mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA02662 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B E a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler la décision du 10 décembre 2019 par lequel le préfet de l'Oise a refusé de faire droit à la demande d'introduction en France de son époux au titre du regroupement familial.
Par un jugement n° 2001627 du 17 novembre 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2022 et un mémoire, enregistré le 4 avril 2023, Mme E, représentée par Me Christelle Monconduit , demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler la décision du 10 décembre 2019 ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son époux ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans l'appréciation de la condition de ressources ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'appelante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D, premier-conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B E, ressortissante marocaine résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident permanent valable jusqu'au 11 juillet 2031, a sollicité une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son époux, M. F, qui réside au Maroc, pays où ils se sont mariés le 15 octobre 2010 et qui est père de son plus jeune fils. Par une décision du 10 décembre 2019, le préfet de l'Oise a refusé de délivrer le regroupement familial sollicité, cette décision a été confirmée par une décision du 10 septembre 2020 du ministère de l'intérieur rejetant le recours hiérarchique de l'intéressée. Mme E relève appel du jugement du 17 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 10 décembre 2019.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 411-5 dudit code, alors en vigueur : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du même code, alors en vigueur : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / - cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes () ".
3. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme E, le préfet de l'Oise a considéré que les ressources du couple, constituées des seuls salaires de l'appelante qu'elle percevait alors, ne suffisaient pas pour subvenir aux besoins de sa famille au sens du 1° de l'article L. 411-5 précité, au motif que les ressources de l'intéressée étaient inférieures au montant correspondant à la moyenne mensuelle du SMIC au cours de cette période, majorée d'un dixième pour une famille de quatre personnes, puisque le fils aîné de l'appelante, né au cours de son premier mariage et âgé alors de 17 ans, vit au domicile de sa mère. Mme E ne conteste pas qu'elle ne dispose pas des ressources supérieures à ce plancher mais fait valoir que le préfet aurait dû prendre en considération le fait que son fils aîné est devenu majeur le 16 juillet 2020, que la famille est désormais composée de trois personnes et que les salaires qu'elle perçoit sont donc supérieurs au montant minimum exigé par l'article R. 411-4 précité, soit la moyenne mensuelle du SMIC pour une famille de deux ou trois personnes. Toutefois, elle n'établit ni que son fils aîné aurait quitté le domicile familial à sa majorité, alors que le certificat de scolarité de l'université Jules Verne de Picardie du 29 août 2022 qu'elle produit précise que, réside à la même adresse que sa mère, ni que les ressources du couple E seraient supérieures au minimum requis au cours de l'année 2020, alors que le bulletin de salaire le plus récent qu'elle a produit est daté du mois de juin 2019 et que l'administration, dans le document préparatoire à la décision attaquée, indique que son contrat à durée déterminée a pris fin en novembre 2019. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision du 10 décembre 2019 serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation seront écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. L'appelante indique que la présence son époux en France est indispensable à l'équilibre familial, son plus jeune fils exprimant un attachement fort à la figure paternelle ainsi que le précisent de nombreuses attestations de proches de la famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. E a passé toute sa vie au Maroc et n'est jamais venu en France, même après la naissance de son fils. Si l'appelante indique que son mari s'est vu opposer un refus de visa le 26 avril 2017, elle n'établit pas que cette décision, fondée sur le motif selon lequel les informations communiquées par son époux pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé n'étaient pas fiables, serait entachée d'illégalité, ni que son mari aurait tenté en vain de la rejoindre à une autre date ou en sollicitant un titre de séjour sur un autre fondement. Dès lors, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet, qui a examiné sa situation au regard des stipulations précitées, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. De même, dès lors que l'enfant mineur du couple a toujours vécu séparé de son père, qui vit au Maroc, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Oise aurait méconnu l'intérêt supérieur de cet enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées seront donc écartés.
6. Enfin, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, du défaut d'examen sérieux et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision 10 décembre 2019. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Anne Seulin, présidente de chambre,
- M. Marc Baronnet, président-assesseur,
- M. Guillaume Vandenberghe, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé : G. DLa présidente de chambre,
Signé : A Seulin
La greffière,
Signé : A.S. Villette
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°22DA0266
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026