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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01202

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01202

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01202
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation1re chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 7 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2201538 du 12 mai 2022, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cet arrêté en tant qu'il imposait à M. A de se présenter à la brigade de gendarmerie de Montdidier les lundis et mercredis à 9 H et de demeurer, sauf autorisation contraire, 10 rue Saint-Pierre à Montdidier chaque jour entre 14 H et 17 H.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2022, la préfète de la Somme demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a annulé son arrêté du 7 mai 2022 ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif.

Elle soutient que la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. A.

La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendue au cours de l'audience publique le rapport de Mme Baes-Honoré

présidente-assesseure.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 14 août 1998, a déclaré être entré en France le 29 décembre 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 juin 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mars 2019. Il a fait l'objet de quatre obligations de quitter le territoire français les 2 mai 2019, 10 novembre 2020, 7 août 2021 et 4 mai 2022.

2. Par un arrêté de la préfète de la Somme du 7 mai 2022, M. A a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. A la demande de l'intéressé, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a annulé cet arrêté en tant qu'il imposait à

M. A de se présenter à la brigade de gendarmerie de Montdidier les lundis et mercredis à 9H et de demeurer, sauf autorisation contraire, 10 rue Saint-Pierre à Montdidier chaque jour entre 14H et 17H. La préfète de la Somme doit être regardée comme relevant appel de ce jugement du 12 mai 2022 en tant qu'il a annulé partiellement son arrêté.

Sur le lieu d'assignation à résidence de M. A :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

4. Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

5. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

6. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

7. En l'espèce, l'arrêté contesté portant assignation à résidence prévoit, à son article 2, que M. A devra se présenter les lundis et les mercredis à 9 H à la brigade de gendarmerie de Montdidier, à son article 4, qu'il devra demeurer dans les locaux où il réside tous les jours de 14H à 17H et qu'il pourra être autorisé à sortir sur demande expresse et motivée et, à son article 5, qu'il lui est interdit de sortir du département de la Somme sans autorisation écrite.

8. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A est scolarisé au titre de l'année scolaire 2021-2022 en classe de terminale dans un lycée professionnel situé à Amiens et, à la date de l'arrêté contesté dans la présente instance, la préfète de la Somme était désormais informée que M. A poursuivait sa scolarité non pas à Montdidier mais à Amiens, puisqu'un précédent arrêté d'assignation à résidence de l'intéressé à Montdidier, pris le 16 septembre 2021, avait été contesté pour ce motif.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A devait réaliser un stage à Amiens, du 9 mai au 4 juin 2022, du lundi au vendredi de 8H à 12H et de 13H à 16H.

10. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble des éléments de la situation de M. A, les modalités d'exécution de la mesure d'assignation présentaient, en ce qu'elles fixaient le lieu de l'assignation à résidence non pas à Amiens mais à Montdidier, un caractère disproportionné.

11. Il résulte de ce qui précède que la préfète de la Somme n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a annulé l'arrêté du 7 mai 2022 en tant qu'il avait prévu des modalités de contrôle consistant à se présenter les lundis et mercredis à 9 H à la brigade de gendarmerie de Montdidier et à demeurer dans les locaux où il résidait tous les jours de 14H à 17H.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la préfète de la Somme est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience publique du 24 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Marc Heinis, président de chambre,

- Mme Corinne Baes-Honoré, présidente-assesseure,

- M. Denis Perrin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La présidente- rapporteure,

Signé:

C. Baes-HonoréLe président de la 1ère chambre,

Signé:

M. B

La greffière,

Signé:

C. Sire

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

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