sécurité et de protection de la santé pour les tests réalisés à la demande de l'expert, les prestations de la société Osmos demandées par l'expert, les frais d'huissier et la mission d'élaboration d'un schéma de remise en sécurité incendie ;
- la SMABTP n'apporte aucun élément nouveau de nature à remettre en cause l'analyse du premier juge sur le caractère décennal des désordres, l'ampleur des désordres constatés par l'expert, l'absence d'autres solutions de réparation techniquement viables que les douze cas d'interventions en reprise proposés par l'expert et le montant de la créance en résultant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), représentée par Me Jean-François Pille, conclut :
1°) à titre principal, à l'annulation de l'ordonnance du 25 mai 2022 et au rejet de la demande du centre hospitalier de Douai ;
2°) à titre subsidiaire, à la confirmation de l'ordonnance du 25 mai 2022 ayant limité le montant de la provision allouée à 1 093 098,98 euros ;
3°) à la condamnation du centre hospitalier de Douai à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il existe une contestation sérieuse sur l'étendue des travaux de nature à remettre le centre hospitalier en sécurité, la reprise généralisée des joints de dilatation préconisée par l'expert n'est pas justifiée ;
- il existe aussi une contestation sérieuse sur la solution de réparation, en effet, d'autres possibilités de réparation moins coûteuses que celles préconisées par la société Verdi et tout aussi perennes ont été proposées par la société Efectis, c'est à tort que l'expert ne les a pas étudiées au motif que la société Efectis intervenait aux côtés de la société Bouygues, défenderesse, alors que la société Verdi est pour sa part le maître d'œuvre du centre hospitalier ;
- en sa qualité d'assureur dommages-ouvrage, elle ne doit procéder qu'au règlement des seuls travaux nécessaires à la remise en état de l'ouvrage, ceux proposés par la société Verdi constituent une amélioration de l'ouvrage et seul le tribunal statuant au fond devra trancher la difficulté de l'étendue des travaux nécessaires à la réparation de l'ouvrage ;
- la demande concernant les frais d'expertise judiciaire doit être rejetée dès lors que le juge du référé provision n'est pas saisi de l'instance principale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
2. Dans le cadre de la construction d'un nouvel établissement hospitalier et de la démolition de l'établissement existant, le centre hospitalier de Douai a souscrit, le 30 mai 2006, un contrat d'assurance dommages-ouvrage auprès de la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP). A la suite de la constatation de désordres affectant le sol en caoutchouc et les parois du bâtiment principal, le maître d'ouvrage a adressé, le 7 janvier 2014, une déclaration de sinistre auprès de l'assureur. A l'issue de l'expertise contractuelle diligentée par la SMABTP, cette dernière a proposé au centre hospitalier de Douai une offre d'indemnisation provisionnelle de 3 198 euros, qui a été rejetée par l'établissement. Par ordonnance du 22 décembre 2015, le juge des référés du tribunal administratif de Lille, saisi par le centre hospitalier de Douai, a confié une expertise à M. A B, architecte DPLG, afin d'identifier la cause des désordres et d'évaluer l'ampleur des dommages. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 26 février 2021. Par sa demande, enregistrée le 3 janvier 2022, le centre hospitalier de Douai a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lille, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la SMABTP à lui verser la somme provisionnelle de 5 494 960,56 euros, en application des stipulations du contrat d'assurance dommages-ouvrage souscrit le 30 mai 2006. Le centre hospitalier de Douai fait appel de l'ordonnance du 25 mai 2022 par laquelle le juge des référés a limité le montant de la provision allouée à la somme de 1 093 098,98 euros TTC, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 3 janvier 2022. Par la voie de l'appel incident, la SMABTP demande, à titre principal, l'annulation de cette ordonnance l'ayant condamnée à verser au centre hospitalier de Douai une provision d'1 093 098,98 euros TTC et, à titre subsidiaire, de confirmer le montant de la provision allouée.
3. Le juge du référé provision n'est pas saisi du litige au principal et ne peut prononcer des mesures à portée définitive.
4. D'une part, il résulte de l'instruction que ni le centre hospitalier de Douai, ni la SMABTP ne contestent le caractère décennal des désordres et n'apportent en appel d'éléments nouveaux de nature à remettre en cause les constatations du premier juge et les conclusions du rapport d'expertise judiciaire, selon lesquelles le linéaire des joints de dilatation défectueux représente environ 1 000 mètres, soit la moitié de la totalité des joints présents dans le bâtiment. Par ailleurs, une partie des conclusions de l'expertise judiciaire est directement remise en cause par deux études de résistance au feu réalisées par la société Efectis pour le compte de la société Bouygues ayant participé au chantier, à partir desquelles la SMABTP a transmis à l'expert judiciaire une note économique datée du 11 décembre 2020 faisant état d'un montant des travaux de réparation estimé à 791 618,86 euros hors taxes, soit 949 942,63 euros TTC, qui circonscrit la reprise aux seuls joints de dilatation en partie courante et non à l'ensemble des joints de dilatation du bâtiment, excluant notamment de reprendre les joints recouverts de cloison de séparation. Si l'expert judiciaire a expressément écarté, dans son rapport définitif, les préconisations de la société Efectis au motif qu'elles ne permettraient pas d'assurer la conformité de l'établissement au risque incendie, en l'état de l'instruction, compte tenu des débats entourant l'étendue exacte des travaux de réparation à réaliser, l'allocation provisionnelle qui doit être mise à la charge de la SMABTP au titre de la garantie dommages-ouvrage ne peut être déterminée avec un degré suffisant de certitude qu'à hauteur de la somme précitée de 949 942,63 euros TTC. Par ailleurs, en application du taux de rémunération de 15,07 % calculé sur le montant prévisionnel des travaux figurant au marché de maîtrise d'œuvre conclu par le centre hospitalier de Douai pour la réfection des joints de dilatation, il y a lieu de confirmer le montant provisionnel de 143 156,35 euros TTC mis à la charge de la SMABTP, qui seul présente un caractère de certitude suffisant.
5. D'autre part, il y a lieu également de confirmer l'ordonnance du 25 mai 2022 qui a considéré que les autres postes de préjudice invoqués par le centre hospitalier de Douai à raison des frais occasionnés par des prestations de diagnostic d'un montant de 26 784 euros TTC, de contrôle technique intervenu après la recherche diagnostique pour un montant de 4 320 euros TTC, de tests réalisés au cours de l'expertise judiciaire pour un montant de 4 980 euros, de contrôle technique confiés à la société Bureau Veritas pour des montants de 11 928 euros et de 11 220 euros, de pose de capteurs des mouvements du bâtiment pour un montant de 23 943,60 euros, ainsi que les frais d'huissier d'un montant de 3 627,83 euros et d'élaboration d'un schéma de remise en sécurité incendie pour un montant de 9 305 euros, ne présentent pas un caractère suffisamment certain par rapport à l'obligation mise à la charge de la SMABTP au titre de la police d'assurance dommages-ouvrage.
6. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Douai n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le juge du référé du tribunal administratif de Lille a limité le montant de la provision allouée à la somme de 1 093 098,98 euros TTC, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 3 janvier 2022, la demande de capitalisation devant être rejetée dès lors qu'à la date de la présente ordonnance, il n'est pas dû une année entière d'intérêts. Il y a donc lieu de rejeter la requête du centre hospitalier de Douai et les conclusions d'appel incident de la SMABTP tendant à l'annulation de l'ordonnance du 25 mai 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Lille.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier de Douai et la SMABTP.
ORDONNE :
Article 1er : La requête du centre hospitalier de Douai est rejetée.
Article 2 : Les conclusions d'appel incident et les conclusions de la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au centre hospitalier de Douai et à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics.
Fait à Douai, le 8 décembre 2022.
La juge des référés
Signé : Anne Seulin
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°22DA01188
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
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La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
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Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026