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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02621

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02621

mercredi 15 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02621
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantABBAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence.

Par un jugement n° 2110087 du 24 novembre 2022, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, Mme B, représentée par Me Abbas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de certificat de résidence :

- cette décision méconnaît les dispositions de " l'article 313-14 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire dont dispose l'autorité préfectorale pour régulariser la situation d'un étranger ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'illégalité, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille et le protocole annexé du 22 décembre 1985 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A B, ressortissante algérienne née le 11 juin 1988 à Chir (Algérie), après s'être mariée en Algérie le 25 décembre 2017 avec un ressortissant algérien né le 4 février 1968 titulaire d'un certificat de résidence, est entrée en France le 21 août 2019, sous couvert d'un passeport national, délivré le 30 décembre 2015, revêtu d'un visa long séjour délivré le 11 juin 2019 par les autorités françaises en Algérie, portant la mention " regroupement familial ". Elle a sollicité, le 16 octobre 2019, la délivrance d'un certificat de résidence au titre du regroupement familial. Par un arrêté du 25 novembre 2021, le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme B le certificat de résidence sollicitée par celle-ci au titre du regroupement familial au motif, notamment, que la communauté de vie entre les époux, qui n'avait porté que sur une période deux mois, avait cessé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B relève appel du jugement du 24 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de certificat de résidence :

3. En premier lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté contesté, qui a repris les dispositions de l'article L. 313-14 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

5. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Mme B soutient que le préfet du Nord, en refusant de lui délivrer un titre de séjour dans le cadre du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Elle fait valoir qu'elle a quitté le domicile conjugal après avoir fait l'objet, selon ses déclarations, de violences conjugales de la part de son époux avec lequel elle ne conteste pas, ainsi que le relève l'arrêté contesté, avoir partagé une communauté de vie sur une période de deux mois seulement après son arrivée sur le territoire français en août 2019. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée sur le territoire français en août 2019, qu'elle a partagé une communauté de vie avec son conjoint, qu'elle avait épousé le 25 décembre 2017 en Algérie, lequel est titulaire d'un certificat de résidence, pendant une durée de deux mois seulement après son arrivée sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que, si deux frères et deux sœurs de l'intéressée résident en France, Mme B, qui n'a pas d'enfant à charge et n'établit pas entretenir des liens d'une particulière intensité avec ceux des membres de sa famille, présents en France, est entrée sur le territoire français à l'âge de trente-et-un ans. Or, il n'est pas contesté qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où elle a ainsi résidé jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Par ailleurs, le seul fait que l'intéressée ait exercé une activité salariée de femme de ménage n'est pas de nature à établir, par lui-même, une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en estimant que la situation de Mme B ne permettait pas de considérer qu'elle justifiait de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires permettant son admission au séjour au titre du travail ou de la vie privée, n'a pas entaché la décision de refus de titre de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme B soutient que le préfet du Nord, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, a entaché cette décision d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que la communauté de vie entre Mme B et son époux a cessé deux mois après son arrivée en août 2019 sur le territoire français. De même, si deux frères et deux sœurs de l'intéressée résident en France, il est constant que Mme B, qui n'a pas d'enfant à charge et n'établit pas entretenir des liens d'une particulière intensité avec ceux des membres de sa famille, présents en France, est entrée sur le territoire français en août 2019. Or, il n'est pas contesté, ainsi qu'il a été dit précédemment, que Mme B n'est pas dépourvue d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où elle a ainsi résidé jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Par ailleurs, le seul fait que l'intéressée ait exercé une activité salariée de femme de ménage n'est pas de nature à établir, par lui-même, une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que Mme B, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai le 15 mars 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°22DA02621

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