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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00873

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00873

lundi 31 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00873
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 3 décembre 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2209657 du 5 avril 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2023, M. A, représenté par Me Boy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :

- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne une entrée irrégulière sur le territoire français alors qu'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa court séjour, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité entachant la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B A, ressortissant algérien né le 22 février 1982 à Tizi Ouzou (Algérie), est entré en France le 17 décembre 2017, selon ses déclarations, sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa court séjour, valable du 1er octobre 2017 au 28 janvier 2018, délivré le 29 août 2017 par les autorités consulaires françaises à Alger. Il a présenté, le 5 mars 2018, une demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 25 mai 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, devenue définitive. Par un arrêté du 5 décembre 2019, le préfet du Nord, prenant acte du rejet de sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. M. A, qui n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement, a fait l'objet, le 3 décembre 2022, d'une vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 3 décembre 2022, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement dans le système d'information Schengen. M. A relève appel du jugement du 5 avril 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :

3. En premier lieu, M. A soutient que l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente. Toutefois, il ressort des mentions portées sur l'arrêté du 3 décembre 2022 par lequel le préfet de police a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, que cet arrêté a été signé par M. C, adjoint au chef de section des reconduites à la frontière de la préfecture de police. Or, par un arrêté du 3 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. C, adjoint au chef de section des reconduites à la frontière, à l'effet de signer, notamment, les mesures relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, et sans qu'ait d'incidence sur la légalité de l'arrêté contesté l'absence de mention de l'arrêté de délégation de signature dans les visas de cet arrêté, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que cet arrêté, en ce qu'il fait obligation à M. C de quitter le territoire français, refuse de lui accorder un délai de départ volontaire, fixe le pays de renvoi, lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et procède à son signalement dans le système d'information Schengen, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles les mesures ainsi édictées par le préfet de police se fondent, et satisfait ainsi à l'exigence de motivation posée par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale ou professionnelle de l'intéressé, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, M. A soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne une entrée irrégulière sur le territoire français alors qu'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un passeport national revêtu d'un visa court séjour, valable du 1er octobre 2017 au 28 janvier 2018. L'arrêté contesté mentionne que M. A, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pu justifier, lors de son audition le 3 décembre 2022 par un agent de police judiciaire dans le cadre de la vérification de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, de la régularité de son entrée sur le territoire français dès lors que, ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'audition qui a alors été dressé, l'intéressé n'a ni présenté ni remis son passeport à l'autorité de police. Toutefois, il ressort, en tout état de cause, des motifs mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de police, pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, s'est fondé non pas sur le fait que l'intéressé serait entré irrégulièrement sur le territoire français mais sur le fait que celui-ci n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et résidait ainsi irrégulièrement sur le territoire français. Le moyen tiré par M. A de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait et est, par suite, illégal doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A soutient que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par le premier juge au point 4 du jugement attaqué. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de police, en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 7 que M. A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas été en mesure de présenter, lors de la vérification le 3 décembre 2022 de la régularité de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et que, ainsi que l'a fait valoir le préfet de police devant le tribunal administratif, il s'est également soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Le risque qu'il se soustraie à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit donc être tenue pour établi, au regard de l'une ou l'autre de ces circonstances. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de lui attribuer un délai de départ volontaire, a méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

12. M. A soutient que le préfet de police, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, compte tenu des conditions de séjour en France de l'intéressé qui n'établit ni l'ancienneté ni la stabilité de sa relation avec sa compagne et ne fait état d'aucune insertion professionnelle, et en l'absence de toute circonstance humanitaire faisant obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de police, en faisant interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché cette décision d'une erreur d'appréciation, tant dans son principe que dans sa durée, alors même que la présence de l'intéressé sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sur le fondement des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Douai, le 31 juillet 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Suzanne Pinto Carvalho

N°23DA00873

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