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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01228

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01228

mercredi 26 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01228
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDUBREIL-MEKKAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2019 par lequel le maire d'Amfreville-les-Champs a refusé de lui délivrer un permis de construire, ensemble la décision du 3 avril 2020 ayant rejeté son recours gracieux.

Par un jugement n° 2002098 du 7 avril 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, Mme A, représentée par Me Soumia Mekkaoui, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir ces décisions ;

3°) d'enjoindre à la commune d'Amfreville-les-Champs de lui délivrer ce permis de construire ou sinon de procéder à une nouvelle instruction ;

4°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 1er février 2023, la commune d'Amfreville-les-Champs, représentée par Me Florence Malbesin, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par une ordonnance du 24 avril 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur l'objet du litige :

2. Mme A, propriétaire de la parcelle B143 située hameau de Yémanville sur le territoire de la commune d'Amfreville-les-Champs, a demandé un permis de construire pour la construction de petites structures en bois ainsi que la régularisation d'une remise à matériel et poulailler et d'un abri pour chevaux édifiés sans autorisation. Par un arrêté du 14 juin 2019, le maire d'Amfreville-les-Champs a refusé de délivrer ce permis. La demande de Mme A tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par le tribunal administratif de Rouen. Mme A fait appel de ce jugement.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs () la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ". Il ressort de la minute du jugement du 7 avril 2022 que le moyen tiré de la violation de cette disposition manque en fait.

Sur l'instruction de la demande de permis de construire :

4. Aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur () une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ".

5. Ces dispositions, qui figurent dans une section du code relative à l'instruction des demandes de permis et ont pour objet de préciser les conditions dans lesquelles est susceptible de naître, le cas échéant, au profit du demandeur un permis de construire tacite, ne peuvent être utilement invoquées à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une décision refusant un permis de construire.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A ne peut utilement soutenir que la demande de pièces manquantes qui lui a été adressée par le maire lors de l'instruction de sa demande de permis aurait dû porter sur la justification de la réalité de son activité agricole ou qu'elle n'était pas fondée compte tenu de la " notice explicative " jointe à la demande de permis.

Sur la consultation de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers :

7. Aux termes du I de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme : " () / Les constructions et installations mentionnées aux b et d du même 2° sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. / () ".

8. Aux termes de l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime : " () / Cette commission peut être consultée sur toute question relative à la réduction des surfaces naturelles, forestières et à vocation ou à usage agricole et sur les moyens de contribuer à la limitation de la consommation des espaces naturels, forestiers et à vocation ou à usage agricole. Elle émet, dans les conditions définies par le code de l'urbanisme, un avis sur l'opportunité, au regard de l'objectif de préservation des terres naturelles, agricoles ou forestières, de certaines procédures ou autorisations d'urbanisme. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a été consultée sur le projet le 1er octobre 2019. Si cet avis, émis au regard de l'objectif de préservation des terres naturelles, agricoles ou forestières, a été favorable au projet de Mme A, il résulte des dispositions précitées que le maire d'Amfreville-les-Champs n'était pas tenu en conséquence de délivrer le permis de construire demandé.

Sur la compétence de l'auteur du refus de permis de construire :

10. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, () dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017 () ".

11. Aux termes de l'article L. 422-3 du même code : " Lorsqu'une commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer la compétence prévue au a de l'article L. 422-1 qui est alors exercée par le président de l'établissement public au nom de l'établissement. / () ". Aux termes de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales : " I. - La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : / 1° Aménagement de l'espace pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire ; schéma de cohérence territoriale et schéma de secteur ; plan local d'urbanisme, document d'urbanisme en tenant lieu et carte communale ; / () ".

12. La commune d'Amfreville-les-Champs s'est dotée d'une carte communale avant la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové et il ressort de l'arrêté préfectoral du 1er décembre 2016 portant création de la communauté de communes Plateau de Caux-Doudeville-Yerville dont la commune d'Amfreville-les-Champs est membre que celle-ci n'a pas délégué à cet établissement public de coopération intercommunale la délivrance des autorisations d'urbanisme.

13. Dans ces conditions, même si la décision attaquée n'a pas visé les dispositions précitées, le moyen tiré de ce que seule la communauté de communes Plateau de Caux-Doudeville-Yerville était compétente pour statuer sur sa demande de permis de construire doit être écarté.

Sur le motif du refus de permis de construire tiré de la carte communale :

En ce qui concerne l'opposabilité de la carte communale :

14. D'une part, aux termes de l'article R. 124-8 du code de l'urbanisme alors applicable : " La délibération et l'arrêté préfectoral qui approuvent () la carte communale sont affichés pendant un mois en mairie () Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. / L'arrêté préfectoral est publié au Recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. / () / Chacune de ces formalités de publicité mentionne le ou les lieux où le dossier peut être consulté. / L'approbation () de la carte communale produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues au premier alinéa ci-dessus () ".

15. La disposition d'un arrêté préfectoral précisant ses modalités de publicité permet de présumer que ces modalités ont été effectivement mises en œuvre.

16. A la date de l'arrêté préfectoral du 16 décembre 2010 portant approbation de la carte communale d'Amfreville-les-Champs, l'entrée en vigueur d'un tel document était subordonnée à l'accomplissement des formalités prévues au point 14. Cet arrêté a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de janvier 2011, accessible sur internet, et a prévu qu'il " sera affiché pendant un mois en mairie d'Amfreville-les-Champs et mention en sera insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département ". Mme A n'a pas contesté que les différentes formalités ainsi prescrites avaient été accomplies.

17. D'autre part, si les articles L. 129-1 et L. 129-2 puis L. 133-1 et L. 133-2 du code de l'urbanisme prévoient depuis 2013 que le portail national de l'urbanisme est le site national " pour l'accès dématérialisé " aux documents d'urbanisme et que ces documents sont transmis à l'Etat sous format électronique, ces dispositions n'ont pas subordonné l'opposabilité des documents à l'accomplissement de ces formalités.

18. En tout état de cause, un texte législatif ou réglementaire reste en vigueur jusqu'à l'entrée en vigueur d'un texte qui l'abroge ou le modifie et les dispositions mentionnées au point précédent n'ont pas prévu leur application aux documents adoptés avant leur entrée en vigueur.

19. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la carte communale d'Amfreville-les-Champs ne lui est pas opposable.

En ce qui concerne la situation du terrain du projet :

20. Aux termes de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme : " I. La carte communale délimite les secteurs où les constructions sont autorisées et les secteurs où les constructions ne sont pas admises () ".

21. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait du rapport de présentation de la carte communale joint au procès-verbal d'infraction dressé par le maire d'Amfreville-les-Champs en juin 2018, que le périmètre constructible défini par la carte correspond aux limites du bourg et que les hameaux, tel celui de Yémanville où le terrain du projet est situé, ne sont pas constructibles.

22. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la carte communale est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne contient ni une délimitation des zones constructibles ni un règlement permettant de la comprendre doit être écarté.

En ce qui concerne la nature de l'activité de Mme A :

23. Aux termes de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme : " I. La carte communale délimite () les secteurs où les constructions ne sont pas admises, à l'exception : / () / 2° Des constructions et installations nécessaires : / () / b) A l'exploitation agricole () ".

24. Il résulte des articles L. 124-2 et R. 124-3 du code de l'urbanisme, désormais repris aux articles L. 161-4 et R. 161-4 de ce code, que les documents graphiques des cartes communales délimitent les secteurs où les constructions ne peuvent être autorisées, à l'exception des constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole. Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à cette exploitation, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole ou forestière, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole ou forestière d'une consistance suffisante.

25. Mme A a indiqué, dans la " notice explicative " de sa demande de permis de construire, que son projet consistait, dans le cadre de son " exploitation agricole ", à régulariser une remise à matériel et poulailler et un abri pour chevaux et à construire trois bâtiments d'élevage canin.

26. Toutefois, si Mme A a créé une entreprise d'élevage canin en juin 2018 et s'est affiliée à la mutualité sociale agricole en mars 2019, il ressort de sa déclaration des revenus de l'année 2019 que son activité principale n'est pas agricole et que les revenus qu'elle a déclarés au titre de son activité agricole se sont limités à 6 750 euros. L'attestation de vente d'herbe également produite à l'instance date de 2012. Aucun autre justificatif, notamment comptable, n'a été versé au dossier pour démontrer la viabilité de l'activité agricole invoquée. L'exercice effectif d'une activité agricole d'une consistance suffisante n'est ainsi pas démontré.

27. En tout état de cause, en admettant même que la reconnaissance comme exploitation agricole soit acquise, la nécessité pour cette exploitation de constructions d'une surface créée totale de 316 m2 n'est pas démontrée.

28. Dans ces conditions, le maire d'Amfreville-les-Champs n'a pas fait une inexacte application de la disposition précitée en estimant que le projet de Mme A ne relevait pas de la dérogation au principe d'inconstructibilité en dehors du périmètre défini par la carte communale.

En ce qui concerne les autres motifs de l'arrêté :

29. Si Mme A conteste le bien-fondé des autres motifs de l'arrêté et du rejet du recours gracieux tirés, sur le fondement des articles R. 111-2, R. 111-5 et R. 111-8 du code de l'urbanisme, du risque d'atteinte à la sécurité publique, de l'insuffisance de la desserte du terrain par une voie publique ou privée et de l'absence de desserte par un réseau public d'eau potable, il résulte de l'instruction que le maire d'Amfreville-les-Champs aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif énoncé au point précédent.

30. Il résulte de tout ce qui précède que l'appelante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

31. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution pour l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

32. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accueillir les demandes présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La demande présentée par la commune d'Amfreville-les-Champs au titre des frais exposés et non compris dans les dépens est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la commune d'Amfreville-les-Champs.

Fait à Douai, le 26 avril 2023.

Le président de la 1ère chambre,

Signé: Marc Heinis

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

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