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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00293

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00293

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00293
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler les décisions du 6 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2209530 du 18 janvier 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. B, représenté par Me Olivier Cardon, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les décisions du 6 décembre 2022 du préfet du Nord ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte journalière de 150 euros ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen (SIS) et au fichier des personnes recherchées (FPR) ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu tel qu'institué par les principes généraux du droit de l'Union Européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir en ayant pour seul but de faire obstacle à son mariage ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle méconnaît aussi les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle est aussi entachée d'une erreur d'appréciation des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A B, ressortissant algérien, né le 23 août 1976, est entré en France le 16 mai 2017. Il relève appel du jugement du 18 janvier 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 6 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. La circonstance qu'elles ne visent pas l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est sans incidence sur leur légalité, dès lors que cet accord régit seulement la délivrance des titres de séjour. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné par les services de police le 6 décembre 2020 et a été informé, préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, de la possibilité qu'une telle mesure soit prise à son encontre et invité à présenter ses observations sur ce point. Il a ainsi pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour, la perspective de son éloignement et interrogé sur les éventuels éléments relatifs à sa situation personnelle qu'il souhaitait porter à la connaissance de l'autorité préfectorale. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit d'être entendu garanti par le principe général du droit de l'Union européenne énoncé notamment à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précitées ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisée : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B est entré en France le 16 mai 2017 et réside sur le territoire de manière irrégulière depuis l'expiration de son visa le 5 juillet 2017. S'il se prévaut de la présence en France de sa compagne, qu'il indique avoir rencontrée en octobre 2020, cette relation présente, d'une part, un caractère très récent à la date de la décision litigieuse et, d'autre part, la variation des témoignages ne permet pas d'établir la date de rencontre, ni la durée de communauté de vie de M. B et sa compagne. En outre, si M. B évoque des projets de mariage, il a indiqué durant l'audience de première instance n'avoir entamé aucune démarche en ce sens. L'intéressé, qui ne dispose d'aucune autre attache familiale en France, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa famille et où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. Si le requérant a travaillé, à temps partiel, dans une boulangerie de juin à décembre 2018, puis du mois de novembre 2021 au mois de novembre 2022 avec des périodes d'interruption, cette seule circonstance ne démontre pas qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés, alors qu'il peut travailler dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Compte tenu de l'ensemble de la situation de l'intéressé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit aussi être écarté.

7. Si le requérant soutient ensuite que la décision litigieuse aurait été prise dans le but d'empêcher son mariage avec sa compagne, il n'apporte pas la preuve que la décision du préfet du Nord aurait un tel motif alors qu'il n'a entamé aucune démarche en vue du prononcé de son union. Le moyen tiré du détournement de pouvoir sera donc écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes du 1° de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B se maintient depuis cinq ans sur le territoire français de manière irrégulière et n'avait pas entamé de démarches en vue de se faire délivrer un titre de séjour. Dès lors, sa situation entre dans le champ d'application du 3° de l'article L. 612-2 et du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant fixation du pays de destination :

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

12. Enfin, M. B n'apportant aucun élément de nature à établir la réalité des risques d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, également, être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :

13. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Alors qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, M. B, qui se présente comme étant en couple depuis quatre mois à la date de la décision litigieuse et sans enfant à charge, ne justifie ni d'attaches sociales ou professionnelles conséquentes en France, ni d'une circonstance à caractère humanitaire quelconque. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité doit être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français. De même, compte tenu de l'ensemble de la situation du requérant, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle en l'assignant à résidence.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Douai le 19 juillet 2023.

La présidente de la 2ème chambre

Signé : A. Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°23DA00293

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