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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02288

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02288

mercredi 15 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02288
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNEDJARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de l'exécution de la mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte.

Par un jugement n° 2109121 du 28 septembre 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. A, représenté par Me Alia Nedjari, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 28 septembre 2022 du tribunal administratif de Lille ;

2°) d'annuler les décisions du préfet du Nord du 21 octobre 2021 lui refusant l'admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et le délai de départ ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- le tribunal a omis de statuer sur les moyens de légalité interne soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco algérien du 26 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale en ce que le préfet du Nord se serait fondé sur les articles L. 412-5, L. 432-1, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 28 juillet 1968, a sollicité le 16 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A fait appel du jugement du 28 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Le tribunal administratif de Lille a rejeté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en se fondant sur le fait que les décisions attaquées mentionnaient avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le tribunal a, en outre, rejeté le moyen excipant de l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français sur la base des motifs écartant les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour. Enfin, le tribunal a rejeté le moyen soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en renvoyant aux motifs de son jugement relatif au même moyen soulevé à l'encontre du refus de titre de séjour, ce motif précisant les circonstances de fait et de droit sur lesquels le tribunal s'est fondé. Il ressort ainsi des motifs mêmes du jugement du tribunal administratif de Lille que ce dernier a écarté les moyens soulevés par M. A par une motivation suffisante et qu'il n'a pas omis de statuer sur ces moyens.

4. Par ailleurs, dès lors que le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien algérien du 27 décembre 1968 est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, qui constitue une décision distincte du refus de titre de séjour, le premier juge n'était pas tenu de statuer sur celui-ci. Il en est de même des moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 311-1 et L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les ressortissants algériens sont exclusivement régis sur ces questions par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen d'irrégularité tiré de l'omission à statuer doit, là encore, être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour, qui mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels elle est fondée dont, notamment, les pièces produites à l'appui d'une présence habituelle en France ou la situation matrimoniale et professionnelle de M. A, est suffisamment motivée. Ce moyen sera donc écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 1° au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a précédemment fait l'objet de deux arrêtés préfectoraux portant obligations de quitter le territoire français en date des 23 janvier 2014 et 20 juillet 2015, n'a produit aucune pièce probante entre les mois d'août 2014 et juillet 2015 pour établir sa présence sur le sol français, soit une période de onze mois, les pièces produites pour les mois de septembre, octobre et novembre 2014 n'étant constituées que de la réception de courriers simples dénués de toute valeur probante. Par suite, M. A ne justifie pas d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué et le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En l'espèce, si M. A produit des avis d'imposition mentionnant le nom de pour les revenus des années 2011 à 2021, à l'exception de l'année 2014, il ne fournit aucune indication sur ses liens avec cette personne et ne conteste pas être marié depuis 1998 à une compatriote, et être parent d'un enfant devenu majeur, lesquels résident en Algérie. De plus, M. A ne justifie pas de la création de liens privés ou amicaux depuis son arrivée sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces produites que M. A n'a travaillé au cours des années précédentes que de façon ponctuelle en tant que travailleur temporaire et que, s'il se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée intérimaire avec la société EGC, ce contrat a été conclu le 2 novembre 2021, soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Enfin, il est constant que M. A a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 23 janvier 2014 et d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montreuil par jugement du 16 juin 2014, puis d'une seconde obligation de quitter le territoire français et d'une mesure d'assignation à résidence auxquelles il s'est soustrait au mois de juillet 2015, à la suite de l'ordonnance du 9 juillet 2015 prise par le procureur de la République suspendant son mariage avec une ressortissante française en raison de son caractère frauduleux. Dans ces conditions, le refus du préfet du Nord de délivrer un titre de séjour à M. A n'a pas porté à son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces deux moyens seront donc écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423- 1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".

11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A ne justifie pas satisfaire aux dispositions du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, le préfet du Nord n'était pas tenu de saisir préalablement la commission du titre de séjour.

12. En cinquième lieu, pour même les motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

13. En sixième lieu, si l'arrêté attaqué vise les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux refus de titres de séjour à raison d'une menace pour l'ordre public, et les articles L. 612-8 et L. 612-10 du même code, relatifs aux interdictions de retour sur le territoire français, il ressort des termes de cet arrêté que le préfet ne s'est pas fondé sur ces dispositions pour refuser le titre de séjour demandé par M. A mais uniquement sur les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté.

14. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord du 21 octobre 2021 lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence algérien.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. Compte tenu des développements qui précèdent, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

16. Ensuite, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

17. Enfin, pour les motifs exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les autres décisions contestées :

18. M. A n'invoque aucun moyen au soutien de ses conclusions dirigées contre les décisions du 21 octobre 2021 fixant le pays de destination et le délai de départ volontaire. Ces conclusions doivent, par suite, être rejetées.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A

Fait à Douai le 15 mars 2023.

La présidente de la 2ème chambre

Signé : A. Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°22DA02288

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