jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA02136 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1re chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | WEPPE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A I a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Par un jugement n°2201550 du 15 juin 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, M. I, représenté par Me Daphné Weppe, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté du 1er février 2022 du préfet du Pas-de-Calais ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ensemble dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus d'un titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. I, ressortissant camerounais né le 18 novembre 1979, a sollicité le 12 juillet 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 1er février 2022, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. I a demandé l'annulation de cet arrêté au tribunal administratif de Lille. Par un jugement du 15 juin 2022, le tribunal a rejeté cette demande. M. I relève appel de ce jugement.
Sur la légalité de la décision portant refus d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il a été signé par M. F C, directeur délégué des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 13 janvier 2022, publié le 17 janvier 2022 au recueil spécial n°11 des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais, d'une délégation à l'effet de signer les décisions de la nature de celles contestées. Par suite, le moyen tiré d'un vice d'incompétence doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. I est père de deux enfants nés au Cameroun les 13 mai 2010 et 28 juillet 2010 de mères différentes. Entré en France en 2016, il est également père d'Amour-Essombe né à Arras le 10 février 2018 K, ressortissante camerounaise bénéficiaire d'une carte de résidente valable jusqu'au 5 février 2031 et également mère de Mme E D, de nationalité française, née d'une précédente union le 21 mars 2015. M. I atteste avoir effectué en 2017 et 2018 des versements d'argent, ponctuels et de montants modestes, au bénéfice K et avoir été autorisé par cette dernière à accompagner sa fille E lors de son hospitalisation du 22 au 24 février 2021 au centre hospitalier Artois-Ternois.
5. Cependant, après la naissance de leur enfant H, la vie commune de M. I et Mme J a cessé et l'appelant ne produit aucun élément probant attestant d'une reprise de leur vie commune.
6. En outre, si, par une ordonnance du 4 octobre 2018, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance d'Arras a accordé à M. I un droit de visite et d'hébergement de son fils H, les documents produits par l'appelant, notamment des attestations insuffisamment probantes établies par Mme J, des attestations formulées en des termes très généraux établies par une assistante sociale et des fiches de renseignements ou d'inscription scolaires, ne suffisent pas à établir que l'intéressé aurait effectivement exercé à compter de 2018 son droit de visite et d'hébergement, ou contribué à l'éducation de son fils et de sa belle-fille E, alors même qu'il aurait réglé de 2020 à 2022 une partie des frais de cantine de ces deux enfants.
7. Par ailleurs, si M. I a aussi reconnu comme son fils l'enfant G né à Arras le 8 janvier 2021 K, les documents qu'il produit, notamment des factures de denrées alimentaires, ne suffisent pas à justifier de sa contribution à l'éducation ou à l'entretien de cet enfant, ni même que l'intéressé aurait renoué une vie commune avec Mme J, alors que plusieurs documents postérieurs à 2020, dont l'acte de naissance de son fils G, font mention d'adresses postales différentes.
8. Enfin, si M. I et Mme J ont demandé le 24 février 2022 un " certificat de non pacte civil de solidarité " dans le cadre de l'enregistrement d'une demande de pacte civil de solidarité, cette circonstance survenue peu après l'édiction de l'arrêté attaqué est sans incidence sur sa légalité, alors, au surplus, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel pacte aurait été conclu. De même, l'appelant ne peut utilement se prévaloir d'une attestation établie le 28 juin 2022 par la caisse d'allocations familiales faisant état, pour le mois de mai 2022, du versement de prestations pour la prise en charge des enfants nés K.
9. Dans ces conditions, alors même que M. I a effectué à compter de mars 2021 des activités bénévoles auprès de l'association " Les resto du cœur " et que sa sœur, ressortissante française, réside en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit aussi être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
11. En l'espèce, la décision portant refus d'un titre de séjour, qui mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est régulièrement motivée. Le préfet du Pas-de-Calais a notamment examiné la durée de présence en France de l'intéressé et ses liens familiaux. Par suite, l'appelant ne peut pas utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, est insuffisamment motivée. Ce moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.
12. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés ci-dessus, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour. Ce moyen doit ainsi être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. En l'espèce, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants et de sa belle-fille, alors que, par ailleurs, le préfet soutient, sans être démenti, que deux autres des enfants de l'intéressé résident au Cameroun. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. I n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er février 2022 du préfet du Pas-de-Calais.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I doivent être rejetées, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par Me Daphné Weppe, avocate de M. I, et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. I est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A I, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Daphné Weppe.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience publique du 19 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Marc Heinis, président de chambre,
- Mme Corinne Baes-Honoré, présidente-assesseure,
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
Signé : S. Eustache
Le président de la 1ère chambre,
Signé : M. B
La greffière,
Signé : C. Sire
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Christine Sire
N°22DA02136
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026