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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00782

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00782

mardi 18 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00782
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de son droit au séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement.

Par un jugement n° 2204283 du 16 mars 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, M. A, représenté par Me Dewaele, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de son droit au séjour et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination sont entachées de défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français sans délai méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le refus de délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination seront annulés du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle sera annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A, ressortissant ivoirien né le 8 février 2003, est entré en France, selon ses déclarations, le 30 décembre 2017. Il a fait l'objet, le 29 avril 2021, d'un arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, confirmé par le tribunal administratif de Lille le 24 novembre 2021. Le préfet du Nord, par un arrêté du 7 juin 2022, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 16 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. A, mais en mentionne les éléments pertinents. La décision refusant un délai de départ volontaire comme celle fixant le pays de destination sont suffisamment motivées au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'appelant. Ce moyen doit également être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A fait valoir sa présence en France depuis près de cinq années à la date de la décision attaquée et se prévaut de son parcours scolaire ainsi que de ses perspectives d'intégration professionnelle. Il ajoute que son investissement dans sa formation professionnelle lui a d'ailleurs permis d'obtenir la reconduction du contrat d'entrée dans la vie adulte conclu avec le département du Nord. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été confié, avant l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance du Nord par un jugement du 19 février 2018 pour la période du 19 février 2018 au 19 février 2020 et placé sous tutelle d'Etat par une ordonnance d'ouverture du juge des tutelles en date du 12 juin 2018. Il est également constant qu'il a été scolarisé en classe de troisième du 5 avril au 6 juillet 2018, en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Réparation des carrosseries " au titre de l'année 2018/2019 et en seconde année de ce même certificat au titre de l'année 2019/2020, et qu'il a obtenu un contrat d'apprentissage pour la période du 10 septembre 2020 au 31 août 2021. Pour l'année 2021/2022, il a été inscrit au sein d'un établissement spécialisé en première année de CAP " maçonnerie ". Il effectuait, lors de la notification de la décision contestée, un stage dans le secteur du bâtiment. M. A est atteint d'une " déficience intellectuelle et cognitive légère " et bénéficie, à ce titre, depuis le 4 octobre 2021, d'une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé et d'une orientation vers un établissement régional d'enseignement adapté où ses résultats scolaires ont progressé. Toutefois, M. A, qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, est célibataire, sans enfant à charge et n'a pas d'attaches familiales sur le territoire français. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il a été chassé de chez lui par sa belle-mère et s'il est constant que sa mère est décédée au cours de l'année 2011, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il aurait rompu tout lien avec son père et sa fratrie, qui résident dans son pays d'origine. En dehors de sa scolarité sur le territoire français, il ne fait pas état d'une insertion notable. De même, l'appelant ne démontre pas qu'il serait dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine et d'y mettre à profit, notamment, la formation et l'expérience professionnelles acquises en France. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'appelant doivent être écartés.

5. En troisième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). / Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. En premier lieu, pour faire interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet a pris en compte les conditions de l'entrée et du séjour en France de l'intéressé, ses liens familiaux en France et le fait qu'il se soit soustrait volontairement à une mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de menace pour l'ordre public. Le préfet qui a cité l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a suffisamment motivé, en fait comme en droit, sa décision.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

10. En troisième lieu, eu égard à la situation de M. A telle qu'exposée au point 4, celle-ci ne peut être regardée comme se caractérisant par des circonstances humanitaires s'opposant à une interdiction de retour sur le territoire français. En prononçant à son encontre une telle interdiction d'une durée d'un an, le préfet n'a pas méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation de sa situation. Les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Dewaele.

Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 18 juillet 2023

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

B. Gozé

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