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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02095

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02095

mardi 31 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02095
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantQUEVREMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D a demandé au tribunal administratif de Rouen, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente et dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2201193 du 15 septembre 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. D, représenté par Me Quevremont, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente et dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le jugement attaqué :

- c'est à tort que les premiers juges ont rejeté sa demande comme tardive dès lors que la vaine présentation du pli ayant contenu la notification de l'arrêté en litige est irrégulière et n'a pu faire courir le délai de recours, le nom de la personne chez laquelle il habitait étant indiqué sur la boîte à lettres du logement de celui-ci ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'irrégularité, faute de saisine préalable de la commission départementale du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 10 c) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A D, ressortissant tunisien né le 1er janvier 1997 à El Alia (Tunisie), s'est marié avec une ressortissante française le 14 septembre 2019. Il est entré en France le 17 décembre 2019, sous couvert d'un passeport national, délivré le 23 mai 2019, revêtu d'un visa long séjour, délivré le 5 décembre 2019, valable du 5 décembre 2019 au 5 décembre 2020, et valant titre de séjour en qualité de conjoint de français. Il a sollicité, le 1er février 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, un enfant étant né le 28 avril 2020 de son union avec cette ressortissante française qui avait, par ailleurs, sollicité le divorce, la communauté de vie ayant été rompue en octobre 2020. Par un arrêté du 8 avril 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D relève appel du jugement du 15 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté comme tardive et, par suite, irrecevable.

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi a été adressé le 8 avril 2021 à M. D, le pli postal comportant la mention selon laquelle celui-ci était hébergé chez M. C B et l'adresse de ce dernier à Rouen. Toutefois, ce pli, après avoir été présenté le 9 avril 2021, a été retourné aux services de la préfecture de la Seine-Maritime, le 12 avril 2021, avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Les premiers juges ont estimé que le pli recommandé contenant l'arrêté du 8 avril 2021 du préfet de la Seine-Maritime avait été régulièrement présenté, le 9 avril 2021, à l'adresse indiquée par M. D et que l'intéressé, en l'absence de tout dysfonctionnement du service postal, devait ainsi être regardé comme en ayant reçu notification à cette date de sorte que sa demande d'annulation de cet arrêté, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Rouen le 22 mars 2022, était tardive et, par suite, irrecevable. M. D soutient que le pli recommandé ayant contenu l'arrêté contesté ne peut être tenu comme lui ayant été régulièrement notifié à cette date au motif que, alors que le nom de la personne chez laquelle il était hébergé était porté sur une des boîtes à lettres dans le hall de l'immeuble en cause, le facteur aurait dû s'adresser à la personne qui l'hébergeait et dont le nom était mentionné sur l'enveloppe ou déposer dans la boîte à lettres un avis de passage de sorte que la présentation du pli, à la date du 9 avril 2022, ne lui serait pas opposable. Toutefois, si M. D a produit devant les premiers juges une attestation en vue d'établir que le nom de son hébergeant était bien porté sur une boîte aux lettres dans le hall de l'immeuble en cause, cette attestation manuscrite, non datée et rédigée dans des termes particulièrement sommaires, établie par le gardien de l'immeuble, se borne à indiquer que son auteur a attribué aux locataires concernés une " éttiquet B.A.L. depuis son arrivée ", et ne permet ainsi nullement d'établir que le nom de l'hébergeant aurait été effectivement apposé sur l'une des boîtes aux lettres de cet immeuble à la date de présentation du pli. De même, l'attestation produite par M. D en appel, établie le 10 octobre 2022 par la société d'HLM gérant cet immeuble, se borne, après avoir indiqué le nom et le prénom de deux personnes ayant signé un contrat de location dans cet immeuble le 18 juin 2020, que leur prénom et nom " figurent bien sur la boîte aux lettres ", de sorte que, compte tenu de ses énonciations, cette attestation ne saurait davantage établir que le nom des intéressés figurait effectivement, à la date de présentation du pli, sur l'une des boîtes aux lettres dans le hall de l'immeuble. Par suite, la demande de M. D, enregistrée le 22 mars 2022 au greffe du tribunal administratif de Rouen, soit après expiration du délai de recours contentieux, était, conformément à ce qu'ont retenu les premiers juges, tardive. En conséquence, M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté comme tardive et, par suite, irrecevable.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonctions sous astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sur le fondement des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai, le 31 janvier 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nathalie Roméro

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