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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02071

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02071

mercredi 1 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02071
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2108294 du 21 juillet 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022, M. A, représenté par Me Navy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne la menace à l'ordre public.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B A, ressortissant algérien né le 27 mars 1993 à Mohammadia (Algérie), est entré en France le 7 juillet 2017, selon ses déclarations, sous couvert d'un passeport national, délivré le 20 juillet 2016, revêtu d'un visa court séjour délivré le 6 mars 2017 par les autorités consulaires espagnoles, valable du 2 avril 2017 au 1er avril 2018. Il a sollicité, le 5 mai 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet du Nord a constaté que l'intéressé avait été condamné à une amende de 150 euros pour des faits de vol, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et à une amende de 400 euros pour conduite d'un véhicule sans permis. Par un arrêté du 16 septembre 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 21 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressé. Par suite, et alors d'ailleurs que l'arrêté contesté mentionne que l'intéressé a conclu le 1er octobre 2020 un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté, nonobstant le fait que cet arrêté ne précise pas que celui-ci a engagé un parcours de procréation médicalement assistée avec sa compagne.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, par un jugement du 20 septembre 2017 du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer, à une amende de 150 euros pour des faits de vol. M. A a également été condamné, par un jugement du 16 octobre 2019 du tribunal de grande instance de Lille, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Enfin, par un jugement du 12 décembre 2019 du tribunal correctionnel de Lille, l'intéressé a encore été condamné à une amende de 400 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. Eu égard à la nature et à la gravité des faits commis par l'intéressé et au caractère répété de ces agissements, la présence de M. A sur le territoire français doit être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 8 du jugement attaqué.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet du Nord, en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour, n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Or, l'arrêté contesté, en ce qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. A, est suffisamment motivé. La décision par laquelle le préfet du Nord a fait obligation à M. A de quitter le territoire français, en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision faisant obligation à celui-ci de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, les moyens tirés de ce que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doivent, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 qui renvoie au point 8 du jugement attaqué, être écartés.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que M. A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire, n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors même que l'intéressé a intégré un parcours de procréation médicalement assistée avec la ressortissante française avec laquelle il a conclu le 1er octobre 2020 un pacte civil de solidarité, que le préfet du Nord, en refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que M. A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

14. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

15. En premier lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que la décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans mentionne les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la durée de séjour de l'intéressé sur le territoire français, du caractère récent de sa relation avec la ressortissante française avec laquelle il a conclu le 1er octobre 2020 un pacte civil de solidarité, de l'absence d'attaches privées ou familiales d'une particulière intensité sur le territoire français et de la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français. Par suite, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que M. A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

17. En troisième lieu, M. A soutient que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du droit d'asile. Toutefois, ce moyen est inopérant dès lors que M. A s'est vu accorder un délai de départ volontaire de trente jours, les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant applicables que dans le cas où aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger.

18. En quatrième et dernier lieu, M. A soutient que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée, à ce titre, d'une erreur d'appréciation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, alors même qu'il aurait précédemment séjourné sur le territoire français, est entré récemment sur le territoire français et ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. En outre, la présence de l'intéressé, qui a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de vol, pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et pour conduite d'un véhicule sans permis, doit être regardée, du fait du caractère répété de ces agissements qui établit l'absence de toute insertion de l'intéressé dans la société française, comme représentant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord, en faisant interdiction à M. A de retour sur le territoire français et en fixant à deux ans la durée de cette mesure, n'a pas entaché cette décision d'une erreur d'appréciation, alors même que l'intéressé a conclu le 1er octobre 2020 un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française. Le moyen doit donc être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 19991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Navy.

Copie en sera transmise au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 1er mars 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA02071

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