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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02089

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02089

mardi 17 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02089
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL MARY & INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B A a demandé au tribunal administratif de Rouen, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2201059 du 15 juillet 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Mary, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire, dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de justification par le préfet de la Seine-Maritime de la saisine préalable pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de justification par le préfet de la Seine-Maritime de la saisine préalable pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle applique indistinctement les notions de vie privée et de vie familiale alors que ces deux notions sont distinctes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue préalablement à l'édiction d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet s'est cru en situation de compétence liée par les décisions de rejet de sa demande de protection internationale de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle est fondée exclusivement sur l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que la protection internationale recouvre les dispositions des articles L. 711-1 et L. 712-1 anciens du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme C B A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), née le 12 mai 1985 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 3 octobre 2017, selon ses déclarations. Elle a présenté, le 26 décembre 2017, une demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 novembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 11 juillet 2019. Par un arrêté du 30 septembre 2019, le préfet de la Seine-Maritime, prenant acte du rejet de sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 19 novembre 2019, devenu définitif, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté au motif qu'il était dépourvu de la signature de son auteur et a enjoint au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de la situation de Mme B A dans le délai de deux mois à compter de la date de notification de ce jugement. L'intéressée a sollicité, le 2 octobre 2019, la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un avis du 7 octobre 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de Mme B A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celle-ci peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Par un arrêté du 8 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à Mme B A le titre de séjour sollicité par celle-ci, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B A relève appel du jugement du 15 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que le préfet de la Seine-Maritime a produit, devant le tribunal administratif, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 7 octobre 2021 au vu duquel il s'est fondé pour rejeter, par son arrêté du 8 décembre 2021, la demande de Mme B A tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose à l'administration d'annexer à l'avis, prévu par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les données ou informations au vu desquelles le collège de médecins est amené, le cas échéant, à estimer que l'étranger peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans le cas où le défaut de prise en charge pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, à défaut de saisine par le préfet de la Seine-Maritime du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, manque en fait et doit être écarté. De même, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure à raison du défaut de communication des données publiques sur le système de soins congolais au vu desquelles le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis son avis, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

5. Il ressort des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou en l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A, dont l'état psychologique du fait d'un syndrome anxio-dépressif nécessite, selon des certificats établis dans les mêmes termes le 26 février 2019, le 20 août 2019 et le 7 janvier 2020 par un médecin psychiatre, une prise en charge spécialisée au long cours ainsi que la prescription d'un traitement, est atteinte d'hypertension artérielle, dyslipidémie et d'hypothyroïdie à raison desquelles elle est suivie, ainsi qu'il ressort des certificats médicaux produits au dossier, tous les six mois par un médecin généraliste et se voit prescrire un traitement médicamenteux. Par un avis du 7 octobre 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de Mme B A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celle-ci peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Mme B A, pour contester la légalité du refus de titre de séjour, mentionne les pathologies dont elle est atteinte et produit un document, présenté comme une attestation établie le 29 juillet 2022 par un médecin congolais, mentionnant qu'il avait " suggéré à sa famille de la faire voyager dans un pays très développé pour une prise en charge pluridisciplinaire, appropriée et efficace ", compte tenu notamment de la précarité du système de soins congolais. Toutefois, les énonciations de ce certificat médical, rédigé dans des termes particulièrement sommaires, et qui vient d'ailleurs en contradiction avec la démarche initiée par l'intéressée en vue d'obtenir une protection internationale aussi bien en Belgique qu'en France, ne permettent pas d'établir que, contrairement aux données publiques de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine propres à la République démocratique du Congo sur lesquelles le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé pour émettre son avis, l'intéressée ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un supplément d'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime, en refusant de délivrer à Mme B A un titre de séjour, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Mme B A soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 5 du jugement attaqué.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B A doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 et au point 9 qui renvoie au point 5 du jugement attaqué.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, faute de saisine par l'autorité préfectorale du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour avis, doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 que Mme B A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, que le préfet de la Seine-Maritime, en faisant obligation à Mme B A de quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par suite, et sans qu'il soit besoin de procéder à un supplément d'instruction, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En quatrième lieu, Mme B A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit en ce que l'arrêté contesté applique indistinctement les notions de vie privée et de vie familiale alors que ces deux notions sont autonomes. Toutefois, alors que le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de se prononcer, de façon distincte, sur les effets de la décision faisant obligation à Mme B A de quitter le territoire français sur la vie privée ou familiale de celle-ci dès lors que ces deux notions sont étroitement liées, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, qui renvoie au point 5 du jugement attaqué.

16. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à Mme B A de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 et au point 9 qui renvoie au point 5 du jugement attaqué.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, Mme B A réitère devant la cour le moyen, déjà soulevé devant les premiers juges, tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît le droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne. Elle n'apporte toutefois, en cause d'appel, aucun élément de droit ou de fait nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation portée par les premiers juges sur ce moyen. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 12 du jugement attaqué.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 16 que Mme B A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

19. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Mme B A soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il fixe la République démocratique du Congo au nombre des pays de renvoi, est entaché d'erreur de droit en ce que le préfet de la Seine-Maritime s'est cru en situation de compétence liée au regard des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile refusant de lui reconnaître la qualité de réfugiée ou de lui accorder la protection subsidiaire, et méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Toutefois, d'une part, il ressort des motifs mêmes de la décision contestée, qui est suffisamment motivée, que le préfet de la Seine-Maritime, pour désigner la République démocratique du Congo au nombre des pays à destination desquels Mme B A pourra être reconduite d'office, ne s'est nullement cru lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile refusant de lui reconnaître la qualité de réfugiée ou de lui accorder la protection subsidiaire, et n'a donc pas entaché cette décision d'erreur de droit. D'autre part, la décision contestée n'avait pas à mentionner les dispositions des articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives, respectivement, à la reconnaissance de la qualité de réfugié ou au bénéfice de la protection subsidiaire. Enfin, en l'absence de tout élément susceptible d'établir que la requérante ne pourrait accéder effectivement à un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine, et alors, en outre, que l'intéressée, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucun élément probant ou convaincant de nature à établir qu'elle serait susceptible de faire l'objet d'une atteinte à sa vie ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Seine-Maritime, en désignant la République démocratique du Congo au nombre des pays à destination desquels elle pourra être reconduite d'office, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En particulier, l'attestation établie le 18 mars 2019 par le Groupe d'abolition des mutilations sexuelles et des mariages forcés (GAMS) Haute-Normandie, sur la base des déclarations de l'intéressée, est sur ce point dépourvue de toute valeur probante. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la violation des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

22. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que l'arrêté contesté, en ce qu'il fixe la République démocratique du Congo au nombre des pays dans lesquels Mme B A pourra être reconduite en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Mary.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai le 17 janvier 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA02089

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