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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02263

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02263

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02263
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP CARON-AMOUEL-PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, d'autre part, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2003253 du 23 juin 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, Mme B, représentée par Me Pereira, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A B, ressortissante nigériane née le 26 octobre 1986 à Benin City (Nigeria), est entrée irrégulièrement en France en décembre 2016, selon ses déclarations. Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 décembre 2017, le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B, qui s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français, a de nouveau sollicité, le 14 février 2019, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 9 juillet 2020, le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Mme B relève appel du jugement du 23 juin 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère d'un enfant, né le 11 janvier 2017 sur le territoire français, dont elle soutient qu'il est de nationalité française au motif que la personne ayant souscrit un acte de reconnaissance de cet enfant avant même la naissance de celui-ci est de nationalité française. Toutefois, les éléments d'information, précis et concordants, obtenus par l'administration à la suite de l'audition de Mme B et de la personne s'étant présentée comme étant le père de cet enfant, recensés dans le rapport d'entretien du 25 octobre 2017 produit en première instance par les services de la préfecture de l'Oise, ont conduit l'autorité préfectorale à estimer que cette personne ne pouvait être le père de cet enfant. La position du préfet de l'Oise n'a pas été modifiée par les pièces produites par Mme B à l'appui de sa demande, en date du 14 février 2019, tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le rapport d'information relève que Mme B n'a pas été en mesure de produire des éléments probants permettant d'établir que la personne se présentant comme le père de son enfant contribuerait à l'entretien de cet enfant. Or, la requérante, pour établir que le père de cet enfant contribue effectivement à son entretien, produit des photographies, des tickets d'achats de vêtements et des justificatifs mentionnant le versement de 100 euros par mois entre février et mai 2020. Toutefois, ces documents ne peuvent être regardés comme permettant d'établir, à eux seuls, que la personne présentée comme le père de cet enfant contribuerait effectivement à son entretien. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Mme B soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 6 du jugement attaqué.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Mme B soutient que la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille, née le 11 janvier 2017 sur le territoire français. Toutefois, et compte tenu notamment des énonciations du rapport d'entretien produit par l'administration devant les premiers juges qui ne sont pas utilement contredites par les pièces produites par la requérante, l'existence d'un lien affectif entre l'enfant et la personne qui l'a reconnue ne peut être tenue pour établie par les pièces du dossier alors, par ailleurs, que Mme B ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 3, que la personne présentée comme étant le père de cet enfant contribuerait effectivement à son entretien. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la scolarité de la fille de Mme B ne pourrait se poursuivre au Nigeria. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pereira.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai le 21 décembre 2022.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA02263

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