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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01361

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01361

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01361
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C, épouse B, a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2108486 du 25 mai 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2022 et le 15 septembre 2022, Mme C, épouse B, représentée par Me Zaïri puis par Me Navy, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision méconnaît les stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises sous le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A C, épouse B, ressortissante algérienne née le 30 mars 1967 à Timizart (Algérie), est entrée en France le 15 juin 2016, sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa court séjour, valable du 1er décembre 2015 au 30 novembre 2016, délivré le 1er décembre 2015 par les autorités consulaires françaises à Alger, selon ses déclarations. Elle avait conclu, le 7 octobre 2012, un mariage avec un compatriote, né le 21 janvier 1939, résidant en France, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2025. La demande de regroupement familial présentée en 2016 par son conjoint, soit plus de trois ans après leur mariage, a été rejetée par une décision du 12 juillet 2016 du préfet du Nord au motif, notamment, que celui-ci ne remplissait pas les conditions de ressources prévues à l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La demande de l'époux de Mme B tendant à l'annulation de cette décision a été rejetée par un jugement du 3 décembre 2019 du tribunal administratif de Lille. La seconde demande de l'époux de Mme B tendant au bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse a été rejetée par une décision du 25 février 2019 du préfet du Nord, devenue définitive. Mme C, épouse B, qui s'est parallèlement maintenue irrégulièrement sur le territoire français, a sollicité, le 1er janvier 2021, la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français. La commission consultative départementale de réexamen des situations administratives des étrangers, dans sa séance en date du 16 avril 2021, a émis un avis défavorable à la délivrance à Mme C, épouse B, d'un titre de séjour. Par un arrêté du 27 septembre 2021, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C, épouse B, relève appel du jugement du 25 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, épouse B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination que cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles les mesures ainsi édictées par le préfet du Nord se fondent, et satisfait ainsi à l'exigence de motivation posée par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale ou professionnelle de l'intéressée, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C, épouse B, lui faire obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jour et fixer le pays de renvoi, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme C, épouse B, doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

5. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si Mme C, épouse B, a contracté, le 7 octobre 2012, mariage avec un compatriote, résidant régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour valable jusqu'en 2025, celle-ci n'a rejoint son conjoint, qui est établi en France, selon ses écritures, depuis l'année 1963, qu'à compter du mois de juin 2016. Si Mme C, épouse B, soutient que, contrairement à l'appréciation portée sur ce point par les premiers juges, la communauté de vie entre les époux sur le territoire français doit être tenue comme ayant débuté à son arrivée en France en 2016 au vu notamment des attestations établies par la caisse d'allocations familiales, les attestations rédigées en termes convenus par des proches étant sur ce point sans valeur probante ainsi d'ailleurs que le bail de location, établi le 5 octobre 2016 au nom de l'époux de la requérante, et signé uniquement par celui-ci, auquel a été adjoint, par une écriture différente, le nom des époux B, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a résidé irrégulièrement sur le territoire français alors que les demandes de regroupement familial introduites par son conjoint ont été rejetées par le préfet du Nord. Si la requérante, qui produit une attestation établie par son conjoint selon laquelle la présence de son épouse à ses côtés lui est nécessaire pour assurer " les tâches liées à l'entretien de la maison et au soin de sa propre personne ", soutient que l'état de santé de son époux, souffrant de polypathologies invalidantes, nécessite ainsi sa présence constante, elle n'établit pas, alors d'ailleurs qu'elle n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'un étranger malade et qu'elle est entrée en France plus de trois ans après leur mariage, que sa présence à ses côtés serait indispensable, alors, en outre, que celui-ci n'est pas dépourvu d'attaches familiales anciennes sur le territoire français. Si Mme C, épouse B, à la recherche d'un emploi, suit, de manière assidue, un atelier d'alphabétisation en vue de maîtriser la langue française, cette circonstance ne saurait caractériser une insertion sociale et professionnelle d'une intensité telle qu'elle serait susceptible de justifier la régularisation de sa situation au regard du droit au séjour. Enfin, si Mme C, épouse B, qui n'établit pas qu'elle serait dépourvue de tout lien dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans, fait valoir qu'elle a sa résidence habituelle en France depuis son entrée régulière sur le territoire français en juin 2016, cette circonstance, à la supposer même établie, n'est pas de nature à établir, par elle-même, que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Dans ces conditions, et compte tenu notamment des conditions du séjour en France de l'intéressée, la décision de refus de titre de séjour ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme C, épouse B, au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. En conséquence les moyens tirés de la violation des stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

8. Mme C, épouse B, qui allègue que son époux souffre de polypathologies invalidantes, soutient que l'état de santé de celui-ci nécessite sa présence constante. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à établir que la décision faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré par Mme C, épouse B, de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté comme inopérant.

9. En deuxième lieu, Mme C, épouse B, soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ce moyen doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 6 et en l'absence de justification par Mme C, épouse B, d'une particulière insertion de celle-ci dans la société française, que le préfet du Nord, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 10 que Mme C, épouse B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, en faisant obligation à Mme C, épouse B, de quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, épouse B, est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse B, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, épouse B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai le 9 novembre 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA01361

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