mercredi 19 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA00486 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GIRSCH |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A D a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 14 octobre 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration du délai d'un an.
Par un jugement n° 2207848 du 21 décembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, Mme D, représentée par Me Pauline Girsch, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir ces décisions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente, elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, elle méconnaît aussi les stipulations de l'article 41 paragraphe 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, elle est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire a été signée par une autorité incompétente, elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation, elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale, elle méconnaît aussi les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A D, ressortissante de la République du Congo née le 14 mars 1990, est entrée sur le territoire français en juillet 2018 munie d'un titre de séjour belge en cours de validité. Par décisions préfectorales du 14 octobre 2022, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle relève appel du jugement du 21 décembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, régulièrement publié, le préfet du Nord a donné à Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, Mme B était régulièrement habilitée, par un acte précis, qui ne constitue pas une délégation générale, aux fins de signer la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit donc être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de Mme D avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et d'absence d'examen sérieux et particulier de sa situation doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
6. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été auditionnée par les services de police, le 13 octobre 2022, soit préalablement à l'édiction de la mesure contestée. A cette occasion, la requérante a pu faire valoir ses observations concernant, notamment, l'éventualité d'une mesure d'éloignement à son encontre. Dès lors, Mme D, qui au demeurant n'apporte aucune précision quant aux éléments qu'elle aurait pu porter à la connaissance de l'administration si elle avait été invitée à le faire, n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
8. En quatrième lieu, l'appelante n'apportant aucun élément nouveau à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 9 à 12 du jugement attaqué.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France en juillet 2018 et qu'elle est célibataire et mère d'un enfant à charge. Si la requérante se prévaut de la présence de sa mère et de sa tante en France, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge d'au moins vingt-sept ans. Si l'intéressée fait valoir que sa fille fait l'objet d'un suivi médical pour différentes pathologies et si elle soutient qu'au regard de son âge un diagnostic certain est impossible, il est constant qu'elle n'a déposé aucune demande de titre de séjour pour des motifs de santé ou en tant qu'accompagnante d'un enfant malade et qu'elle ne fournit aucune pièce permettant d'établir que sa fille ne pourrait bénéficier de soins adaptés dans son pays d'origine. Si Mme D évoque également l'état de santé de sa mère et de sa tante, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles ne pourraient pas disposer d'une aide à domicile. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Au vu de l'ensemble de la situation de Mme D, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.
11. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ainsi qu'il a été exposé au point précédent, Mme D ne fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que sa cellule familiale puisse être reconstituée dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge d'au moins vingt-sept ans. En outre, selon la requérante elle-même, sa fille n'a plus de lien avec son père. Par suite, la décision attaquée, qui n'a pas vocation à séparer la requérante de son enfant, ne méconnaît pas ces stipulations.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté. Ensuite, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré, par la voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Si la requérante soutient que le refus d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif aux points 17 et 18 du jugement attaqué, la requérante n'apportant aucun élément nouveau en appel. Enfin, compte tenu de l'ensemble de la situation de la requérante telle qu'exposée aux points précédents, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
13. La requérante n'apportant aucun élément nouveau en appel, il y a lieu d'écarter les moyens tirés du défaut de motivation, excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 20 à 22 du jugement attaqué.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté. Ensuite, si la requérante soutient que l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences de cet article sur sa situation personnelle, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le premier juge aux points 25 et 26 du jugement attaqué, faute de tout élément nouveau apporté en appel.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de rejeter toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et à Me Pauline Girsch.
Fait à Douai, le 19 juillet 2023
La présidente de la 2ème chambre
Signé : A. Seulin La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière
Anne-Sophie Villette
N°23DA00486
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026