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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01798

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01798

mardi 22 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01798
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBERRADIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et d'enjoindre au préfet de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation.

Par un jugement n° 2202552 du 18 juillet 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, M. A B, représenté par Me Berradia, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- le pays de destination et le refus de délai de départ volontaire seront annulés du fait de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sera annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5°et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A B, ressortissant marocain né le 22 mars 1989, déclare être entré en France en 2003 à l'âge de quatorze ans. Il relève appel du jugement du 18 juillet 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les décisions d'obligation de quitter le territoire français, de refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. A B, mais en mentionne les éléments pertinents. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont suffisamment motivées au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

5. Comme l'a relevé le premier juge, M. A B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'arrêté attaqué, qui ne porte pas sur un refus de délivrance d'un titre de séjour, n'en a pas fait application. M. A B peut toutefois être regardé comme ayant entendu faire également valoir que, relevant d'un cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour, il ne peut faire l'objet d'une décision d'éloignement. L'arrêté en cause précise qu'il a été condamné le 19 février 2021 à deux ans d'emprisonnement dont six mois avec sursis, pour des faits de violence aggravée et, qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien de ses deux enfants français. Si l'appelant allègue que ses enfants ont vécu avec lui avant son incarcération, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce probante en ce sens, alors que le jugement judiciaire qualifie la mère de ses enfants " d'ex-compagne " et fait état d'une absence de vie commune suite à des violences conjugales. Dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que M. A B serait en situation de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et ne pourrait être éloigné de ce fait doit être écarté.

6. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été précédemment exposé de la situation de M. A B, alors que les pièces du dossier révèlent qu'il a été condamné pour des faits de 2009 d'usage illicite de stupéfiant, de dégradation de bien en 2010, de filouterie de carburant en 2013, de conduite sans permis sous l'empire d'un état alcoolique en 2014 et en 2018 et qu'il ne fait pas état d'une insertion professionnelle particulière hormis un contrat de travail d'une durée de trois semaines en février 2020, que la réalité du maintien de liens avec ses enfants n'est pas établie par les pièces versées au dossier, et même si l'appelant a de la famille en France, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle doit être écarté.

7. En quatrième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. A B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire et contre celle fixant le pays de destination.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

9 Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. A B n'est pas fondé à invoquer l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français, de refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination au soutien des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai le 22 novembre 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Huls-Carlier

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