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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00745

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00745

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00745
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 22 décembre 2022 portant prolongation pendant deux ans de son interdiction de retour en France.

Par un jugement n° 2205210 du 3 janvier 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 avril et 15 juin 2023, M. A, représenté par Me Marion Thomas, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de surseoir à statuer et de saisir la juridiction civile d'une question préjudicielle concernant la nationalité française de M. A ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 17 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 30 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur le droit d'être entendu :

2. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entendu le 21 décembre 2022, a pu présenter en temps utile des observations circonstanciées sur sa situation. L'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a ainsi pas été violé.

Sur la motivation :

3. Si l'appelant soutient que l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation, il y a lieu d'écarter le moyen ainsi invoqué par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif.

Sur la nationalité française :

4. Aux termes de l'article 21-12 du code civil : " L'enfant qui a fait l'objet d'une adoption simple par une personne de nationalité française peut, jusqu'à sa majorité, déclarer, dans les conditions prévues aux articles 26 et suivants, qu'il réclame la qualité de Français () / () / Peut, dans les mêmes conditions, réclamer la nationalité française : / 1° L'enfant qui, depuis au moins trois années () est confié au service de l'aide sociale à l'enfance ; / () ". Aux termes de l'article 26-3 : " () / La décision de refus d'enregistrement doit intervenir six mois au plus après la date à laquelle a été délivré au déclarant le récépissé constatant la remise de toutes les pièces nécessaires à la preuve de recevabilité de la déclaration. / () ". Aux termes de l'article 26-4 : " A défaut de refus d'enregistrement dans les délais légaux, copie de la déclaration est remise au déclarant revêtue de la mention de l'enregistrement. / () ". Aux termes de l'article 26-5 : " () les déclarations de nationalité, dès lors qu'elles ont été enregistrées, prennent effet à la date à laquelle elles ont été souscrites ".

5. Aux termes de l'article 29 du décret du 30 décembre 1993 : " Lorsque la déclaration est souscrite en France () l'autorité compétente remet au déclarant le récépissé prévu à l'article 26 du code civil dès qu'elle a reçu la totalité des pièces nécessaires à la preuve de la recevabilité de la déclaration () ". Aux termes de l'article 31 : " L'autorité compétente pour enregistrer la déclaration examine si les conditions sont remplies. Dans l'affirmative, la déclaration porte la date, le numéro d'enregistrement et la signature de l'autorité compétente () ".

6. Si M. A a pris rendez-vous en septembre 2022 au tribunal de proximité de Pantin pour souscrire une déclaration de nationalité française et si le greffe de ce tribunal lui a remis en mai 2023 le récépissé prévu à l'article 29 du décret du 30 décembre 1993 en l'informant que ce document faisait courir le délai de six mois prévu à l'article 26-3 du code civil dont dispose le directeur des services du greffe pour se prononcer sur la recevabilité de cette déclaration, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette déclaration était souscrite lorsque l'arrêté a été pris. En tout état de cause, elle n'avait alors pas été enregistrée et n'avait donc pas pris effet.

7. Dans ces conditions, la question de nationalité soulevée par M. A ne présente à juger aucune difficulté sérieuse au sens des articles 29 du code civil et R. 771-2 du code de justice administrative. Il n'y a donc pas lieu de surseoir à statuer sur la requête et les moyens tirés de la violation des articles 21-12 du code civil et L. 110-1 et L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

Sur la vie privée et familiale :

8. D'une part, M. A, né en septembre 2004, a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où résident ses parents. Il a déclaré être entré en France en avril 2019. S'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance en août 2019 jusqu'à sa majorité, il a fait l'objet le 8 novembre 2022 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour en France pendant trois ans. Il n'a ni respecté les obligations de pointage de son assignation à résidence ni exécuté cette mesure d'éloignement.

9. D'autre part, M. A est célibataire sans enfant. Il est sans activité professionnelle. Il a été interpellé le 8 novembre 2022 en flagrant délit de tentative de vol d'un vélo électrique et d'une trottinette en stationnement près de la crèche du centre hospitalier universitaire de Rouen. Il a été interpellé le 21 décembre 2022 en flagrant délit de vol de trottinette et a manifesté un comportement violent après son interpellation. Lors de l'audition qui a suivi, il a reconnu avoir déjà fait l'objet auparavant d'une procédure pour violences.

10. Dans ces conditions, l'arrêté n'était pas entaché de défaut d'examen de la situation ou d'erreur manifeste d'appréciation, n'a pas violé les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que tous les moyens ci-dessus invoqués, par voie d'action ou d'exception, doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. La présente décision n'implique aucune mesure d'exécution pour l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. La demande présentée par le requérant et son conseil, partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Marion Thomas.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai, le 5 juillet 2023.

Le président de la 1ère chambre,

Signé : Marc Heinis

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

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