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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00742

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00742

jeudi 10 août 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00742
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions.

Par un jugement n° 2203857 du 16 février 2023, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023, Mme B, représentée par Me Caroline Nouvian, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification de la décision à intervenir, ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à percevoir l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'une erreur de fait ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante algérienne née le 6 juin 1986 à Beni Messous (Algérie), est entrée une première fois en France le 4 avril 2018, munie d'un visa touristique, puis pour la dernière fois, selon ses déclarations, en août 2021. Elle a sollicité, auprès des services de la préfète de l'Oise, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 18 novembre 2021. Par un arrêté du 13 avril 2022, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement du 20 septembre 2022, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cet arrêté et a enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de Mme B. Par un arrêté du 7 novembre 2022, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B relève appel du jugement du 16 février 2023 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Mme B ne peut donc utilement se prévaloir d'erreurs de fait ou d'appréciation qu'auraient commis les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. Mme B soutient qu'elle a quitté de manière définitive son domicile conjugal situé en Belgique le 28 août 2021 pour s'installer sur le territoire français, qu'elle a effectué de nombreux séjours de courte durée sur le territoire français depuis septembre 2018, auprès des membres de sa famille y résidant, pour s'éloigner de son époux. Elle produit de nombreuses attestations témoignant d'une part de difficultés liées à sa vie conjugale et au comportement de son époux, d'autre part des répercussions sur sa santé psychologique. Elle fait état d'une prise en charge médicale, psychologique et sociale en France pour ces deux motifs, sans pour autant démontrer qu'elle ne pourrait faire l'objet d'une prise en charge équivalente dans son pays d'origine. Mme B soutient qu'elle entretient avec ses sœurs, son beau-frère, sa belle-sœur, ses cousins, son oncle et sa tante, qui séjournent de manière régulière en France, des relations constantes, et qu'ils constituent ainsi un soutien sur le territoire français. Pour autant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales et amicales en Algérie, pays où elle a passé la majeure partie de sa vie et qu'elle a quitté à l'âge de trente et un ans, et qu'elle serait en incapacité de visiter les membres de sa famille résidant en France, une fois munie des documents nécessaires à un séjour régulier. Par ailleurs, Mme B a obtenu dans son pays d'origine une certification de qualification " coiffure femme " ainsi qu'une licence de traduction en langues arabe, espagnole et anglaise, et y a occupé des emplois réguliers et stables entre 2008 et 2017, avant de rejoindre la Belgique. Si elle soutient faire preuve d'une intégration au sein de la société française, et produit une promesse d'embauche, au demeurant postérieure à la date de l'arrêté en litige, ainsi que des attestations d'implication dans des associations, ces seules pièces, elle peut se réinsérer dans son pays d'origine où elle a exercé de nombreuses activités professionnelles. Enfin, si elle fait valoir entretenir une relation amoureuse avec un ressortissant français depuis février 2022, celle-ci demeure récente et ne constitue pas un lien stable et ancien en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la situation de Mme B au regard des stipulations précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure, qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B soutient entretenir des liens familiaux et privés particuliers sur le territoire français. Mais pour les motifs exposés au point 5, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Mme B soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à un risque de " représailles sévères de la part de son époux ", de nationalité belge et algérienne, et qui se rendrait, selon ses déclarations, régulièrement en Algérie. Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant de corroborer ces allégations et la réalité de ses craintes. Les courriers que son époux a pu envoyer aux autorités administratives françaises, d'ordre informationnel, ne permettent pas d'établir de tels risques. En outre, Mme B expose qu'un retour dans son pays d'origine aurait des répercussions sévères sur son état de santé. Elle démontre souffrir de troubles psychologiques, dont il n'est pas établi qu'elle ne pourrait pas faire l'objet d'un suivi dans son pays d'origine, ainsi que d'un ostéoméningiome diagnostiqué en septembre 2022 dont il a été précisé qu'il ne nécessitait pas de geste de type opératoire. Dans ces circonstances, la requérante n'établit pas être exposée à des traitements inhumains et dégradants, au sens des stipulations précitées, en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Nouvian.

Copie en sera transmise, pour information, à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai le 10 août 2023.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Elisabeth Héléniak

N°23DA0074

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