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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02427

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02427

mardi 11 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02427
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2e chambre - formation à 3
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Par un jugement n° 2200988 du 7 juillet 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, M. A, représenté par Me Magali Leroy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 du préfet du Nord ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de cette notification et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les huit jours de la notification de cet arrêt ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour a été prise en violation du droit à une bonne administration, des droits de la défense et du droit d'être entendu ;

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- le préfet n'a pas sérieusement et complètement examiné sa demande ;

- elle est contraire aux articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet, en rejetant sa demande de délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à 55 % par une décision du 13 octobre 2022.

Par une ordonnance du 26 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guillaume Vandenberghe, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien, est entré en France au cours du mois de janvier 2018. Par une ordonnance de placement provisoire du 2 février 2018, le procureur de la République près le tribunal de grande instance du Havre a ordonné qu'il soit confié provisoirement aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Maritime et, par un jugement du 13 mars 2018 du juge des enfants du tribunal de grande instance du Havre, M. A a été placé auprès de ces services. L'intéressé a sollicité, le 24 juillet 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais par un arrêté du 2 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande à la cour d'annuler le jugement du 7 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; / 2° Les documents justifiant de sa nationalité () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / () ". Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité () ".

3. Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration, si elle entend renverser cette présomption, d'apporter la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non-conforme à la réalité des actes en cause. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre Etat afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet Etat est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Il ressort du rapport du 8 avril 2021 que les services de la cellule de la fraude documentaire de la direction centrale de la police aux frontières ont estimé que l'extrait d'acte de naissance n° 43 délivré le 15 avril 2022 est contrefait aux motifs, notamment, que ce document n'a pas été imprimé selon un procédé " offset ", qu'il ne respecte pas les dispositions de l'article 126 du code des personnes et de la famille C exigeant que la date de l'établissement de l'acte figure en lettres, alors que cette date est seulement mentionnée en chiffres et que le nom et les cordonnées de l'imprimerie sont illisibles alors qu'elles doivent être apparentes. M. A, qui ne conteste pas devant la Cour la contrefaction de ce document, produit un autre extrait d'acte de naissance n°119 que sa mère, restée au Mali, lui a communiqué au cours de l'été 2022. Toutefois, il ressort de cet acte qu'il présente des irrégularités analogues à celui qui a été présenté aux services préfectoraux, la date d'établissement de l'extrait d'acte de naissance ne figurant pas en lettres et le nom et les cordonnées de l'imprimerie étant absentes. Ainsi, les documents présentés par M. A ne sont pas revêtus de garanties d'authenticité suffisantes et les éléments de preuve produits par le préfet de la Seine-Maritime sont suffisants pour établir leur absence d'authenticité au sens de l'article 47 du code civil. Par suite, M. A, qui a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance alors qu'il ne justifie pas être entré en France en étant mineur, n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour ayant été prise en réponse à une demande de M. A, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime aurait dû respecter une procédure contradictoire avant de prendre cette décision. S'il affirme qu'il détenait un nouveau document, à savoir l'extrait d'acte de naissance n° 119 que sa mère lui a communiqué, cet acte ne présente pas, ainsi qu'il vient d'être dit, de garantie d'authenticité suffisantes et sa prise en compte éventuelle par l'administration n'aurait pas exercé d'influence sur le sens de la décision à venir. S'il soutient que l'autorité préfectorale aurait dû l'inviter à compléter son dossier, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de délivrance d'un titre de séjour transmise le 24 juillet 2020 aurait été incomplète. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que les services préfectoraux auraient méconnu le droit à une bonne administration et le droit aux informations, ni son droit d'être entendu consacré comme principe général du droit de l'Union européenne.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-22, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, en l'espèce, M. A, comme il a été dit au point 4, ne remplit pas les conditions requises pour prétendre à l'obtention d'un titre de séjour sur l'un des fondements visés à l'article L. 432-13 du code précité. Par suite, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour et le moyen sera donc écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été aux points 4 et 5 que l'appelant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas examiné sa demande de délivrance d'un titre de séjour de manière sérieuse et complète.

8. En cinquième lieu, M. A ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement soutenir qu'il remplirait les conditions posées par l'article L. 423-23 du même code.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France au mois de janvier 2018, a suivi des cours pour élèves allophones au collège Jacques Monod du Havre, puis a bénéficié d'un stage professionnel dans un restaurant qui l'a embauché en contrat à durée indéterminée le 1er décembre 2021. Toutefois, l'intéressé, célibataire sans enfant, a été placé à l'aide sociale à l'enfance sous couvert d'un document d'identité contrefait et a vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine où réside sa mère avec laquelle il est encore en contact. Il n'établit pas avoir développé de liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité et, s'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée, cet élément ne saurait suffire à caractériser une insertion personnelle et sociale sur le territoire français telle que le refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation par la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français des stipulations citées au point 9 doit être écarté.

11. En septième lieu, compte tenu de l'ensemble de la situation de M. A, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B A.

Copie sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience publique du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Anne Seulin, présidente de chambre,

- M. Marc Baronnet, président-assesseur,

- M. Guillaume Vandenberghe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé : G. VandenbergheLa présidente de chambre

Signé : A. SeulinLa greffière,

Signé : A.S. Villette

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°22DA02427

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