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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01743

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01743

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01743
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNADER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Par un jugement n° 2109956 du 3 août 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 août 2022, 29 août 2022, 1er et 16 octobre 2022, M. A, représenté par Me Nader, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B A, ressortissant marocain né le 13 mars 1987 à Berkane (Maroc), s'est marié avec une ressortissante française le 27 octobre 2012 dans la commune de Condé-sur-l'Escaut (Nord). Il est, par la suite, de nouveau entré en France le 16 janvier 2013, sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa long séjour mention " vie privée et familiale ", valable du 23 janvier 2013 au 23 janvier 2014, délivré en tant que conjoint d'une ressortissante française. Il a obtenu le renouvellement de son titre de séjour du 23 janvier 2014 au 18 avril 2017. De l'union de M. A et de sa conjointe française, est née une enfant, dénommée Mayssa, le 11 janvier 2015 à Valenciennes. A la suite de la séparation du couple et du divorce prononcé le 10 octobre 2018 sur la demande de son épouse, M. A a, dans le cadre d'un changement de statut, obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français, du 11 juin 2018 au 17 juin 2021. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 21 juillet 2021. Par un arrêté du 26 novembre 2021, le préfet du Nord a refusé de renouveller son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. A relève appel du jugement du 3 août 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que cet arrêté, qui ne se borne pas à reproduire des formes préétablies, mentionne que M. A est le père d'une enfant, de nationalité française, née le 11 janvier 2015 de sa relation avec une ressortissante française dont il a divorcé le 10 octobre 2018. Cet arrêté mentionne que, à la suite du divorce du couple, la résidence habituelle de l'enfant a été fixée au domicile de sa mère, que l'enquête administrative diligentée par la police aux frontières de Valenciennes a permis d'établir que M. A ne verse pas de pension alimentaire et que son ex-épouse n'a pas de nouvelles de lui depuis plus d'un an, enfin, que celui-ci n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille. L'arrêté contesté mentionne également que la demande de M. A, en date du 20 septembre 2021, tendant à obtenir un droit de visite et d'hébergement pour sa fille a été rejetée par une ordonnance du 22 octobre 2021 du juge aux affaires familiales au motif que l'intéressé ne démontrait pas avoir effectué des démarches pour rencontrer son enfant et que sa demande était " animée par des considérations de régularisation administrative et non par l'intérêt de son enfant ". Le préfet du Nord a déduit de l'ensemble de ces éléments permettant de caractériser la situation de M. A au regard de la question de ses relations avec son enfant, que l'intéressé ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré sur ce fondement. Par ailleurs, l'arrêté contesté relève que M. A est divorcé, qu'il n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans, et qu'il est sans activité professionnelle en France. Le préfet du Nord a déduit de l'ensemble de ces éléments permettant de caractériser la situation de M. A au regard de la vie privée et familiale que le refus de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Cet arrêté, qui comporte, outre l'énoncé des considérations de droit, l'énoncé précis des considérations de fait sur lesquelles se fondent la décision de refus de titre de séjour ainsi que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, satisfait ainsi à l'exigence de motivation posée par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite et alors que M. A ne peut pas se prévaloir de circonstances de fait ou de droit postérieures à la date d'édiction de cet arrêté dès lors que la légalité de cet arrêté s'apprécie à la date de son édiction, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 26 novembre 2021 du préfet du Nord est entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de sa situation avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour et de lui faire obligation de quitter le territoire français. Toutefois, l'arrêté contesté mentionne, dans des termes précis, les éléments permettant de caractériser la situation personnelle et familiale de M. A, à la date d'édiction de cet arrêté, au regard du droit au séjour. Par suite, le moyen tiré par M. A du défaut d'examen particulier et complet de sa situation doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A soutient que l'arrêté contesté méconnaît le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs, particulièrement circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 7 du jugement attaqué.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction, sur le fondement des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet du Nord.

Fait à Douai le 19 octobre 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

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