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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02524

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02524

mercredi 15 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02524
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2203240, 2203249 du 2 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, Mme B, représentée par Me Homehr, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités espagnoles ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A B, ressortissante ivoirienne née le 16 février 1995 à Danané (Côte d'Ivoire), est entrée irrégulièrement en France le 23 août 2021, selon ses déclarations, et s'y est maintenue, selon ses déclarations, sans être munie des documents et visa exigés par les textes en vigueur. Elle a déposé, le 28 juin 2022, une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Oise et s'est vue remettre une attestation de demande d'asile en procédure Dublin. Les résultats positifs obtenus, à la suite des contrôles effectués sur borne Eurodac, en application de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, ont permis d'établir que l'intéressée avait été précédemment identifiée, le 7 avril 2021, par les autorités espagnoles pour franchissement irrégulier de la frontière. En conséquence, les autorités espagnoles ont été saisies, le 1er juillet 2022, sur le fondement du 2. de l'article 13 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, d'une demande de prise en charge et ont donné leur accord, le 8 juillet 2022, sur le fondement du 1. de l'article 13 du même règlement. Par un arrêté du 27 septembre 2022, le préfet du Nord a ordonné le transfert de Mme B vers l'Espagne. Mme B relève appel du jugement du 2 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. / 2. Lorsqu'un État membre ne peut pas, ou ne peut plus, être tenu pour responsable conformément au paragraphe 1 du présent article et qu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, que le demandeur qui est entré irrégulièrement sur le territoire des États membres ou dont les circonstances de l'entrée sur ce territoire ne peuvent être établies a séjourné dans un État membre pendant une période continue d'au moins cinq mois avant d'introduire sa demande de protection internationale, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / () ".

4. Mme B soutient que la France est responsable de l'examen de sa demande d'asile dans la mesure où elle a franchi irrégulièrement la frontière le 23 août 2021 et a séjourné ainsi pendant une période continue de plus de cinq mois sur le territoire français avant d'introduire sa demande de protection internationale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que les empreintes de Mme B ont été relevées en Espagne le 7 avril 2021 et que l'intéressée a présenté sa demande de protection internationale à la préfecture de l'Oise le 28 juin 2022, soit au-delà du délai de douze mois prévu au 1. de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, la requérante, en se bornant à produire un unique document présenté comme une attestation de présence en France, ne peut être regardée comme établissant qu'elle aurait séjourné en France pendant une période continue d'au moins cinq mois avant d'introduire sa demande de protection internationale. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ".

6. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. Mme B soutient qu'elle ne peut faire l'objet d'un transfert en Espagne puisque le père de son troisième enfant, né en France, séjourne en situation régulière sur le territoire français et qu'une décision de transfert aurait pour conséquence de séparer cet enfant de son père. Toutefois, elle n'établit pas, par les pièces versées au dossier, que cet enfant aurait été reconnu par la personne présentée comme son père et que celui-ci contribuerait à l'éducation et l'entretien de cet enfant. Par ailleurs, Mme B, mère de trois enfants dont un réside en Côte d'Ivoire, a déclaré, lors de son entretien individuel, être célibataire et n'a pas fait mention d'une relation avec la personne présentée comme le père de cet enfant. Par ailleurs, l'Espagne, Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en mesure d'offrir les garanties exigées par le droit d'asile. En l'espèce, Mme B n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une vie privée et familiale stable en France, ni de l'impossibilité de retourner en Espagne, où elle n'établit pas qu'elle serait exposée à des risques personnels constitutifs d'une atteinte au droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en ne mettant pas en œuvre la procédure dérogatoire prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 1. de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, n'a pas entaché la décision de transfert de Mme B aux autorités espagnoles d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. La décision de transfert n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ceux de ses enfants qui résident en France à ses côtés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Homehr.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 15 février 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA02524

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