mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA01623 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Le préfet du Nord a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 15 mai 2019 par lequel le maire de Thun-l'Evêque ne s'est pas opposé à la déclaration déposée par M. B A pour la parcelle A 668 et l'arrêté du 8 août 2019 par lequel le même maire a délivré un permis de construire sur cette parcelle.
Par un jugement n° 2000603 du 3 juin 2022, le tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté du 15 mai 2019 et rejeté le surplus de cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 21 novembre 2022, la commune de Thun-l'Evêque, représentée par Me Jean-François Rouhaud, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en ce qu'il a annulé l'arrêté du 15 mai 2019 ;
2°) de rejeter la demande présentée par le préfet devant le tribunal administratif ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
M. A a déposé un mémoire le 16 décembre 2022 sans utiliser l'application Télérecours citoyen.
Par une ordonnance du 24 avril 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur l'objet du litige :
2. M. A a déposé une déclaration pour diviser la parcelle A 668 située sur le territoire de la commune de Thun-l'Evêque. Par un arrêté du 15 mai 2019, le maire de Thun-l'Evêque ne s'est pas opposé à cette déclaration. Le tribunal administratif de Lille a fait droit au déféré du préfet du Nord tendant à l'annulation de cet arrêté. La commune de Thun-l'Evêque fait appel de ce jugement.
En ce qui concerne la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Le point 9 du jugement du 3 juin 2009 a répondu au moyen de M. A tiré de ce que le futur plan local d'urbanisme était entaché d'erreur manifeste d'appréciation. S'il a relevé que " les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont pas entendu réserver le classement Nzh aux seules zones humides répertoriées au sens de l'article L. 211-1 du code de l'environnement " sans en préciser les raisons, cette circonstance ne suffit pas à caractériser une violation de la disposition précitée.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté :
4. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme () applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / [Lorsque] () une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme () tels [qu'elles] existaient à la date du certificat ne peuvent être [remises] en cause () ".
5. Le maire de Thun-l'Evêque a délivré un certificat d'urbanisme à M. A pour la parcelle A 668 le 11 avril 2018. Les dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa déclaration préalable déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat.
6. Il résulte de la combinaison des articles L. 424-1, L. 153-11 et L. 410-1 du code de l'urbanisme que tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 a pour effet de garantir à son titulaire un droit à voir toute déclaration préalable déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat. Figure cependant parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 424-1. Une telle possibilité vise à permettre à l'administration de ne pas délivrer des autorisations pour des travaux, constructions ou installations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme.
S'agissant de l'état d'avancement du futur plan local d'urbanisme :
7. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer () sur les demandes d'autorisation () dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
8. D'une part, le projet d'aménagement et de développement durables de ce plan a fixé deux orientations générales dont une est de " préserver et valoriser l'identité paysagère et environnementale de la commune " au titre de laquelle il a été prévu que " les zones à dominante humide présentes sur le territoire continueront d'être préservées de l'urbanisation " et il ressort de la délibération du conseil municipal du 4 mai 2017 que ces orientations ont été présentées et débattues.
9. D'autre part, la mission régionale d'autorité environnementale a motivé sa décision du 13 mars 2018 de ne pas soumettre l'élaboration du plan à une évaluation environnementale par le fait que " les zones à dominante humide présentes sur le territoire communal sont classées en zone naturelle ". Le projet de plan comportait donc déjà à cette date ce classement.
10. Dans ces conditions, l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme permettait, à la date de la délivrance du certificat d'urbanisme le 11 avril 2018, de préciser la portée des modifications projetées pour la parcelle A 668.
S'agissant de la légalité du futur plan local d'urbanisme :
11. Un sursis à statuer ne peut être opposé à une déclaration qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir.
12. Il appartient aux auteurs d'un plan d'occupation des sols de déterminer le parti d'aménagement à retenir, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste.
13. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il y a lieu d'apprécier la légalité de la décision du maire de ne pas surseoir à statuer à la date du certificat d'urbanisme du 11 avril 2018 et il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 qu'à cette date le projet de plan local d'urbanisme classait la parcelle A 668 en zone naturelle inconstructible. La circonstance que le plan local d'urbanisme arrêté ultérieurement a classé cette parcelle en secteur Nzh " à dominante humide " est donc sans influence sur la solution du litige.
14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle A 668 d'une superficie de 9 000 m2, pâturée et vierge de toute construction, est entièrement restée à l'état naturel. Si elle jouxte le village de Thun-l'Evêque au nord et des constructions isolées au nord-ouest et au nord-est, elle borde le canal de l'Escaut à l'est et des espaces naturels et boisés au sud et à l'ouest.
15. D'autre part, le plan de zonage du projet de plan local d'urbanisme, se fondant sur des informations de la direction départementale des territoires et de la mer, a classé la plus grande partie de la parcelle A 668 en " zone potentiellement inondable " et, ainsi qu'il a été dit, c'est en raison du classement en zone naturelle des zones humides de la commune qu'une évaluation environnementale n'a pas été imposée par la mission régionale d'autorité environnementale.
16. Enfin, si l'étude réalisée à la demande de M. A en 2020, d'ailleurs de manière non contradictoire, suggère que seule une partie de la parcelle A 668, évaluée à 1 840 m2, est une zone humide au sens de l'article L. 211-1 du code de l'environnement auquel se réfèrent le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Artois Picardie et le schéma de cohérence territoriale du Pays de Cambrésis, il résulte de sa méthodologie et de sa conclusion que cette étude s'est bornée à prendre en compte, dans sa dimension pédologique et floristique, la définition de la zone humide au sens de la police de l'eau sans analyser les autres intérêts pouvant fonder un classement en zone naturelle en application de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme.
17. Dans ces conditions, en se plaçant à la date du 11 avril 2018 et même si la parcelle était desservie par les réseaux, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement envisagé en zone naturelle inconstructible était entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de l'erreur de droit entachant l'arrêté :
18. Il ressort de sa réponse du 21 novembre 2019 au recours gracieux du sous-préfet de Cambrai que le maire de Thun-l'Evêque a cru être dans l'impossibilité de surseoir à statuer sur la déclaration de M. A. Il résulte de ce qui précède, comme le préfet l'a relevé devant le tribunal, qu'il a ainsi commis une erreur de droit. Pour ce seul motif, l'arrêté est entaché d'illégalité.
S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté :
19. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur la décision par laquelle l'administration estime qu'il n'y a pas lieu de surseoir à statuer sur une déclaration.
20. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer () sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan () ".
21. Il résulte de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme que l'administration ne peut surseoir à statuer, sur le fondement de l'article L. 424-1 du même code, sur une demande de permis de construire présentée dans les cinq ans suivant une décision de non-opposition à la déclaration préalable de lotissement au motif que la réalisation du projet de construction serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. C'est donc au stade où l'administration se prononce sur le projet de lotissement qu'il lui faut apprécier le risque de compromission du futur plan local d'urbanisme.
22. Par son arrêté du 15 mai 2019, le maire de la commune de Thun-l'Evêque, dont la population comptait 756 habitants en 2020, ne s'est pas opposé à une déclaration prévoyant de détacher d'un terrain classé en zone naturelle inconstructible trois lots, d'une superficie de 3 000 m2 selon la défense de M. A devant le tribunal et devant la cour, en vue de la construction de maisons d'habitation.
23. Dans ces conditions, même si ces lots étaient situés en zone U de la carte communale de Thun-l'Evêque, le projet de M. A était manifestement de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme.
24. Il résulte de ce qui précède que le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'opposant pas un sursis à statuer à la déclaration déposée par M. A.
25. Il résulte de tout ce qui précède que l'appelante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du maire de Thun-l'Evêque du 15 mai 2019.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
26. La demande présentée par l'appelante, partie perdante, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la commune de Thun-l'Evêque est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Thun-l'Evêque, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à M. B A.
Copie de l'ordonnance sera transmise, pour information, au préfet du Nord.
Fait à Douai, le 26 avril 2023.
Le président de la 1ère chambre,
Signé: Marc Heinis
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Christine Sire
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026