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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00598

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00598

mercredi 22 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00598
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation4e chambre - formation à 3
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS FIDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B et Mme D A ont demandé au tribunal administratif de Lille de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu, à concurrence d'un montant de 85 303 euros, et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, à concurrence d'un montant de 13 366 euros, auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015.

Par un jugement n° 2007751 du 10 février 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 avril 2023 et le 6 septembre 2023, M. B et Mme A, représentés par la société d'avocats FIDAL, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement, en tant qu'il statue en matière d'impôt sur le revenu ;

2°) de prononcer la décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu en litige ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la somme à l'origine du présent litige, perçue par leur foyer fiscal à la suite d'une distribution de dividendes opérée par la société Biotech Avenir, dont M. B est l'un des associés, provient du produit d'une cession, réalisée par cette société, de 40% des actions qu'elle détenait dans le capital de la société Genfit, qui est l'employeur de M. B ; dès lors que pareille distribution de dividendes n'était plus susceptible de se produire de nouveau, la société Biotech Avenir n'ayant conservé que 7,39% des actions de la société Genfit et ne possédant aucune participation dans d'autres sociétés, ce revenu doit être regardé comme insusceptible d'être recueilli annuellement et comme présentant, dès lors, le caractère d'un revenu exceptionnel, au sens des dispositions de l'article 163-0 A du code général des impôts, éligible au système du quotient prévu par ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, et par un mémoire, enregistré le 5 octobre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que, dès lors que le revenu en cause a été perçu par M. B dans le cadre de l'exercice de sa profession, que des dividendes constituent, par nature, des revenus susceptibles d'être recueillis annuellement, la société Biotech Avenir ayant d'ailleurs déjà procédé, dans le cadre de l'exercice habituel de son activité de holding financière, à une distribution de dividendes au cours de l'année 2014, pour la répartition de ses résultats de l'exercice clos en 2013, et qu'il n'est fait état d'aucune circonstance s'opposant à la réalisation d'une nouvelle opération de cession, ce revenu n'avait pas, au sens des dispositions de l'article 163-0 A du code général des impôts, le caractère d'un revenu exceptionnel et n'était donc pas éligible au système de quotient prévu par ces dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jean-François Papin, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Jean-Philippe Arruebo-Mannier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur l'objet du litige :

1. M. C B et Mme D A, qui forment un unique foyer fiscal pour être liés par un pacte civil de solidarité, ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur la déclaration de revenus souscrites par eux en 2015. A l'issue de ce contrôle, l'administration a remis en cause le bénéfice du système de quotient sous lequel ils avaient entendu placer un revenu d'un montant de 757 012 euros, qu'ils ont regardé comme présentant le caractère d'un complément de salaire exceptionnel et qui correspondait à des dividendes perçus par M. B de la société par actions simplifiée (SAS) Biotech Avenir, dont il est l'un des associés. L'administration a, quant à elle, regardé ce revenu comme ne constituant pas un complément de salaire susceptible de bénéficier de l'abattement de 10% pour frais professionnels, mais un revenu de capitaux mobiliers et comme ne présentant pas un caractère exceptionnel au sens des dispositions de l'article 163-0 A du code général des impôts qui prévoient ce système de quotient pour la détermination des droits en matière d'impôt sur le revenu, dès lors que ces dividendes étaient susceptibles d'être recueillis annuellement par M. B, la SAS Biotech Avenir procédant régulièrement à de telles distributions dans le cadre de la répartition de ses bénéfices. L'administration a exposé cette analyse à M. B et Mme A par une proposition de rectification qu'elle leur a adressée le 13 août 2020 et qui leur rappelait que la position du service quant aux modalités d'imposition de ce revenu avait déjà été portée à leur connaissance par un courrier du 2 janvier 2017 répondant à une demande de rescrit de leur part.

2. Les observations formulées par M. B et Mme A n'ont pas amené l'administration à reconsidérer son appréciation, pas davantage que l'entretien accordé, le 23 septembre 2019, au conseil des intéressés par le supérieur hiérarchique de la vérificatrice. Dans ces conditions, les cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus résultant, au titre de l'année 2015, des rehaussements notifiés ont été mis en recouvrement le 31 décembre 2019, à hauteur d'un montant total de 98 669 euros.

3. Leur réclamation ayant été rejetée, M. B et Mme A ont porté le litige devant le tribunal administratif de Lille, en lui demandant de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu, à concurrence d'un montant de 85 303 euros, et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, à concurrence d'un montant de 13 366 euros, auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015. Par un jugement du 10 février 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande. M. B et Mme A relèvent appel de ce jugement, en tant seulement qu'il statue en matière d'impôt sur le revenu.

Sur le bien-fondé de l'imposition en litige :

4. Aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. / () / III. - Les dispositions prévues aux I et II ne s'appliquent qu'aux seuls revenus exceptionnels ou différés imposés d'après le barème progressif prévu à l'article 197. ".

5. Il résulte de l'instruction que la SAS Biotech Avenir, qui est une holding financière dont les associés sont pour l'essentiel, à l'instar de M. B, des cadres de la société anonyme (SA) Genfit, a cédé, au cours de l'année 2014, 40% des actions qu'elle détenait dans le capital de cette dernière, sa filiale, c'est-à-dire qu'elle a cédé 1 204 011 des 2 941 885 actions en sa possession. L'examen, par l'administration, de la liasse fiscale déposée par la SAS Biotech Avenir au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014, au cours duquel cette cession est intervenue, lui a permis de constater que le bénéfice s'élevant à 36 382 280,30 euros réalisé au terme de cet exercice, incluant le produit de cette opération, avait été affecté, à concurrence d'un montant de 36 262 278 euros, à une distribution de dividendes, conformément aux délibérations de l'assemblée générale de ses actionnaires, auxquels l'administration a eu accès, le solde de 120 002,30 euros ayant été mis en réserve. Le dividende brut versé par actions s'est ainsi élevé à 1 317 euros.

6. M. B, qui était détenteur de 958 actions de la SAS Biotech Avenir, s'est ainsi vu attribuer, au cours de l'année 2015, un dividende brut de 1 261 686 euros. Après application de l'abattement de 40% dont peuvent bénéficier, en application du 2° du 3 de l'article 158 du code général des impôts, les distributions résultant d'une décision régulière des organes compétents de la société versante, M. B et Mme A ont ainsi porté à ce titre, sur la déclarations de revenus qu'ils ont souscrite au titre de l'année 2015, une somme de 757 012 euros, qu'ils ont regardée comme correspondant à un revenu exceptionnel susceptible de bénéficier du système de quotient prévu par les dispositions précitées de l'article 163-0 A du code général des impôts.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que la SAS Biotech Avenir avait déjà précédemment procédé, au terme de son exercice clos le 31 décembre 2013, à une distribution de dividendes d'un montant total de 2 875 896 euros à ses actionnaires, laquelle faisait suite à une première cession de 250 000 actions de la SA Genfit. Ainsi, la SAS Biotech, qui détenait 3 241 874, soit 20,21 %, des 16 043 746 actions de la SA Genfit au cours de l'exercice clos le 31 décembre 2012, possédait, après la cession intervenue au cours de l'exercice suivant, clos le 31 décembre 2013 et compte tenu d'une augmentation de capital décidée entre-temps, 2 941 885 soit 14,48 % des 20 541 841 actions de la SA Genfit, puis, au terme de la cession intervenue au cours de l'exercice suivant, clos le 31 décembre 2014, 7,25 % des actions de la SA Genfit. Il en résulte que cette dernière cession ne représentait que la moitié de la participation détenue à la clôture de l'exercice précédent et que cette participation restait suffisante, au 31 décembre 2014, pour procéder à une nouvelle distribution d'un montant analogue.

8. Dans ces conditions, les circonstances que la SAS Biotech Avenir ne détenait plus, après la seconde cession de titres intervenue en 2014, que 7,25 % des actions de la SA Genfit, c'est-à-dire 1 737 874 des 23 957 671 actions de cette société, compte tenu d'une nouvelle augmentation de capital, et qu'elle ne possédait, par ailleurs, des droits dans aucune autre société de capitaux, ne peuvent suffire à établir qu'elle n'était désormais plus à même de procéder à une autre distribution de dividendes et, par suite, que le revenu distribué perçu par M. B au titre de l'année 2015 n'était pas susceptible d'être recueilli annuellement. Dès lors, l'administration était fondée à regarder ce revenu comme ne revêtant pas le caractère d'un revenu exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article 163-0 A du code général des impôts et, en conséquence, à remettre en cause le bénéfice du système de quotient auquel M. B et Mme A avaient cru pouvoir prétendre à raison de ce revenu.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté les conclusions de leur demande tendant à la décharge de la cotisation primitive d'impôt sur le revenu, à concurrence d'un montant de 85 303 euros, à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2015. Par voie de conséquence les conclusions qu'ils présentent sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et Mme D A, ainsi qu'au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera transmise à l'administratrice de l'Etat chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience publique du 2 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Marc Heinis, président de chambre,

- M. François-Xavier Pin, président-assesseur,

- M. Jean-François Papin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé : J.-F. PapinLe président de chambre,

Signé : M. HeinisLe président de la formation de jugement,

F.-X. Pin

La greffière,

Signé : E. Héléniak

La greffière,

E. HéléniakM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Elisabeth Héléniak

1

N°23DA00770

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3

N°"Numéro"

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