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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01673

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01673

lundi 7 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01673
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCabinet KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi et d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2201790 du 8 juillet 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, M. A, représenté par Me Berdugo, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 30 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer une autorisation de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'acte est entaché de défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il ne pouvait être éloigné alors que le préfet de police n'a pas statué sur sa demande de titre de séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle.

M. A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A, ressortissant tunisien, né le 4 août 1984, déclare être entré en France le 31 juillet 2018. Il relève appel du jugement du 8 juillet 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

4. En premier lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et notamment le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement et indique notamment que M. A, arrivé en France avec un visa expirant le 8 janvier 2019, s'est maintenu en France au-delà de la durée de validité de ce visa. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. A, mais en mentionne les éléments pertinents. La décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, comme indiqué précédemment, l'obligation de quitter le territoire français en cause a pour fondement le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, à savoir, le maintien au-delà de la durée de validité du visa. Le préfet de police de Paris pouvait, sur ce fondement, procéder à l'éloignement de l'intéressé. Dans ces conditions, la circonstance que M. A a, par courrier du 25 mai 2022 demandé la régularisation de sa situation à la préfète de l'Oise est sans influence sur la légalité de l'arrêté en cause, qui n'a pas été pris au motif d'une décision de refus de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'appelant. Le préfet de police de Paris n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de M. A et d'une erreur de droit.

6. En troisième lieu, M. A arrivé en France à l'âge de trente-quatre ans, y était présent depuis quatre ans à la date de l'arrêté. Il indique avoir été rejoint le 20 février 2020, par son épouse, et qu'ils ont eu un fils le 2 avril 2022. Il met en avant son insertion par le travail comme monteur d'échafaudages. Toutefois, alors qu'il n'allègue ni n'établit que son épouse de même nationalité disposerait d'un droit au séjour en France. Il n'y a pas d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine. Dans les circonstances de l'espèce, s'agissant de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté, le préfet de police de Paris n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'appelant doivent être écartés. Par ailleurs, à supposer que ce moyen soit soulevé, il ne résulte pas de ce qui précède que M. A serait en situation de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne pourrait pas être procédé de ce fait à son éloignement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de police de Paris et à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai le 7 novembre 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Huls-Carlier

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