jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA02063 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | WTAP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Sur déféré enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a demandé au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, reprises à l'article L. 554-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des dispositions portant sur les sujétions contenues dans la délibération du 4 juillet 2022 du conseil municipal de la commune de Gonfreville-l'Orcher approuvant le nouveau règlement intérieur relatif au temps de travail de la commun et du centre communal d'action sociale (CCAS) et d'enjoindre à la commune de délibérer dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard en cas d'inexécution à l'issue de ce délai.
Par une ordonnance n° 2203634 du 22 septembre 2022, la juge des référés a suspendu l'exécution de la délibération du 4 juillet 2022 du conseil municipal de Gonfreville-l'Orcher en tant qu'elle approuve les dispositions de l'article 1.5.2 du règlement encadrant la gestion du temps de travail, jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2022, la commune de Gonfreville-l'Orcher, représentée par Me Elise Taulet, demande à la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance ;
2°) de rejeter le déféré suspension du préfet de la Seine-Maritime ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ordonnance est irrégulière car insuffisamment motivée ;
- les sujétions particulières listées à l'article 2 du décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ne sont pas les seules à pouvoir être prises en compte par les collectivités territoriales, qui disposent d'une marge de manœuvre et, à cet égard, les sujétions particulières définies par la délibération attaquée sont justifiées par les risques élevés et spécifiques pesant sur la commune qui accueille huit entreprises en niveau de risque " seuil haut " Seveso, obligeant les agents à être en permanence en état d'alerte et disponibles pour faire face au danger.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par la commune de Gonfreville-l'Orcher n'est pas fondé.
Vu :
- l'ordonnance n° 2203634 du 22 septembre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif de Rouen ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son article 72 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2001-2 du 3 janvier 2001 ;
- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;
- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;
- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour a désigné Mme Anne Seulin, présidente, pour statuer sur les appels formés contre les ordonnances rendues sur les déférés suspension, en application du livre V du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 9 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Anne Seulin, présidente,
- les observations de Me Élise Taulet, représentant la commune de Gonfreville-l'Orcher, qui reprend les mêmes moyens que sa requête et précise que les sujétions prévues par les textes ne sont pas limitatives, qu'il s'agit ici de tenir compte des huit sites Seveso avec un haut niveau de risque industriel installés sur le territoire de la commune et des huit autres sites de même nature installés sur le territoire de la commune mitoyenne qui font peser sur tous les agents de la commune des contraintes particulières en matière notamment de charge mentale et de disponibilité, ces agents étant en état d'alerte permanente et devant être prêts à s'adapter, quelles que soient leurs fonctions, à la réalisation de risques industriels importants en prenant si besoin les mesures nécessaires à l'égard de la population ou des usagers des services, ce qui les oblige à suivre des formations spécifiques pour ce faire ; cet état d'alerte permanent oblige à l'adoption d'un plan de sécurité spécifique pour la commune, compte tenu de l'étendue de son territoire communal, qui accueille, en plus de sa population de 10 000 habitants, un nombre à peu près équivalent de public au sein de ses établissements recevant du public ; cette sujétion particulière justifie l'attribution de deux jours de congés de compensation, ce qui est beaucoup moins que dans le régime antérieur qui prévoyait jusqu'à quinze jours de compensation pour les personnels les plus âgés ;
- les observations de Mme A, directrice générale des services, qui insiste sur l'organisation propre à la spécificité du territoire avec des risques toxiques et de surpression qui obligent la commune à former ses agents à la gestion de crise et à mettre en place des plans d'actions particuliers, comme le plan de prévention des risques technologiques pour 300 logements sur la commune et à prévoir des espaces dédiés au sein de la commune en cas d'accident et de mise en œuvre du plan particulier d'intervention des entreprises. Cet état d'alerte permanent des agents communaux et les obligations correspondantes de formation et de disponibilité justifient les deux journées supplémentaires de compensation.
Le préfet n'est ni présent, ni représenté.
Après avoir prononcé à l'issue de l'audience la clôture de l'instruction, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3ème alinéa de l'article L. 2131-6 du Code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : " L'article L. 2131-6 alinéa 3 - Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué ". Aux termes de l'article R. 554-1 du même code : " L'appel ouvert contre les décisions du juge des référés prises en application des dispositions mentionnées à l'article L. 554-1 est présenté dans la quinzaine de leur notification ".
Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :
2. Dans l'ordonnance attaquée n° 2203634 du 22 septembre 2022, la juge des référés a cité les textes sur lesquels elle s'est fondée, notamment les dispositions de l'article 47 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique et les dispositions des articles 1er et 2 du décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et a indiqué le contenu de la délibération du 4 juillet 2022 approuvant le règlement encadrant la gestion du temps de travail applicables aux agents municipaux et du centre communal d'action sociale (CCAS) ainsi que le contenu de l'article 1.5.2 de ce règlement qui institue des sujétions particulières liées au caractère industriel du territoire communal abritant huit sites Seveso " seuil haut ", en octroyant à l'ensemble des agents de la ville et du CCAS une réduction annuelle du temps de travail correspondant à deux jours au motif que " l'ensemble des agents de la Ville doit, face à cette contrainte, participer à des formations de sensibilisation, des exercices réguliers de simulation du risque et, dans tous les corps de métiers de la ville, être en capacité d'adopter les premières mesures de sécurité ainsi qu'être mobilisés en cas d'accident industriel ". Il suit de là qu'en considérant, au point 4 de son ordonnance, que " En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'illégalité de l'article 1.5.2 du règlement encadrant la gestion du temps de travail méconnaîtrait les dispositions de l'article 47 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération contestée ", la juge des référés a suffisamment motivé son ordonnance. Le moyen tiré de ce que l'ordonnance serait irrégulière pour insuffisance de motivation sera donc écarté.
Sur le bien-fondé de l'ordonnance attaquée :
3. En vue de l'harmonisation de la durée du temps de travail au sein des fonctions publiques, l'article 47 de la loi du 6 août 2019 susvisée de transformation de la fonction publique prévoit que les collectivités territoriales, lorsqu'elles ont maintenu un régime de travail mis en place antérieurement à la publication de la loi n° 2001-2 du 3 janvier 2001 relative à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale, doivent définir les règles relatives au temps de travail de leurs agents dans un délai d'un an à compter du renouvellement de leurs assemblées délibérantes, soit à compter du 18 mai 2020 pour les communes dont le conseil municipal a été élu au complet au premier tour et au 28 juin 2020 pour les autres. L'entrée en application de la loi a été fixée au plus tard à compter du 1er janvier 2022.
4. Aux termes de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du premier alinéa. Ce décret prévoit les conditions dans lesquelles la collectivité ou l'établissement peut, par délibération, proposer une compensation financière à ses agents, d'un montant identique à celle dont peuvent bénéficier les agents de l'Etat, en contrepartie des jours inscrits à leur compte épargne-temps ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé () ". L'article 2 du même texte poursuit : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut, après avis du comité technique compétent, réduire la durée annuelle de travail servant de base au décompte du temps de travail défini au deuxième alinéa de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail ou de travaux pénibles ou dangereux ". Aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée de travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat (). / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. / Cette durée est susceptible d'être réduite () pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail, ou de travaux pénibles ou dangereux ".
5. Par une délibération du 4 juillet 2022, le conseil municipal de Gonfreville-l'Orcher a approuvé le règlement encadrant la gestion du temps de travail applicable aux agents municipaux de la ville et du centre communal d'action sociale (CCAS) à compter du 1er janvier 2022. Le règlement prévoit une durée annuelle de 1 607 heures et la possibilité pour la collectivité de réduire la durée annuelle du travail pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions. Comme il a été dit au point 2, l'article1.5.2 du règlement instaure des sujétions particulières liées au caractère industriel du territoire communal abritant huit sites Seveso " seuil haut ", en octroyant à l'ensemble des agents de la ville et du CCAS une réduction annuelle du temps de travail correspondant à deux jours au motif que " l'ensemble des agents de la ville doit, face à cette contrainte, participer à des formations de sensibilisation, des exercices réguliers de simulation du risque et, dans tous les corps de métiers de la ville, être en capacité d'adopter les premières mesures de sécurité ainsi qu'être mobilisés en cas d'accident industriel ". Il suit de là qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce qu'en instaurant pour l'ensemble du personnel communal une sujétion particulière indépendante de la nature des missions exercées par chacun des agents dans son cadre d'emploi, l'article 1.5.2 du règlement méconnaîtrait les dispositions de l'article 47 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la délibération attaquée en tant qu'elle approuve cet article.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Gonfreville-l'Orcher n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la juge des référés du tribunal administratif de Rouen a suspendu la délibération du 4 juillet 2022 en tant qu'elle approuve l'article 1.5.2 du règlement relatif au temps de travail des agents de la commune et du centre communal d'action sociale. Dès lors, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la commune de Gonfreville-l'Orcher est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Gonfreville-l'Orcher et au préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Douai, le 10 novembre 2022.
La juge des référés
Signé : A. Seulin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°22DA02063
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026