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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00139

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00139

jeudi 30 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00139
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantAARPI QUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A E C a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Mme B D F, épouse C, a demandé au tribunal administratif d'Amiens, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Par un jugement n°s 2203362, 2203363 du 22 décembre 2022, le tribunal administratif d'Amiens, après avoir joint ces deux demandes, les a rejetées.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. et Mme C, représentés par Me Tourbier, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés du 7 octobre 2022 par lesquels le préfet de la Somme a refusé de leur délivrer, à chacun, un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de ces mesures d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de leur délivrer, à chacun, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés contestés sont entachés d'une insuffisance de motivation ;

- ils sont entachés d'une erreur de droit en ce que ce que l'autorité préfectorale a fait application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'une procédure en contestation de paternité est en cours d'instruction devant le juge judiciaire et qu'ils ne sont pas en situation de pouvoir revenir en France en cas de retour dans leur pays d'origine ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le fait pour M. C d'avoir circulé avec un véhicule à moteur sans assurance, alors d'ailleurs qu'un tel fait n'a pas donné lieu à condamnation de sorte que la présomption d'innocence doit prévaloir, n'est pas de nature à établir que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils méconnaissent les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A E C, de nationalité nigériane, né le 13 avril 1982 à Lagos (Nigeria), ainsi que Mme B D F, épouse C, de nationalité nigériane, née le 23 mars 1986 à Lagos (Nigeria), sont entrés en France, respectivement, le 17 mai 2014 et le 11 mars 2013, selon leurs déclarations. Ils ont présenté, le 29 juillet 2014 et le 23 avril 2013, une demande d'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions du 30 avril 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 21 juin 2016. Par un arrêté du 28 juillet 2016, le préfet de la Somme a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. et Mme C, qui se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français, ont sollicité, le 17 novembre 2017, le réexamen de leurs demandes d'asile mais leurs demandes ont été rejetées le 24 novembre 2017 par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 30 mai 2018. Par deux arrêtés du 1er mars 2018, le préfet de la Somme a refusé de leur délivrer, à chacun, un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de ces mesures d'éloignement. Par un jugement du 3 mai 2018, confirmé par une ordonnance du 16 octobre 2018 du président de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté les demandes de M. et Mme C tendant à l'annulation de ces deux arrêtés. M. C, qui n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement, a de nouveau fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Somme, en date du 1er février 2019, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, cet arrêté lui faisant également interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. et Mme C, qui n'ont pas déféré à ces mesures d'éloignement, ont sollicité, leur admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de la scolarisation sur le territoire français de leurs trois enfants, nés en octobre 2006, septembre 2011 et mars 2013. Par deux arrêtés du 7 octobre 2022, le préfet de la Somme a refusé de leur délivrer, à chacun, le titre de séjour sollicité, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de ces mesures d'éloignement. M. et Mme C relèvent appel du jugement du 22 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens, après les avoir jointes, a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes des arrêtés contestés que ces arrêtés, après avoir visé ou mentionné, notamment, les dispositions des article L. 423-23, L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, font état d'éléments propres à la situation personnelle ou familiale de M. et Mme C. En particulier, ces arrêtés relèvent que les intéressés ne produisent aucun élément permettant de justifier d'une insertion particulière dans la société française, que leur vie privée et familiale peut se poursuivre dans leur pays d'origine où il n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales alors qu'ils y ont vécu jusqu'à l'âge respectif de trente-deux ans et vingt-sept ans, qu'ils ne produisent aucun élément de nature à établir que leur trois enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine, et qu'ils ne justifient pas non plus de circonstances justifiant qu'un délai supérieur au délai de départ volontaire de trente jours leur soit accordé. Ces deux arrêtés sont donc suffisamment motivés, tant en droit qu'en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces arrêtés manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".

5. M. et Mme C soutiennent que les arrêtés contestés sont entachés d'une erreur de droit en ce que ce que l'autorité préfectorale leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en application des dispositions du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'une procédure en contestation de paternité concernant leur plus jeune enfant est en cours d'instruction devant le juge judiciaire et qu'ils ne sont pas en situation de pouvoir revenir en France en cas de retour dans leur pays d'origine. Toutefois, la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre des requérants, assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, ne fait nullement obstacle à ce qu'ils soient représentés en justice dans le cadre de la procédure judiciaire engagée devant le tribunal judiciaire d'Amiens et sollicitent, le cas échéant, la délivrance d'un visa pour les besoins de cette procédure judicaire. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés seraient dépourvus de moyens financiers leur permettant d'assurer le financement de leurs déplacements depuis le Nigeria en vue de participer effectivement à cette procédure judicaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, M. et Mme C soutiennent que les arrêtés contestés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le fait pour M. C d'avoir circulé avec un véhicule à moteur sans assurance, alors d'ailleurs qu'un tel fait n'a pas donné lieu à condamnation de sorte que la présomption d'innocence doit prévaloir, n'est pas de nature à établir que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des termes mêmes des arrêtés contestés que si ces arrêtés mentionnent que les intéressés ont tous deux fait l'objet d'une interpellation pour conduite d'un véhicule à moteur sans assurance, le préfet de la Somme, pour refuser de leur délivrer un titre de séjour et leur faire obligation de quitter le territoire français, n'a nullement opposé aux intéressés la circonstance que leur présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. et Mme C soutiennent que les arrêtés contestés méconnaissent leur droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 9 du jugement attaqué.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les arrêtés contestés auraient pour effet de faire obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au Nigeria. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de M. et Mme C ne pourraient poursuivre leur scolarité au Nigeria. Par suite, les arrêtés contestés ne peuvent être regardés comme ayant porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. et Mme C. Le moyen tiré de la violation des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E C, à Mme B D F, épouse C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Tourbier.

Copie en sera adressée au préfet de la Somme.

Fait à Douai le 30 mars 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°23DA00139

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