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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01452

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01452

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01452
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation1re chambre - formation à 3
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler les arrêtés du 21 janvier 2022 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de six mois.

Par un jugement n° 220276 du 10 mars 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, et un mémoire enregistré le 11 septembre 2022, qui n'a pas été communiqué, Mme C B, représentée par Me Magali Leroy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces arrêtés ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer son admission au séjour dans le délai de deux mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre au plus tard, dans les quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son admission au séjour ;

4°) à titre subsidiaire, en cas de maintien de la décision d'assignation à résidence, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation de travail ou, à défaut, de réexaminer sa demande tendant à la délivrance de cette autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Leroy en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement :

Le jugement est insuffisamment motivé.

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- la procédure est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de la procédure suivie avant l'intervention des décisions contestées ; les droits de la défense, le principe du contradictoire, le droit d'accès aux informations et le droit d'être entendu ont été méconnus ;

- les arrêtés sont insuffisamment motivés ;

- les arrêtés sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant des autres moyens dirigés contre le refus d'un délai de départ volontaire :

Eu égard à sa situation, elle aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire.

S'agissant des autres moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :

Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corinne Baes-Honoré présidente-assesseure.

Considérant ce qui suit :

Sur l'objet du litige :

1. Mme B, ressortissante nigériane née le 2 mai 1995, est entrée en France le 11 septembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 10 juillet 2015, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 19 janvier 2016, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a obligé Mme B à quitter le territoire français. Le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours formé contre cet arrêté par un jugement

n° 1600639 du 10 mai 2016, confirmé par un arrêt n° 16DA01040 du 1er juin 2017 de la cour administrative d'appel de Douai.

2. Le 15 avril 2020, la requérante a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 novembre 2020, le préfet a rejeté cette demande, a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par un jugement n° 2005157 du 27 mai 2021, le tribunal administratif de Rouen a annulé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et rejeté le surplus des conclusions. Ce rejet a été confirmé en appel par l'ordonnance n° 21DA01657 du 9 février 2022.

3. Par ses arrêtés du 21 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a obligé Mme B à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a assignée à résidence pour une durée de six mois. Mme B relève appel du jugement du 10 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la régularité du jugement :

4. Le jugement contesté a répondu suffisamment aux moyens soulevés par Mme B et notamment celui tiré de l'irrégularité de la procédure, auquel les premiers juges ont répondu, avec suffisamment de précision, que les modalités de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du jugement doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

5. En premier lieu, les décisions faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduit et l'assignant à résidence ont mentionné avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondaient. Le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aucune disposition législative ou règlementaire n'imposait à l'administration de communiquer à la requérante les pièces de la procédure, avant l'intervention des décisions contestées. La circonstance que ces pièces n'ont pas été communiquées après l'intervention de ces décisions, est sans incidence sur leur légalité.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui soutient que le principe du contradictoire a été méconnu, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne fût prise la mesure d'éloignement litigieuse et qui, si elles avaient pu être communiquées en temps utile, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition dressé le 3 janvier 2022, que Mme B, a été entendue sur sa situation personnelle et administrative, en particulier au regard de son droit au séjour en France.

8. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure en ce que les droits de la défense, le principe du contradictoire, le droit d'accès aux informations et le droit d'être entendu ont été méconnus, doivent être écartés.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes des décisions en litige que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à l'examen de la situation individuelle de la requérante. Si le préfet n'a pas présenté de façon exhaustive les éléments de sa vie personnelle, cette circonstance ne peut suffire à démontrer que la situation familiale de l'intéressée n'a pas été prise en considération.

10. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée sur le territoire français en 2014 pour y rejoindre sa mère, qui avait quitté le Nigeria cinq ans plus tôt, et les enfants de celle-ci nés en 2010 et 2013. Ayant vécu au Nigéria jusqu'à l'âge de 19 ans, elle n'établit pas qu'elle n'aurait plus de liens amicaux ou familiaux dans son pays d'origine.

11. D'autre part, si Mme B, qui soutient être intégrée socialement, a versé au dossier quelques attestations en sa faveur et soutient aussi être en mesure de s''insérer professionnellement dès lors qu'elle dispose d'une promesse d'embauche, il résulte de ce qui précède qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré le rejet de ses demandes de titre de séjour et les mesures d'éloignement prises à son encontre en 2016 et 2020.

12. Enfin, il est constant que Mme B est célibataire, sans charge de famille, et qu'elle a vécu éloignée de sa mère pendant cinq ans.

13. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, il n'est pas établi que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre le refus d'un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

16. La décision contestée a été prise au motif que, lors de son audition, Mme B avait déclaré qu'elle ne voulait pas repartir dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressée ne disposait plus d'un passeport en cours de validité, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la mesure d'assignation à domicile :

17. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () "

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire. La circonstance que la décision d'assignation à résidence n'a pas été assortie d'une autorisation de travail est sans incidence sur sa légalité. Si l'intéressée a fait état de ce qu'elle disposait d'une attestation d'embauche et relevé qu'il n'était pas possible de l'éloigner en raison de la période de crise sanitaire, ainsi que l'a d'ailleurs précisé le préfet dans son arrêté, ces circonstances ne permettent pas d'établir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement du 10 mars 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 21 janvier 2022.

20. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Magali Leroy.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience publique du 24 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Marc Heinis, président de chambre,

- Mme Corinne Baes-Honoré, présidente-assesseure,

- M. Denis Perrin premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé:

C. Baes-HonoréLe président de la 1ère chambre,

Signé:

M. A

La greffière,

Signé:

C. Sire

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

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