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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00846

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00846

mercredi 22 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00846
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation4e chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile immobilière (SCI) OSV a demandé au tribunal administratif de Rouen de prescrire la restitution d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 31 618 euros au titre de la période couvrant l'année 2017.

Par un jugement n° 2102679 du 14 mars 2023, le tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mai 2023, le 12 septembre 2023 et le 26 avril 2024, la SCI OSV, représentée par la SELAS BHN Conseil, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prescrire la restitution demandée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ensemble immobilier à usage d'entrepôt et de bureaux qu'elle avait pris à crédit-bail, qu'elle donnait en location à deux entreprises, moyennant des loyers incluant de la taxe sur la valeur ajoutée, et dont elle a fait ensuite l'acquisition, au cours de l'année 2017, par levée de l'option d'achat prévue par son contrat de crédit-bail, pour aussitôt le revendre à une société assujettie à la taxe à raison de son activité de commerce de véhicules constituait une universalité de biens, au sens des dispositions de l'article 257 bis du code général des impôts, dont l'exploitation pouvait, dans le cadre d'une activité économique autonome, être poursuivie par le cessionnaire, de sorte que, contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif, cette cession pouvait bénéficier de la dispense de taxe sur la valeur ajoutée prévue par ces dispositions ;

- les énonciations des paragraphes n°20 et n°30 de la doctrine administrative publiée le 1er octobre 2012 sous la référence BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-10 confortent son analyse, de même que les termes de la réponse apportée le 10 juillet 2018 par le ministre de l'économie et des finances, sous le n° 7359, à M. A, député, tandis que l'administration ne saurait valablement lui opposer les termes d'une autre doctrine administrative, dans les prévisions de laquelle elle n'entre pas.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, et par un mémoire, enregistré le 15 septembre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- dès lors que la société cessionnaire de l'ensemble immobilier en cause, précédemment pris à crédit-bail par la SCI OSV, n'a pas poursuivi l'activité de location soumise à la taxe sur la valeur ajoutée mise en œuvre par cette dernière, faute notamment d'avoir repris les baux correspondants, c'est, comme l'a jugé le tribunal administratif, à bon droit que l'administration a retenu que la cession effectuée par la SCI OSV n'avait pas porté sur une universalité de biens, au sens des dispositions de l'article 257 bis du code général des impôts et qu'elle ne pouvait, par suite, bénéficier de la dispense de taxation prévue par ces dispositions ;

- l'appelante n'est pas fondée à se prévaloir de la décision de rescrit RES 2008/4 (TCA) du 4 mars 2008 reprise au paragraphe n°30 de la doctrine administrative publiée le 1er octobre 2012 sous la référence BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-10, qui doit être appréhendée d'une manière littérale et dans les prévisions de laquelle elle n'entre pas ; en outre, les énonciations du paragraphe n°20 de la même doctrine n'impliquent pas qu'il soit fait droit à sa demande de restitution, alors que les paragraphes n°282 et n°285 de la doctrine administrative publiée sous la référence BOI-TVA-DED-60-20-10 précisent que la dispense de taxation prévue à l'article 257 bis du code général des impôts s'applique à la cession d'un immeuble affecté à une activité de location immobilière lorsqu'il y a reprise des baux en cours par un cessionnaire qui continue de soumettre la location à la taxe sur la valeur ajoutée ; enfin, la réponse apportée le 10 juillet 2018 par le ministre de l'économie et des finances, sous le n° 7359, à M. A, député, ne comporte aucune interprétation formelle de la loi fiscale différente de celle dont l'administration a fait application.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 77/388/CEE du Conseil du 17 mai 1977 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2005-1720 du 30 décembre 2005 ;

- l'arrêt C-497/01 du 27 novembre 2003 de la Cour de justice des communautés européennes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jean-François Papin, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Jean-Philippe Arruebo-Mannier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur l'objet du litige :

1. La société civile immobilière (SCI) OSV, dont le siège est situé à Angiens (Seine-Maritime), a pour objet social l'acquisition, la gestion et l'exploitation d'immeubles. Elle a opté pour le régime d'imposition applicable aux sociétés commerciales. Aux termes d'un acte notarié établi le 1er décembre 2006, cette société a pris en crédit-bail avec promesse d'achat, auprès de la société Finamur, un ensemble immobilier présentant une surface de 668 m², distribuée en un espace à usage d'entrepôt et en un autre à usage de bureaux, situé à Valliquerville (Seine-Maritime). La SCI OSV a donné cet ensemble immobilier à bail, d'une part, à société à responsabilité limitée (SARL) Alunver, aux termes d'un acte établi sous seing privé le 1er juin 2010 et modifié le 1er janvier 2014, et, d'autre part, à l'entreprise à responsabilité limitée (EURL) Jean-Claude Cocagne, par un acte établi sous seing privé le 1er janvier 2014. Ces baux ont été résiliés le 9 novembre 2017. A cette même date, la SCI OSV a levé l'option d'achat concernant l'ensemble immobilier en cause et s'est acquittée d'un prix de 110 431,55 euros toutes taxes comprises, soit 92 026,29 euros hors taxes et 18 405,26 de taxe sur la valeur ajoutée. Elle a revendu ce bien, le même jour, au prix de 335 000 euros à la société PHL, qui exerce une activité de commerce de véhicules. Dès lors qu'elle avait agi en tant qu'assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et que l'ensemble immobilier vendu était achevé depuis plus de cinq ans, la SCI OSV a placé cette vente sous le régime d'exonération de taxe prévu au 2° du 5 de l'article 261 du code général des impôts.

2. Soumise au régime simplifié en matière de taxe sur la valeur ajoutée, la SCI OSV a déposé, le 19 septembre 2019, une demande, valant réclamation, de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 31 618 euros au titre de la période correspondant à l'année 2017. La SCI OSV a fait l'objet, au cours de l'année 2019, d'une vérification de comptabilité portant sur la période s'étendant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiées au moyen d'une proposition de rectification qui lui a été adressée le 20 mars 2019. En particulier, l'administration a estimé que la SCI OSV aurait dû, à l'occasion de la cession, en 2017, de l'ensemble immobilier acquis par levée de l'option d'achat, procéder à la régularisation de la taxe sur la valeur ajoutée déduite lors de l'acquisition. Dès lors, l'administration a ramené à 13 213 euros le montant du crédit de taxe sur la valeur ajoutée auquel la SCI OSV pouvait prétendre au titre de la période correspondant à l'année 2017 et l'entretien accordé aux représentants de la SCI OSV par le supérieur hiérarchique de la vérificatrice ne l'a pas conduite à reconsidérer son analyse. Dans ces conditions, l'administration a pris, le 26 avril 2021, une décision d'admission partielle, à hauteur de ce montant, de la réclamation formée par cette société.

3. Insatisfaite de cette issue, la SCI OSV a porté le litige devant le tribunal administratif de Rouen, en lui demandant de prescrire la restitution du crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 31 618 euros dont elle revendique le bénéfice au titre de la période couvrant l'année 2017. Elle relève appel du jugement du 14 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Sur l'application de la loi fiscale :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article 257 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les livraisons de biens et les prestations de services, réalisées entre redevables de la taxe sur la valeur ajoutée, sont dispensées de celle-ci lors de la transmission à titre onéreux ou à titre gratuit, ou sous forme d'apport à une société, d'une universalité totale ou partielle de biens. ". Aux termes de l'article 207 de l'annexe II à ce code, dans sa rédaction applicable : " I. - Sous réserve des dispositions qui suivent, la déduction opérée dans les conditions mentionnées aux articles 205 et 206 est définitivement acquise à l'entreprise. / () / III. - 1. Une régularisation de la taxe initialement déduite et grevant un bien immobilisé est également opérée : / 1° Lorsqu'il est cédé ou apporté, sans que cette opération soit soumise à la taxe sur le prix total, sur la valeur totale ou dans les conditions fixées à l'article 268 du code général des impôts, ou est transféré entre secteurs d'activité constitués en application de l'article 209 ; / () / 4. Les dispositions des 1 à 3 ne sont pas applicables : / 1° Aux cessions ou apports dispensés de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 257 bis du code général des impôts ; / () ".

5. Conformément à l'interprétation des dispositions de l'article 5, paragraphe 8 de la sixième directive, qui résulte de l'arrêt rendu par la Cour de justice des communautés européennes le 27 novembre 2003 dans l'affaire C-497/01, la dispense de taxe sur la valeur ajoutée prévue par l'article 257 bis du code général des impôts lors de la transmission, à titre onéreux ou à titre gratuit, ou sous forme d'apport à une société, d'une universalité totale ou partielle de biens, s'applique à tout transfert d'un fonds de commerce ou d'une partie autonome d'une entreprise dès lors que le bénéficiaire du transfert a pour intention d'exploiter le fonds de commerce ou la partie d'entreprise ainsi transmis et non simplement de liquider immédiatement l'activité concernée. Ce transfert peut notamment porter sur des éléments corporels permettant cette exploitation, comme des éléments d'équipement commercial.

6. Il est constant que la cession, intervenue le 9 novembre 2017, de l'ensemble immobilier que la SCI OSV avait acquis le même jour en levant l'option d'achat contenue dans son contrat de crédit-bail n'a pas été accompagnée d'une reprise, par le cessionnaire, des baux consentis par la cédante, mais que ceux-ci ont été résiliés à la même date. En outre, la société cessionnaire n'a pas manifesté l'intention de poursuivre l'exploitation locative de l'ensemble immobilier en cause, sur lequel la cession portait exclusivement, mais seulement d'y installer, indépendamment même de cette précédente exploitation, son entreprise de commerce de véhicules. Dès lors, la cession en cause ne peut être regardée comme ayant porté sur une partie d'entreprise susceptible d'être regardée comme constitutive d'une universalité de biens, au sens des dispositions précitées de l'article 257 bis du code général des impôts, incluant les éléments corporels et incorporels nécessaires à la poursuite, dans le cadre d'une exploitation économique autonome et fût-ce pour les besoins d'une activité différente, de l'exploitation de cet ensemble immobilier. Par suite, cette cession ne pouvait bénéficier de la dispense de taxe prévue par ces dispositions et l'administration était fondée à retenir qu'il appartenait à la SCI OSV de régulariser, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 207 de l'annexe II au code général des impôts, la taxe sur la valeur ajoutée qui aurait dû être collectée par le crédit-bailleur lors l'acquisition, en 2017, de l'ensemble immobilier en cause.

Sur l'invocation de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

7. Ni les énonciations des paragraphes n°20 et n°30 de la doctrine administrative publiée le 1er octobre 2012 sous la référence BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-10, ni les termes de la réponse apportée le 10 juillet 2018 par le ministre de l'économie et des finances, sous le n° 7359, à M. A, député, ne comportent une interprétation formelle de la loi fiscale qui soit différente de celle dont le présent arrêt fait application. Par suite, la SCI OSV n'est, en tout état de cause, pas fondée à s'en prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI OSV n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande. Les conclusions qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence et en tout état de cause, être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SCI OSV est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SCI OSV et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera transmise à l'administratrice de l'Etat chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience publique du 2 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Marc Heinis, président de chambre,

- M. François-Xavier Pin, président-assesseur,

- M. Jean-François Papin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé : J.-F. PapinLe président de chambre,

Signé : M. BLe rapporteur,

J.-F. PapinLe président de la formation de jugement,

F.-X. Pin

La greffière,

Signé : E. Héléniak

La greffière,

E. Héléniak

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Elisabeth Héléniak

1

N°23DA00846

1

3

N°"Numéro"

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