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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01290

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01290

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01290
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille :

1°) d'annuler la décision implicite née le 4 septembre 2019 par laquelle le directeur du centre de détention de Bapaume a refusé de procéder à l'installation du logiciel Microsoft office sur son ordinateur ou de lui rembourser la somme de 149 euros ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention de Bapaume de procéder à l'installation du logiciel Microsoft office sur son ordinateur ou de lui rembourser la somme de 149 euros dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir ;

3°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Par une ordonnance no 2000557 du 8 juin 2022, le président de la huitième chambre du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. A, représenté par Mes Magali Montrichard et Alexandre Ciaudo, demande à la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance du 8 juin 2022 du tribunal administratif de Lille ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 4 septembre 2019 par laquelle le directeur du centre de détention de Bapaume a refusé de procéder à l'installation du logiciel Microsoft office sur son ordinateur ou de lui rembourser la somme de 149 euros ;

3°) d'enjoindre au directeur du centre de détention de Bapaume de procéder à l'installation du logiciel Microsoft office sur son ordinateur ou de lui rembourser la somme de 149 euros dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à venir ;

4°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de cour administrative d'appel () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application des 1° à 7° ".

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, incarcéré au centre de détention de Bapaume, a fait l'acquisition, le 17 octobre 2018, d'une suite bureautique Microsoft Office 2016, pour la somme de 149 euros. Les services informatiques de l'établissement lui ont alors indiqué que l'installation de cet équipement était subordonnée à une activation sur un compte Microsoft via internet nécessitant une intervention du fournisseur informatique facturée 40 euros. M. A a, dans un premier temps, refusé de payer le coût de cette prestation. Saisi le 28 novembre 2018 par l'intéressé d'une demande de remboursement de la somme qu'il avait déboursée pour l'acquisition du logiciel, le directeur adjoint de l'établissement, par courrier du 4 décembre 2018, lui a rappelé qu'il demeurait propriétaire du logiciel concerné et qu'il lui était loisible d'en obtenir l'installation aux conditions imposées par Microsoft en supportant le coût de la prestation supplémentaire. Par courrier du 6 décembre 2018, l'intéressé a finalement accepté de prendre en charge le coût supplémentaire d'installation, sous réserve que lui soit délivrée une facture. Par l'intermédiaire de son conseil, M. A a saisi le directeur du centre de détention, le 4 juillet 2019, d'une demande tendant à l'installation du logiciel Microsoft word ou, à défaut, le remboursement de la somme de 149 euros. L'administration n'ayant pas répondu à sa demande, l'intéressé a saisi le tribunal administratif de Lille d'une requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet qui lui était opposée, née le 4 septembre 2019.

3. Eu égard à leur nature et à leurs effets sur la situation des détenus, les décisions de l'administration pénitentiaire refusant aux détenus la possibilité d'installer une suite logicielle sur leur ordinateur, dès lors qu'elles ne privent pas la personne détenue de la possibilité effective d'utiliser cet équipement dans les limites définies par les dispositions du code de procédure pénale, ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.

4. En l'espèce, le refus opposé à M. A de procéder à l'installation de la suite logicielle Microsoft Office 2016 ne prive pas l'intéressé de la possibilité d'utiliser son ordinateur et il est constant que l'intéressé dispose en toute hypothèse sur cet équipement du logiciel Open office, même s'il fait valoir que ce dernier offre moins de fonctionnalités que la suite logicielle litigieuse. Dans ces conditions, le refus qui lui a été opposé ne peut être regardé comme portant à ses droits fondamentaux une atteinte excédant les contraintes inhérentes à sa détention. Il en résulte que la décision contestée par M. A est manifestement insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. C'est donc à donc droit que le premier juge a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision comme irrecevable.

5. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable () ". L'article 51 de la même loi dispose : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. Le retrait est prononcé : () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50 ".

6. Dès lors que la requête présentée par M. A était manifestement irrecevable, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 5 que le premier juge lui a retiré le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, en application du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. A, en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Douai, le 29 décembre 2022.

La présidente de la cour,

Signée

N. Massias

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Bénédicte GOZE

3

N°22DA01290

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