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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01666

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01666

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01666
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2104658 du 7 avril 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, M. B, représenté par Me Joseph Mukendi Ndonki, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour temporaire valable un an, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir sous la même astreinte, dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser directement la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du même code.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de droit car le préfet a indiqué que l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement initial de sa demande, était devenu l'article L. 423-23 au lieu de l'article L. 435-1 de ce code ;

- les pièces justifiant de sa résidence habituelle sur le territoire français ont été jointes à sa demande de titre de séjour sans qu'il en garde une copie, le préfet a reconnu l'ancienneté de sa résidence en décidant de saisir la commission du titre de séjour, l'arrêté méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France car il justifie de motifs exceptionnels liés à l'ancienneté de son séjour en France ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se croyant lié par l'avis défavorable de la commission du titre de séjour ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, il y a lieu d'exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, il y a lieu d'exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A B, de nationalité turque, né le 1er janvier 1990, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 15 septembre 2009. Il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français prises respectivement le 29 septembre 2009 par le préfet des Alpes-Maritimes et le 20 février 2015 par le préfet du Cher. M. B a sollicité le 16 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14, devenu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait appel du jugement du 7 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2021 du préfet de l'Eure lui ayant opposé une décision de rejet.

Sur le refus de titre de séjour :

3. C'est par une erreur de plume que le préfet de l'Eure a indiqué que l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était devenu l'article L. 423-23 au lieu de l'article L. 435-1. Or, en examinant si M. B justifiait de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, le préfet de l'Eure s'est bien placé dans le cadre de la demande d'admission exceptionnelle au séjour en rappelant la situation de fait de l'intéressé, de sorte que cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour. En outre, cette erreur matérielle n'a privé l'intéressé d'aucune garantie car le préfet a également examiné dans l'arrêté attaqué la situation de M. B au titre de sa vie privée et familiale dans les conditions prévues par l'article L. 423-23 de ce code. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen sérieux et de l'erreur de droit seront donc écartés.

4. M. B reconnaît ne pas être en possession des pièces justifiant de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans et ne peut donc les produire dans le cadre de l'instance juridictionnelle. En outre, le préfet de l'Eure a porté une appréciation sur sa résidence habituelle en indiquant que sa durée de présence, justifiée à compter de l'année 2009, ne constituait pas en tant que telle un motif exceptionnel et n'imposait pas à elle-seule la délivrance d'un titre de séjour. Ce faisant, il ne s'est pas senti lié par l'avis défavorable émis par la commission du titre de séjour le 30 septembre 2021. Le moyen tiré de l'erreur de droit sera donc écarté. Il en sera de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'effectivement, M. B, célibataire sans charge de famille, sans insertion particulière dans la société française, sans emploi et ne disposant ni d'un logement personnel, ni de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins, ne justifie d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels.

5. Comme il vient d'être dit, M. B est célibataire sans charge de famille en France et ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale en Turquie, où vivent ses parents, son frère et sa sœur. Dès lors, le refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera donc écarté. Il en sera de même, au vu de l'ensemble de la situation de l'intéressé, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour d'une durée de deux ans :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". L. 612-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () : / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

7. Le préfet vise les dispositions précitées sur lesquelles il se fonde et fait état des deux précédentes mesures d'éloignement auxquels M. B s'est soustrait de sorte que la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée. Par ailleurs, en raison des deux obligations de quitter le territoire français prises respectivement le 29 septembre 2009 par le préfet des Alpes-Maritimes et le 20 février 2015 par le préfet du Cher auxquelles M. B s'est soustrait, le risque de fuite doit être considéré comme établi en application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 sera donc écarté.

8. Par ailleurs, M. B n'ayant soulevé aucun moyen à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, il ne peut en exciper l'illégalité que par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour. Or, il résulte de ce qui vient d'être dit que le refus de titre de séjour est légal, de sorte que M. B ne peut exciper de l'illégalité, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

9. S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il se fonde et énonce les considérations de faits prises en compte pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction, tirées de l'absence de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité en France, de l'existence de deux précédentes mesures d'éloignement et du fait que M. B est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation sera donc écarté.

10. Par ailleurs, compte tenu des éléments de la situation personnelle de M. B ci-dessus rappelés, le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, n'a-t-il pas commis, au vu de ce qui précède, d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'interdiction de retour d'une durée de deux ans sur la situation personnelle de M. B.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit, par suite, être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Joseph Mukendi Ndonki.

Fait à Douai, le 21 décembre 2022.

La présidente de la 2ème chambre,

Signé : Anne Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°22DA01666

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