mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA00791 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SOW |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de Seine Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n°2204688 du 28 mars 2023, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, Mme A, représentée par Me Moustapha A, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 21 octobre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de l'arrêt à intervenir, ou, à titre subsidiaire, d'ordonner le réexamen de sa situation et de lui accorder dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, le préfet n'ayant pas saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article l. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Mme A s'est désistée de sa demande d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise, née le 27 avril 1995 à Dakar, est entrée en France le 20 septembre 2020 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 10 septembre 2020 au 10 septembre 2021. Elle a ensuite bénéficié d'un titre de séjour mention " étudiant " jusqu'au 10 septembre 2022. Elle fait appel du jugement du 28 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il décrit notamment le parcours universitaire de Mme A et en déduit une absence de progression significative et de sérieux dans ses études. Il fait également état de l'absence de risques avérés pour l'intéressée en cas de retour dans son pays d'origine. Il est ainsi rédigé avec une précision suffisante pour permettre à la requérante d'en comprendre les motifs, étant rappelé que la mesure d'éloignement, qui est consécutive au refus de renouvellement de titre de séjour, n'avait pas à être spécifiquement motivée dès lors que ce dernier est lui-même suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'acte en litige, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en indiquant que Mme A ne justifie ni d'une progression significative dans ses études ni du sérieux de celles-ci, le préfet, qui a ainsi porté une appréciation circonstanciée sur le parcours universitaire de l'intéressée, n'a pas entaché sa décision ni d'un défaut d'examen, ni d'une erreur de fait.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 précitées que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent les conditions prévues à ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité. Or, il ressort des pièces du dossier que la demande de Mme A a été présentée et examinée uniquement sur le fondement de l'article L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A n'est donc pas au nombre des cas listés des étrangers pour lesquels le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur son droit au séjour. Au demeurant, et ainsi qu'il résulte de ce qui est exposé infra, Mme A ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur l'un des fondements qu'elle invoque. Le préfet de la Seine-Maritime n'était dès lors pas tenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour préalablement à l'adoption de la décision attaquée. Par suite et en toute hypothèse, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". L'article 13 de cette convention stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".
8. Il résulte de la combinaison de ces textes que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives aux conditions dans lesquelles un étranger peut obtenir une carte de séjour portant la mention " étudiant ", ne sont pas applicables aux ressortissants sénégalais, lesquels relèvent, à cet égard, des règles fixées par l'article 9 de la convention précitée. Ainsi que l'a relevé à bon droit le tribunal, le préfet ne pouvait légalement fonder la décision de refus de renouvellement de titre de séjour sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressée ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et que les parties aient été mises à même de présenter des observations sur ce point.
9. En l'espèce, la décision de refus de renouvellement du titre de séjour trouve son fondement légal dans l'article 9 de la convention franco-sénégalaise, qui a pu, dès lors, être à bon droit substitué aux dispositions de l'article L. 422-1 par les premiers juges dès lors que cette substitution de base légale n'a eu pour effet de priver la requérante d'aucune garantie et que l'administration disposait du même pouvoir d'appréciation dans l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article 9 de cette convention que lorsqu'elle examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 422-1.
10. D'autre part et pour l'application des stipulations et dispositions précédemment citées, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi et que le postulant dispose de moyens d'existence suffisants, ces critères présentant un caractère cumulatif.
11. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'ont justement relevé les premiers juges, qu'à la date du refus de renouvellement de son titre de séjour portant mention " étudiant ", Mme A avait échoué, à deux reprises, dans la validation de son année de master 1 " sociologie " à l'université de Rouen Normandie, du fait notamment de sa note de mémoire, insuffisante pour valider cette année à deux reprises. Si la requérante se prévaut de différentes attestations de ses professeurs de master qui auraient témoigné, au mois d'avril 2023, de son sérieux ou de son assiduité, outre qu'elle ne les produit pas, ces pièces ne sauraient, en tout état de cause, suffire à justifier l'absence de progression dans les études de l'intéressée qui n'est pas parvenue à valider d'année universitaire depuis son arrivée en France et alors qu'il résulte notamment de ses relevés de notes une absence injustifiée et des notes à sa soutenance de mémoire comprises entre 6 et 7 sur 20 sur les deux années concernées. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas fait une inexacte application des stipulations et dispositions précitées, a estimé qu'elle ne justifiait ni d'une progression effective dans ses études, ni du caractère réel et sérieux de celles-ci.
12. En cinquième et dernier lieu, le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En tout état de cause, Mme A est entrée en France en septembre 2020 pour y suivre des études. Si elle se prévaut d'une relation amoureuse avec un compatriote en situation régulière avec lequel elle aurait un projet de mariage, elle ne l'établit pas et elle ne produit strictement aucune pièce à l'appui de telles allégations. Au demeurant, la vie commune serait, selon les propres déclarations de la requérante, très récente à la date de l'arrêté attaqué. L'intéressée n'a pas de famille à charge. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait isolée en cas de retour au Sénégal où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 25 ans et où réside l'ensemble de sa famille. Ainsi qu'il a été dit plus haut, elle ne justifie ni d'une progression effective dans ses études, ni du caractère réel et sérieux de celles-ci. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ni des conséquences de la décision d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement et doit, par suite, être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, en ce compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Moustapha A.
Fait à Douai, 3 octobre 2023.
Le président de la 2ème chambre
Signé : T. Sorin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°23DA00791
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026