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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00842

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00842

mardi 11 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00842
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

Par un jugement n° 2203671 du 16 mars 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2023, M. A, représenté par Me Dewaele, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché de défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination seront annulées du fait de l'illégalité des décisions qui les fondent.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A, ressortissant ivoirien, déclare être entré sur le territoire français en septembre 2017. Par un arrêté du 14 septembre 2017, le préfet des Ardennes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, à laquelle il n'a pas déféré. Par une demande présentée le 7 septembre 2021, M. A a sollicité auprès des services de la préfecture du Nord la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Il relève appel du jugement du 16 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

3. En premier lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive, l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. A, mais en mentionne les éléments pertinents. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour, dès lors que cette dernière est régulièrement motivée. La décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dirigé contre l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de l'appelant. Ce moyen doit également être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Pour soutenir qu'il justifie d'une insertion particulière dans la société française, M. A, qui affirme être né le 1er octobre 2002, fait valoir qu'il est entré en France en 2017 alors qu'il était encore mineur et qu'en dépit d'une absence de prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, il a obtenu en juillet 2020 un certificat d'aptitude professionnelle de serrurier métallier. Par ailleurs, il se prévaut de la poursuite de sa scolarité en vue de l'obtention d'un baccalauréat professionnel " ouvrages du bâtiment métallerie " et de ses efforts d'intégration. Ses professeurs et ses bulletins scolaires attestent de son sérieux et de ses bons résultats au cours des années 2020/2021 et 2021/2022. Il ajoute qu'il dispose de perspectives d'embauche comme en témoigne une attestation établie par son ancien maître de stage le 30 mars 2022, soit postérieurement à la décision litigieuse. Enfin, il fait valoir qu'il bénéficie en France d'un important réseau social et amical, du fait notamment de son engagement associatif, alors qu'il indique ne plus avoir de relations avec son pays d'origine. Toutefois, M. A est célibataire, sans enfant à charge et sans attaches familiales sur le territoire français, où il était présent depuis plus de quatre ans en se maintenant malgré une obligation de quitter le territoire français du 14 septembre 2017 devenue définitive à laquelle il n'a pas déféré. Il ressort des pièces du dossier qu'il dispose de liens privés et familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence et où résident notamment son père et ses demi-frères et sœurs. M. A a fait l'objet d'un rappel à la loi le 14 septembre 2017 pour avoir présenté de faux documents en vue d'obtenir une prestation. Une vérification opérée auprès des autorités espagnoles par les services de police a permis de découvrir qu'il y était connu sous une autre identité avec une date de naissance au 10 mars 1992. Le service de la police de l'air et des frontières a estimé le 13 septembre 2017 que l'acte d'état civil présenté était un faux. Par jugement du 11 juin 2018, le juge des enfants a rejeté sa demande d'aide sociale à l'enfance au motif d'un doute sur l'authenticité de l'extrait du registre d'état civil produit. Cette décision a été confirmée en appel le 17 janvier 2019. Par un jugement du 7 octobre 2019, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Lille a refusé une assistance éducative. Dans ces conditions, en estimant que la situation de M. A ne se caractérisait pas par des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en refusant son admission exceptionnelle au séjour de M. A sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Eu égard à ce qui a été exposé au point 5 dans les circonstances de l'espèce, s'agissant de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté, le préfet du Nord n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Dewaele.

Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 11 juillet 2023

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

B. Gozé

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