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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01461

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01461

mardi 17 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01461
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL MARY & INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Rouen, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence au Havre pour une durée de six mois, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n°2201159 du 15 avril 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, Mme B, représentée par Me Mary, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence au Havre pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle s'appuie sur un avis trop ancien du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au regard des nouveaux éléments médicaux dont elle dispose ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît le droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision méconnaît le droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- cette décision méconnaît le droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus d'attribution d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- cette décision méconnaît le droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A B, ressortissante russe née le 5 juillet 1968 à Aniyskiy Rayon (Arménie), est entrée irrégulièrement en France en septembre 2014, selon ses déclarations. Elle a présenté, le 2 octobre 2014, une demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 23 juin 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 21 juin 2016. Mme B a, le 6 juillet 2017, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 août 2018, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. La demande de Mme B tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement du 18 février 2019 du tribunal administratif de Rouen, confirmé par un arrêt du 23 juin 2020 de la cour administrative d'appel de Douai. Mme B a de nouveau sollicité, le 10 décembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement, notamment, des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 février 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement du 8 octobre 2021, le tribunal administratif de Rouen a, sur la demande de Mme B, annulé cet arrêté en tant seulement qu'il lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. La requête de Mme B tendant à l'annulation de ce jugement a été rejetée par un arrêt du 7 juillet 2022 de la cour administrative d'appel de Douai. Le 16 mars 2022, Mme B a été interpellée par les services de police pour vérification de son droit au séjour. Elle a alors fait l'objet, le 16 mars 2022, d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a assigné l'intéressée à résidence au Havre (Seine-Maritime) pour une durée de six mois. Mme B relève appel du jugement du 15 avril 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour qu'elle avait présentée, le 6 juillet 2017, sur le fondement du 11° de l'article L. 13-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins dans son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son affection. La requérante soutient que le préfet de la Seine-Maritime n'a pu valablement se prononcer sur sa situation et lui faire obligation de quitter le territoire français au regard des énonciations de l'avis émis le 30 avril 2018 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour qu'elle avait présentée, le 6 juillet 2017, sans saisir à nouveau le collège de médecins d'une demande d'avis. Elle produit, à l'appui de ce moyen, plusieurs certificats médicaux mentionnant qu'elle fait l'objet d'un suivi psychiatrique et indiquant, sans précision à l'appui d'une telle affirmation, qu'elle ne pourrait obtenir un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, si l'un des certificats indique une aggravation de son état psychique depuis le décès de son mari, il ressort des pièces du dossier que ce décès est intervenu en novembre 2015. Dans ces conditions, Mme B n'établissant pas que son état de santé se serait dégradé entre l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et la décision contestée, ni même qu'elle aurait porté à la connaissance du préfet de la Seine-Maritime des éléments nouveaux de nature à justifier une dégradation de son état de santé, celui-ci n'était pas tenu de solliciter un nouvel avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

5. Mme B, qui est atteinte de troubles psychiatriques, soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si elle produit, à cet effet, plusieurs certificats médicaux attestant de ses pathologies, elle ne produit, ce faisant, aucun élément permettant de remettre en cause, ainsi qu'il a été dit au point 3, l'avis émis le 30 avril 2018 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, notamment quant à la possibilité pour elle d'accéder effectivement dans son pays d'origine à une prise en charge appropriée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par le premier juge au point 6 du jugement attaqué.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet de la Seine-Maritime, en faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant l'attribution d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, Mme B réitère devant la cour le moyen, déjà soulevé devant le premier juge, tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît le droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne. Elle n'apporte toutefois, en cause d'appel, aucun élément de droit ou de fait nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le premier juge sur ce moyen. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 8 et 9 du jugement attaqué.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".

11. Mme B réitère devant la cour le moyen, déjà soulevé devant le premier juge, tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'apporte toutefois, en cause d'appel, aucun élément de droit ou de fait nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le premier juge sur ce moyen. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 10 et 11 du jugement attaqué.

12. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime, en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de la situation de l'intéressée et de ses conditions de séjour en France. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime, en fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement édictée envers Mme B, a méconnu le droit à être entendu doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés, à bon droit, aux points 8 et 9 du jugement attaqué.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que Mme B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

15. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 "

16. Mme B soutient que l'arrêté contesté méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, en l'absence de tout élément susceptible d'établir que Mme B ne pourrait accéder effectivement à un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine, et alors, en outre, que l'intéressée, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucun élément probant ou convaincant de nature à établir qu'elle serait susceptible de faire l'objet d'une atteinte à sa vie ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Seine-Maritime, en désignant la Russie au nombre des pays à destination desquels elle pourra être reconduite d'office, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

17. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 16, que le préfet de la Seine-Maritime, en fixant la Russie au nombre des pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit donc être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

18. En premier lieu, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime, en faisant interdiction à Mme B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, a méconnu le droit à être entendu doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés, à bon droit, aux points 8 et 9 du jugement attaqué.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 12 que Mme B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ pour quitter volontairement le territoire français.

20. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".

21. Mme B soutient que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si la requérante soutient que le traitement médical requis par son état de santé n'est pas disponible en Russie et que la situation générale fait désormais obstacle à son retour dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que, au regard de sa situation personnelle et alors que l'intéressée, qui n'a pas déféré aux mesures d'éloignement dont elle a précédemment fait l'objet, ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle ne pourrait accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays, ces éléments puissent être regardés comme constituant des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors que la suspension des liaisons aériennes entre la France et la Russie est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, ce moyen ne peut qu'être écarté.

22. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet de la Seine-Maritime, en faisant interdiction à Mme B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, aurait entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen doit donc être écarté.

Sur l'arrêté d'assignation à résidence :

23. En premier lieu, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime, en assignant Mme B à résidence au Havre pour une durée de six mois, a méconnu le droit à être entendu doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés, à bon droit, aux points 8 et 9 du jugement attaqué.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".

25. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté assignant Mme B à résidence au Havre pour une durée de six mois, que cet arrêté mentionne les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assigner l'intéressée à résidence, compte tenu de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 et dans l'attente du rétablissement complet des liaisons aériennes entre la France et la Russie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manque en fait.

26. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 12 que Mme B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai.

27. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1°L'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ; / () ".

28. Mme B, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, entrait dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime, qui, pour assigner l'intéressée à résidence au Havre, qui est son lieu de résidence, pour une durée maximale de six mois, a pris en compte la situation sanitaire ainsi que la suspension des liaisons aériennes entre la France et la Russie, se serait cru tenu d'assigner Mme B à résidence au seul motif qu'elle avait précédemment fait l'objet de mesures d'éloignement auxquelles elle n'a pas déféré. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

29. En cinquième et dernier lieu, Mme B soutient que la décision contestée est " une mesure de contrainte excessive ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que l'intéressée fait l'objet d'un suivi médical psychiatrique au Havre et que l'arrêté contesté l'assigne à résidence à son domicile, situé au Havre, que le préfet de la Seine-Maritime, en assignant Mme B à résidence à son domicile situé au Havre pour une durée maximale de six mois et en lui faisant obligation de se présenter deux fois par semaine dans les locaux de la police aux frontières au Havre, en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement, aurait entaché cette décision d'une erreur d'appréciation ou aurait porté une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.

30. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Mary.

Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai, le 17 janvier 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA01461

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CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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